100 moments de télé, épisode 8 (Friends, Star Trek TNG, Deadwood, Magnum, Profit)

100 moments de télé, épisode 8 (Friends, Star Trek TNG, Deadwood, Magnum, Profit)

Découvrez aujourd’hui les moments 36 à 40 sélectionnés par notre rédaction. Avec, cette fois-ci, la saison 4 de Friends (Indice spoiler : 4), la saison 3 de Star Trek : The Next Generation (Indice spoiler : 7), Deadwood saison 3 (Indice spoiler : 6), Magnum saison 3 (Indice spoiler : 10) et le pilote de Profit (Indice spoiler : 3).

36. Les deux appartements mis en jeu

par Nicolas Robert

La série : Friends

L’année : 1998

Les épisodes : 4 x 12 – The One With The Embryos

Deux gars, deux filles, un jeu… et un épisode inoubliable.

Au départ, il y a une discussion basique, sur les petites manies des uns et des autres. Puis cela devient l’objet d’un concours (c’était l’époque où l’esprit de compétition de Monica n’était pas encore utilisé pour tout et n’importe quoi). Et dans ce concours, l’enjeu grandit, grandit… jusqu’à ce que les clefs de l’appartement des filles, mais aussi le coq et le canard des garçons, soient au centre de la partie.

Si The One With The Embryos est un épisode mémorable, c’est parce qu’il applique avec une efficacité redoutable les règles de la sitcom américaine. D’un côté, provoquer le rire en s’appuyant sur ce que les téléspectateurs savent des héros (ou ce qu’on peut deviner d’eux) ; de l’autre, faire monter par étapes la tension de l’intrigue. Avec le casting de Friends, l’exemple devient la référence : l’interprétation des acteurs pousse en effet la logique jusqu’au bout, magnifiant les scènes. A ce titre, le cri final de Monica est aussi drôle qu’inoubliable.

L’année suivante, la même logique sera reprise dans le développement de The One Where Everybody Finds Out (épisode 5 x14), dans lequel Rachel se lie avec Phoebe pour faire éclater au grand jour la relation Chandler-Monica. Après ça, ce ne sera plus tout à fait pareil. Maudit couple !

37. I am Locutus, of Borg

par Sullivan le Postec

La série : Star Trek The Next Generation

L’année : 1990

L’épisode : 3×26 – Best of Both Worlds, part 1

Je ne suis pas un immense spécialiste de Star Trek. J’ai davantage picoré dans les centaines d’épisodes des différentes séries que réellement tout vu, même si j’ai suivi assidûment Next Generation pendant le temps que j’ai eu Jimmy. Reste que ce double épisode, à cheval entre les saisons 3 et 4, n’a pas quitté ma mémoire, et m’a fait adorer les Borgs par la suite, quand c’était justifié (First Contact) et quand ça l’était nettement moins (quelques épisodes douteux de Voyager).

Nous sommes aussi en 1990, un tournant de l’histoire des séries. C’est l’époque de la massification des expérimentations de la décennie précédente. Les acquis des soaps, qui ont introduit le feuilletonnant et permis des cliffhangers incroyables, et ceux de la Quality TV, de Hill Street Blues à L.A. Law, sont en train de s’installer. Star Trek les intègre au canevas de la série originale, et entame l’évolution suivante en préfigurant les spectaculaires épisodes en deux parties de X-Files et les séries à mythologie en général.

 

38. Dan Dority vs. The Captain

par Dominique Montay

La série : Deadwood

L’année : 2006

L’épisode : 3×05 – A Two-Headed Beast

La saison 3 de Deadwood était celle de l’affrontement entre deux puissants, Al Swearengen et George Hearst. Le premier est, depuis la création de la ville de Deadwood, celui par qui passe toutes les décisions, de l’élection du maire à la nomination du shérif. Alerté par la présence d’or en grande quantité, le prospecteur George Hearst est arrivé en ville, avec pour idée de la racheter pour l’exploiter, à n’importe quel prix. L’affrontement entre les deux, à distance la saison dernière, est cette fois-ci frontal.

Dès le deuxième épisode, Hearst a montré sa motivation, en brisant les os de la main de Swearengen. Leurs hommes de main respectifs n’ont eu de cesse de se chercher des poux dans la tête. Le début de saison ne pouvait mener qu’à ce moment: celui où Dan Dority, fidèle homme de main de Swearengen, allait s’opposer physiquement au Captain, son homologue du camp adverse. Tout commence comme dans n’importe quel western, deux regards qui se croisent dans la rue. Mais Dority, en enlevant sa ceinture, fait comprendre au Captain qu’il n’y aura pas de coups de feu. Les deux colosses vont se livrer un combat à mains nues de près de 4 minutes, d’un réalisme et d’une sauvagerie sans précédent.

Du haut de leur point d’observation, Swearengen et Hearst agissent tels un Jules César aux jeux du cirque, avec la crainte de voir leur poulain décéder. Car c’est bien d’un combat à mort qu’il s’agit. Un combat dont les mouvements sont lourds mais violents, ralentis par le poids des deux hommes, mais aussi par la boue environnante. Recouverts de boue et de sang, les deux hommes offrent un final de gladiateurs. Le Captain, à l’agonie après avoir eu un oeil arraché, est achevé par Dority, sous le regard inquiet de Swearingen, et celui agacé, comme un enfant gâté qui se voit refuser un jouet, de George Hearst.

 

39. Magnum tue de sang froid le colonel russe Ivan

par John Plissken

La série : Magnum

L’année : 1982

L’épisode : 3×02 Did you see the sunrise ? (part 2)

Ok, de nos jours, l’idée d’un héros de fiction violant toutes les règles morales pour assumer sa petite vendetta personnelle n’a rien de bien extraordinaire. Mais à la télévision, qui plus est sur un network aussi mainstream que CBS en 1982, il fallait avoir une sacrée paire de cojones pour écrire une conclusion aussi politiquement incorrecte. Elle fit d’ailleurs scandale à l’époque dans sa manière de « salir » le gentil privé rigolard et séducteur, soudainement métamorphosé en ange de la mort. Et certains diffuseurs ne se privèrent pas de couper le plan final, vraiment trop shocking.

Rappel des faits : à l’issue de la deuxième partie du season premiere de la saison 3 de Magnum, notre sympathique détective privé à chemises hawaiennes n’est donc plus du tout sympa et organise un véritable traquenard pour enlever son ancien tortionnaire au Vietnam : le colonel Ivan. Ex-membre du KGB, ce dernier, dans la 1ère partie de l’épisode, est revenu menacer directement la vie de notre privé à moustache, mais aussi celles de son pote T.C et d’un prince japonais. Au terme de cette histoire en deux parties, Magnum et T.C ont écarté la menace mais le département d’Etat, pour des raisons diplomatiques qui dépassent Magnum, doit laisser Ivan quitter les Etats-Unis.

Les dernières secondes de cet épisode restent parmi les plus estomaquantes de toute la série : Magnum, qui refuse la raison d’Etat le priver de sa vengeance, enlève donc Ivan alors que ce dernier se rend à l’aéroport. Les deux hommes marchent doucement sur un sentier. Ivan ne craint rien, il raille Magnum sur son sens de l’honneur qui lui interdit d’abbatre un homme sans arme, de sang froid…. Lourde erreur. Si l’on ferme les yeux sur l’anti-communisme primaire ambiant de la scène (on est encore en pleine guerre froide en ce début des eighties), on ne peut que saluer la réalisation de Terry Austin (réal’ pillier de la série), qui cerne avec précision l’ivresse vengeresse qui saisit Magnum à cet instant précis. Un gros plan sur son regard, la bande son qui soudainement se fait silencieuse…. Le coup de feu final et le freeze frame sur le visage d’un Magnum déterminé à tuer file encore des frissons, trente ans après. Réac’ peut-être. Mais magnifique et puissant, assurément.

 

 

 

40. Jim Profit embrasse sa môman sur la bouche

par Dominique Montay

La série : Profit

L’année : 1996

L’épisode : 1×01 – Pilot

Le casting de How I Kissed my Mother

Une scène à quitte ou double. Jim Profit est un cadre supérieur dans l’entreprise Gracen & Gracen. Il veut monter les échelons, aller le plus haut possible, à tout prix. Profit, c’est une série « étoile filante » de 9 épisodes, quasiment tous formidables, qui repoussait à l’époque, les limites du format série télé. Si les antihéros sont aujourd’hui à la mode, ce n’était pas le cas à l’époque. au-delà de l’avant-gardisme affiché de la série, Profit, c’est aussi l’histoire d’une série qui est passée à côté de son public.

Et peut-être bien à cause d’une seule scène. Première coupure publicité du long pilote de 90 minutes. Jim Profit reçoit une visite, celle d’une femme tout de rouge vêtue, blonde incendiaire qui semble avoir entre 10 et 20 ans de plus que Jim. S’ensuit un gros roulage de pelle. Puis la ligne de dialogue qui a dû conforter la fracture entre une série en avance sur son temps et un public pas encore tout à fait prêt : « Bonjour, maman ».

Gonflé. Risqué. Enorme. Et fatal. Les auteurs de la série en sont persuadés, si des gens ont regardé Profit à un moment, c’était entre le début de la série et sa première coupure pub. La scène du baiser, complètement justifiée pour la construction du personnage et en aucun cas gratuite, a certainement sonné le glas d’une oeuvre remarquable. 2 épisodes seront diffusés par la suite. De là à dire qu’il y en aurait eu plus si ladite scène avait été coupée… pas certain.

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