Frédéric Krivine : « Cette saison, certains personnages vont mourir »

Frédéric Krivine : « Cette saison, certains personnages vont mourir »

Ce soir, mardi 1er octobre 2013, France diffusera les deux premiers épisodes de la saison 5 d’Un Village Français. Pendant toute la durée de la diffusion, le Daily Mars vous proposera des interviews du créateur, des acteurs, des réalisateurs de la série pour mieux comprendre le fonctionnement d’un de nos bijoux de la fiction française.

Quels sont les enjeux de cette saison 5 ?
Cette année, il y a de nombreux enjeux. Des enjeux explicites comme le STO ou le maquis, ce sont des sujets qui donnent de la matière et des histoires pour chaque épisode. Il y aussi un enjeu implicite qu’on essaye de mettre dans chaque saison, il n’est pas forcément apparent, il ne sera pas exposé par les personnages directement, mais il guide toute l’écriture. Cette saison, c’est la représentation, comment la représentation peut jouer un rôle décisif. Dans la saison 5, par exemple, on le verra quand les maquisards commencent à faire de théâtre. La question de la représentation dans Un Village Français, c’est : « Quand vous n’avez pas d’armes pour vous battre, qu’est ce que vous pouvez faire ? »

Est-ce que ces troupes de théâtre ont existé réellement ?
Bien sûr. Il y a eu des pièces qui ont été écrites pendant la résistance par André Steiger, un résistant suisse ou Armand Gatti, un maquisard français. Comme d’habitude, sur Un Village Français, nous nous appuyons sur des bases historiques fortes, sur des situations qui se sont produites ou auraient pu se produire d’après des exemples similaires. On n’a pas trouvé d’informations avérées sur l’avancée de ces pièces dans les maquis, mais des saynettes ont été écrites et jouées.
Quand les gens s’ennuient comme certains au début des maquis ou dans les camps de prisonniers, ils ont tendance à chercher des activités. Ce dont on parle cette saison, c’est que pour les réfractaires du STO, l’ennui est une des données essentielles.

La représentation cette saison, se retrouve-t-elle que dans le théâtre dont vous parlez ?
Une fois, qu’on dit qu’on va parler de la représentation, on essaye de le faire de toutes les manières possibles. On voit que tous les personnages sont traversés par cette question que ce soit dans leur vie privée ou pour les maquisards pour résister sans armes.
Dans la deuxième partie de la saison, ils vont même faire un spectacle qui s’appuye sur un événement historique ayant eu lieu à Oyonnax le 19 novembre 1943, qui fut une véritable opération de propagande et qu’on peut voir sur Youtube.
La question de la représentation s’illustre aussi à travers deux nouveaux personnages : un jeune personnage héroïque Antoine, joué par Martin Loizillon et un personnage plus énigmatique Marguerite, jouée par Amandine Dewasmes. Cette dernière a un problème avec la vérité et joue en représentation car elle n’a pas d’autres choix.


Comment se passe la création d’une nouvelle saison ?
Généralement, on se retrouve avec Jean-Pierre Azéma au Lutétia, en raison de son caractère historique pendant la Seconde Guerre Mondiale, pour définir les sujets. Est-ce qu’on fait le maquis, comment on fait le maquis, la libération de Villeneuve, on la fait quand ou comment… L’historien est là pour dire : oui, non, c’est de la foutaise.
Une fois cette structure définie, je décide de l’enjeu implicite et je communique ces informations à l’atelier d’écriture. en 1943, c’est la représentation, en 1944, ça devrait surement être la sauvagerie et la libération de tout, même si ce n’est pas encore arrêté. Ensuite, je donne des livres à lire à tous les auteurs de l’atelier. Ils sont 5, 6 ou 7. Et ensuite, on regarde comment on va dessiner les personnages à travers la saison. On imagine généralement l’objectif avant d’imaginer la voie, mais ce n’est pas systématique et on peut aussi changer d’avis.
Ensuite, on va passer 3 mois en atelier à développer tous les rebondissements inimaginables que je viens de vous exposer. On se voit 2, 3 fois par semaine pendant 4, 5 heures pour explorer les possibilités.

Les nouveaux personnages ont-ils rendus la tâche plus facile cette saison ?
Les nouveaux personnages dans les séries comme ça, c’est plutôt chiant, parce qu’on doit les exposer. C’est pour ça qu’on essaye de limiter les nouveaux personnages, surtout que désormais, il y a une élipse d’un an entre les saisons, qui nous obligent à ré-exposer ce qui s’est passé dans ce laps de temps. Parfois on arrive à le faire en un plan, parfois on y arrive pas.
Une consultante-psychologue nous assure de la cohérence de ce qu’on fait, mais c’est Jean-Pierre Azéma qui a le dernier mot sur la trajectoire des personnages. La consultante nous a beaucoup aidé après la deuxième saison. Nous étions un peu déçu des audiences, nous, pas France 3 même s’ils étaient d’accord sur ce point, on attendait mieux que ça. On s’est rendu que le potentiel addictif de la série était insuffisant. On a alors un rapport de force constructif avec la chaîne. C’est là qu’on s’est mis à faire des cliffhangers, ce que France 3 voulait qu’on fasse depuis le début, mais qu’on refusait de faire. Le cliffangher est une distorsion de la réalité, ça donne du plaisir, de la tension, mais ça éloigne d’une représentation réaliste, donc on était hésitant sur ce point. Mais on l’a tenté et on a eu raison et France 3 a eu raison sur ce point
On a aussi passé 2 mois avec Violaine Bellet pour creuser les personnages et faire une initiation à la psychologie à l’atelier d’écriture pour aider les scénaristes.

Est ce que vous vous sentez libre de faire partir ou mourir certains personnages ?
Cette saison, certains personnages vont mourir et en 1944 (la saison prochaine – NDLR) ce sera aussi le cas. Des résistants sont morts pendant cette période, donc on doit rester fidèle au sujet de la série, la guerre. On doit être tributaire de faire comprendre ça au public. On a un personnage du début de la série qui meurt en 1943, il y en aura 2 qui mourront en 1944.

Propos recueillis le 26 juin aux Invalides lors d’une table ronde avec des journalistes de TV Mag, Télé 7 jours, Le Nouvel Observateur.

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