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Game of Thrones, une métaphysique des meurtres de Marianne Chaillan

Game of Thrones, une métaphysique des meurtres de Marianne Chaillan

Note de l'auteur

Alors que la saison 6 du Game of Thrones touche à sa fin, il est utile de rappeler que l’œuvre de George R. R. Martin n’est pas seulement un prétexte pour réunir des personnages sur un champ de bataille, fut-il dramatique et sanglant à souhait.
C’était déjà l’objectif de l’ouvrage d’un collectif issu de Podemos qui s’intéressait aux enjeux politique de la saga. C’est aussi ce que tente de démontrer Marianne Chaillan en s’intéressant à sa dimension philosophique pour un essai intitulé : Une métaphysique des meurtres.

got-une-metaphysique-des-meurtres_marianne-chaillanDe quoi ça parle ? Le regard philosophique n’a pas de limite, mais Marianne Chaillan s’intéresse ici à trois axes. Tout d’abord, elle explicite les notions de morale employées dans la série (surtout concentrées dans les deux premières saisons). Vient ensuite une étude des thèmes métaphysiques au sens large (matérialisme/dualisme, libre arbitre, religion et gestion de la réalité). Enfin, elle termine par un volet politique en évoquant aussi bien la cruauté de cette fiction que son universalisme tout en la rapprochant des règles du jeu énoncées par Machiavel.

Mon avis : La philosophie est une discipline que l’on regarde de loin. Lorsque je dis ça, je m’inclus dans ce regard et, je l’avoue même sans détour, c’est une science qui me fait un peu peur ! Pourtant je me souviens d’un professeur de philosophie qui avait su m’intriguer avec une lecture psychanalytique des Bijoux de la Castafiore !
Il est donc possible d’aborder des questions philosophiques centrales, en évitant le rébarbatif, grâce à un sujet simple et transversal. Quoi donc de mieux qu’une œuvre culturelle, très populaire actuellement, telle que le Game of Thrones ?!

Néanmoins, la démarche ne consiste pas à amener le lecteur ou le téléspectateur vers la philosophie mais plutôt à lui proposer une perspective sur l’œuvre en question suivant ses principes. À ce titre, il apparaît très rapidement que Marianne Chaillan est fascinée par les aventures dans les contrées d’Essos et Westeros. Mais, si le lecteur sera sensible à sa passion, il trouvera surtout un réel plaisir à s’approprier une lecture ludique. En effet, à la manière des romans dont vous êtes le héros, l’auteur organise de fréquents apartés qui permettent d’évaluer sa sensibilité selon les différentes écoles de pensée. En plus d’une approche simple, Marianne Chaillan trouve ainsi le moyen de nous impliquer encore un peu plus dans sa démonstration.

Pour le reste et tout naturellement, les sujets abordés déclenchent diversement l’intérêt. La question de l’euthanasie dans le Trône de Fer est loin d’être un enjeu qui nécessite, jusqu’ici, d’y consacrer un autre regard. En revanche, la position très déontologique de Ned Stark qui s’oppose fermement au conséquentialisme des Lannister est un débat bien plus intéressant. En définitive, on se prendrait presque à espérer un tome 2, tant certains sujets pourraient être étendus, notamment pour rebondir sur les développements de la saison en cours.

Si vous aimez la saga du Trône de Fer de George R. R. Martin, cet essai viendra parfaitement dans la continuité. Si vous n’avez pas lu les livres mais que vous êtes toutefois un spectateur de la série, là encore, ce livre conviendra idéalement. Attention, il faut avoir vu les cinq premières saisons pour éviter toutes révélations.
À noter également que l’éditeur (Le Passeur) propose aussi dans la même collection : Star Wars, la philo contre-attaque de Gilles Vervisch.

En accompagnement : La bande-son de la série essentiellement composée par l’allemand Ramin Djawadi s’impose. Le fameux The Rains Of Castamere interprété par les Islandais de Sigur Rós est un morceau de choix.

Autour de cet essai : Marianne Chaillan est une enseignante en philosophie (Lycée Saint Joseph de la Madeleine à Marseille). Cette métaphysique des meurtres n’est pas son premier coup d’épée. Très concernée par une approche ludique de la philosophie, elle a déjà publié deux essais de confrontation de sa spécialité avec la pop culture : Harry Potter à l’école de la philosophie (Ellipses 2013) et La Playlist des philosophes (Le Passeur 2015).

Extrait : Jaime et Tyrion sont les deux premiers bannerets de la Maison Matérialisme. Dès l’épisode 2 de la saison 1, Jaime avoue son obédience à cette Maison philosophique lorsque, discutant avec Jon Snow qui s’exerce à l’épée, il lui demande s’il a déjà tué quelqu’un. Jaime a déjà tué un homme, on le sait, ne serait-ce que le Roi Fou. Il dit alors à Jon : “Quand on se sert d’une épée sur quelqu’un, on réalise que l’on n’est qu’un tas d’os.” La phrase est un manifeste pro-matérialisme. Jaime utilise une tournure restrictive qui signale la réduction qu’il opère de l’âme à l’esprit, c’est-à-dire au corps.
C’est pourquoi, en toute cohérence, Jaime soutient qu’il n’a pas peur de la mort. Pourquoi avoir peur de la mort si tout n’est que matière ? Catelyn Stark à qui il a fait cet aveu tente de l’effrayer en lui disant qu’il sera jugé et puni par les dieux. À quoi Jaime répond : “Où étaient les dieux de votre mari quand on a tranché sa tête ? Si les dieux existent, pourquoi le monde est-il si injuste ?”

Sortie : disponible depuis le 25 janvier 2016 chez Le Passeur éditeur (290 p.), collection “Open philo” pour 19,50 euros (8,99 € en édition numérique).

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