Richesse et variété du câble américain : FX/FXX

Richesse et variété du câble américain : FX/FXX

Cet été, le Daily Mars explore avec vous l’univers du câble américain. Loin d’être un simple espace où tout serait « simplement » permis, les chaînes qui font partie du câble payant (comme HBO ou Showtime) ou du câble basique (AMC, FX, TNT, etc.) tirent leur épingle du jeu en proposant des séries qui participent à l’histoire de la télé américaine. Après AMC, place aujourd’hui à FX et sa petite soeur FXX.

fx-tv-channel-logo

Lancée il y a tout juste vingt ans dans un studio aménagé en plein coeur de Manhattan, la chaîne du groupe Fox a connu plusieurs vies. Au centre de cette courte chronologie, il y a une date : 2002, avec le lancement de The Shield. Mais il y a aussi et surtout une stratégie de développement intelligemment construite. 

Depuis une décennie, cette chaîne du câble basique (accessible pour près de 85 millions de foyers américains) fait partie des canaux incontournables de la création américaine. Moins chouchoutée par les jurys des Emmys que HBO ou AMC, moins hype (qui a dit « moins clinquante » ?) que Showtime, FX est une sorte de chaînon intermédiaire entre les networks, les autres chaînes du « basic cable » comme TNT ou USA Network et les chaînes du câble les plus populaires en France.

Un canal dont le slogan a été pendant un temps  « There’s no box » (« Il n’y a pas de boîtes », en clair : n’essayez pas de nous ranger dans une catégorie passe-partout) et qui aime aujourd’hui encore jouer avec cette spécificité.

Breakfast Time, un des premiers programmes de FX, tourné dans un studio aménagé en appartement.

Breakfast Time, un des premiers programmes de FX, tourné dans un studio aménagé en appartement.

À la fois champ d’expérimentations fortes (The Shield et Louie ont singulièrement marqué l’histoire des drama et des comédies télé), antre de séries faussement classiques mais souvent très malignes (Justified, Terriers, The Americans) et diffuseur de projets dont la puissance grandit année après année (It’s Always Sunny in Philadelphia, Archer), FX est un diffuseur de programmes originaux dont l’identité est résolument multi-facettes.

De la chaîne interactive au robinet à rediffs

Son histoire débute le 1er juin 1994, lorsque ce que beaucoup appellent alors Fox Extended diffuse ses premiers programmes depuis Flatiron’s District à New York (Manhattan). Le projet, au départ, c’est de proposer une chaîne résolument interactive.

Au centre d’une grille des programmes qui propose également des rediffusions de Batman, Wonder Woman ou The Green Hornet, FX joue la carte des émissions où, plus qu’ailleurs, les téléspectateurs ont la parole, notamment en envoyant des mails auxquels les présentateurs d’émission s’efforcent de répondre à l’antenne. À l’époque, les programmes phares s’appellent Breakfast Time (avec Tom Bergeron) et BackChat (avec Jeff Probst).

Progressivement, la chaîne glisse plus nettement vers les fictions. Dès 1997, FX devient la deuxième maison des séries estampillées Fox, qu’il s’agisse du network ou du studio de production. En 2000, c’est ici que les spectateurs qui ont regardé les premiers épisodes de Harsh Realm, courte série de Chris Carter rapidement annulée sur la Fox, ont pu voir l’ensemble des épisodes.

The Shield, la série qui a ouvert une voie. Et quelle voie !

The Shield, la série qui a ouvert une voie. Et quelle voie !

Avec ces séries à la vie courte mais aussi la rediffusion de hits comme Buffy Contre les Vampires, The X-Files ou Mariés, Deux Enfants, la chaîne se crée une petite identité. La programmation de courses de NASCAR complète une grille plutôt bien remplie.

The Shield, l’étape-clé

Avec l’arrivée des années 2000, la chaîne, à la tête de laquelle on retrouve Kevin Reilly (futur président de NBC puis de la FOX), capte l’air du temps. Avec Oz et Les Soprano, HBO a ouvert la voix à la programmation de séries originales hors des grandes chaînes américaines. FX va s’engouffrer dans la brèche et de la plus belle des manières. En lançant The Shield, elle façonne tout un pan de son image.

Quelque part, le cop show de Shawn Ryan est l’étape suivante après NYPD Blue, dans l’histoire des antihéros télé qui portent une arme. Une étape qui reprend de nombreuses clefs des séries de networks pour aller plus loin.

De cette façon, FX donne le ton : la chaîne est prête à s’affranchir de la censure des grandes chaînes sans perdre de vue la qualité narrative des meilleures séries de network. Le principe n’est pas simplement d’aller plus loin dans ce qu’on peut montrer, mais d’aller plus loin dans ce qu’on peut raconter en intégrant les réalités du rythme des dramas de network.

Sur FX, pas de séries « contemplatives » façon The Soprano ou Mad Men ; pas de dramas où l’on décline des émotions puissantes sur un faux rythme. Ici, tension et attention vont toujours de pair. Quitte à flirter allègrement avec des rebondissements plus gros que le Golden Gate Bridge… Ryan Murphy sait de quoi on parle.

Denis Leary, l'acteur fétiche de Rescue Me.

Denis Leary, l’acteur fétiche de Rescue Me.

Les anti-héros en pleine lumière

À l’automne 2002, Michael Chiklis chipe l’Emmy du meilleur acteur à James Gandolfini : l’événement possède une dimension symbolique. Désormais, le public et les chaînes de télé américaine vont devoir composer avec ce nouveau joueur dans la cour. Et le petit niveau a plus d’un tour dans son sac.

À l’époque, priorité est donnée aux anti-héros : avec des sapeurs-pompiers ravagés par le 11 Septembre (Rescue Me), des chirurgiens esthétiques embarqués dans une quête de sensations haute en couleur (Nip/Tuck), des soldats américains plantés dans le désert irakien (Over There), la chaîne parvient à surfer sur le succès de The Shield deux fois sur trois. Juste ce qu’il faut pour ensuite tenter des expériences moins concluantes (Dirt, Thief, The Riches) mais toujours sur le même créneau.

En 2005, John Landgraf prend la présidence de la chaîne, un poste qu’il occupe toujours à l’heure où ces lignes sont écrites. 2005, c’est aussi l’année où It’s Always Sunny in Philadelphia débarque à l’antenne. En passant le concept de comédie familiale et de potes au nettoyeur à haute pression, la série va imprimer une vraie marque FX dans le genre.

Irréverencieuse à mort, la série avec Glenn Howerton, Charlie Day, Danny De Vito et tous les autres ouvrent la voie à une profonde réflexion sur ce qu’est la comédie télé. Une réflexion prolongée parfois de façon balourde (The League), parfois de façon vraiment brillante (Louie), parfois… entre les deux (Legit).

Un gang célèbre… et très drôle.

Un gang célèbre… et très drôle.

Un glissement thématique progressif

Côté drama, la fin des années 2000 impose à la chaîne de réfléchir sur ce qu’elle est et ce qu’elle veut être. Si son exploration du high concept (Damages) ne marche pas sur le long terme, sa politique d’adaptations livre de très jolies surprises : Wilfred (adaptée d’un format australien), The Bridge (venu de Scandinavie) mais surtout Justified (à la base, un personnage du romancier Elmore Leonard) montre que la chaîne sait repérer les jolis projets à partir du moment où ils sont portés par les bonnes équipes.

Une logique de développement qui fonctionne aussi pour American Horror Story et Sons of Anarchy, véritables locomotives promo de la chaîne.

Fargo, un des derniers bijoux proposés par la chaîne.

Fargo, un des derniers bijoux proposés par la chaîne.

Considérant que la sombre course à l’anti-héros a ses limites (Landgraf, qui a loupé l’achat Breaking Bad, assure que l’on ne peut pas aller plus loin en la matière), la chaîne explore désormais des univers complexes dans lesquels les enfants de Vic Mackey et Tommy Gavin sont bien là mais ne se laissent pas bouffer par leur patrimoine génétique.

En clair : FX ne cherche pas forcément à repousser sans cesse les limites de l’empathie qui doit lier personnages et audience. Le héros phare de cette nouvelle phase, c’est Raylan Givens, le héros de Justified. Ou, dans une acception plus sombre, Lester Nygaard de Fargo.

FX/FXX : proposer des séries différentes à des publics différents

Soucieuse d’asseoir son modèle économique, FX a désormais une petite soeur, FXX, qui accueille plusieurs comédies de son aînée (It’s Always Sunny in Philadelphia, Legit, The League). Tout cela au profit d’une stratégie de fond : proposer des séries différentes à des publics différents, et rassembler le plus de monde à des horaires distincts.

Si l’idée est directement inspirée du dispositif TNT/TBS, il montre que FX et FXX ne manquent ni d’ambition ni de projets pour continuer à grandir. Pas sûr que tout marchera comme sur des roulettes (Tyrant, une des productions lancées cet été, pourrait bien être un des gros fiascos de cette année), mais le fait est que le dispositif continue de grandir. Le succès critique et public de Fargo le prouve.

Cet été, FX et FXX avancent donc sans peur vers leur avenir. Ça tombe bien : Fearless est désormais le slogan. Court, simple mais bien dans l’air du temps.

 

Partager