Roman en lettres de sang (The Following, critique du pilote)

Roman en lettres de sang (The Following, critique du pilote)

Note de l'auteur

James Purefoy et Kevin Bacon. Photo WB

Rythmé et bien construit, le premier épisode de la série qui réunit Kevin Bacon, James Purefoy et Natalie Zea expose efficacement  les bases d’un univers tordu à souhait. Reste à savoir à quoi ressemblera ce thriller sur la durée. Pour le coup, on est bien en peine de répondre…

En un sens, on peut dire que le pilote de The Following tient presque toutes ses promesses. Avec le trailer préalablement diffusé par la Fox, on pouvait s’attendre à découvrir un thriller assez classique mais efficace… et c’est le cas. Les bases de l’histoire de Joe Carroll, serial killer fasciné par Edgar Allan Poe, et de Ryan Hardy, agent du FBI au tempérament obsessionnel, sont solidement posées.

La grande force de ce premier épisode, c’est de donner beaucoup d’informations sur les personnages, leur histoire et les rapports qui les unissent sans que cela ne fasse trop « cahier des charges du bon pilote ». Alternant astucieusement les scènes entre passé et présent, l’épisode – qui débute avec l’évasion de Carroll d’un pénitencier et se termine sur une présentation partielle de son plan – ne connaît pas de temps mort.

On s’attendait aussi à ce que les têtes d’affiche de ce projet répondent tout de suite présent. Là non plus, on n’a pas été déçus. Le profil de chacun des deux principaux personnages (Hardy le tourmenté, joué par Kevin Bacon, et Carroll le manipulateur-séducteur, interprété par James Purefoy) est assez finement esquissé. On déplorera certes quelques situations convenues (la première apparition de Bacon est très cliché par exemple) mais Kevin Williamson, le showrunner, montre encore une fois une certaine maîtrise. Si aucun de ses héros n’est véritablement bluffant, il y a tout ce qu’il faut pour avoir envie d’en savoir plus sur chacun d’eux. Y compris chez les seconds rôles, qui devraient (devront) gagner en épaisseur par la suite.

A ce sujet, on saluera le travail réalisé sur le personnage de Sarah Fuller (Maggie Grace, en grande forme), la 14e victime de Carroll. C’est elle qui a survécu à son bourreau et a témoigné contre lui à son procès. Par petites touches, elle parvient à rendre son personnage attachant et c’est ce qui fait que ce qui lui arrive touche le téléspectateur. Si, dans sa description de ses personnages, The Following doit tendre dans une direction, on espère que ce sera celle-ci.

Valorie Curie. Photo WB

On espère… et on est dans l’attente. Car aussi solide soit-il, ce pilote ne laisse pas deviner ce à quoi la série ressemblera dans les prochains épisodes. Car on ne sait pas dans quelle direction on va. Ni si l’intérêt pour le projet pourra vraiment durer.

Pour être parfaitement honnête, on espère que les prochains chapitres s’inscriront dans une formule qui peut durer sans lasser. Donc différente de ce premier segment.

Raconter l’histoire d’un serial killer qui défie celui qui l’a arrêté en s’appuyant sur des émules recrutées sur la toile, c’est effectivement s’exposer à plusieurs pièges. Jouer sur les liens entre les deux adversaires en multipliant les flashback ? Trop casse-gueule et archi-revu . Enchaîner les épisodes dans lesquels on partirait à la chasse à l’apprenti Carroll ? Là encore, les histoires multipliant les coups de théâtre ont vite du mal à se renouveler…

Mais bon, voilà : c’est Kevin Williamson. Un showrunner capable du meilleur comme du pire, comme on a pu le voir dans The Vampire Diaries.

Du coup, la série peut vraiment fonctionner si elle respecte trois principes forts :

1. Préserver coûte que coûte la dimension psychologique de l’affrontement Carroll/Hardy. Pour ça, il faut pouvoir jouer sur la dimension excessive et le caractère humain des DEUX personnages. Et faire en sorte qu’ils restent cohérents.

2. Ponctuer ce duel de retournements de situation, c’est bien. Ne pas le faire systématiquement et le faire de façon bien amenée, c’est mieux.

3. Eviter la multiplication de scènes du style « Attention, je vais te dire ce qui va se passer parce que je respecte les codes d’un genre ». Oui, Kevin : tu adores les coups de coude complices, on a compris. Mais au bout d’un moment, ça fatigue tout le monde et ça endolorit les côtes…

Le casting de The Following. Photo WB

Clairement, l’entreprise ne sera pas évidente. Et pourtant, on a envie de voir si c’est possible. Parce que franchement, avec les acteurs qu’il y a sur ce projet et vu le potentiel esquissé dans ces 42 premières minutes, dériver en mode « chassons le psychopathe au Sangala » ce serait vraiment, vraiment dommage…

A noter : The Following sera disponible en téléchargement légal via iTunes et warnersbros.fr 24 heures après la diffusion américaine. 

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