Au revoir et merci, monsieur Gandolfini

Au revoir et merci, monsieur Gandolfini

James Gandolfini est mort mercredi. Il avait 51 ans.

La nouvelle a cueilli tout le monde à froid. James Gandolfini, l’acteur qui a incarné Tony Soprano dans la série The Sopranos de David Chase, est mort mercredi 19 juin en Italie. Alors que les hommages pleuvent aux quatre coins de la toile, des rédacteurs martiens ont pris leur clavier pour expliquer pourquoi le natif de Westwood (New Jersey) les a autant marqués. Et pourquoi c’est si douloureux de le voir partir.

« Un regard qui chopait au coeur » (par Dominique Montay)

Je ne pensais pas qu’un jour je serais capable de trouver un personnage qui tabasse une femme charismatique. Ou que j’arriverais à être ému par un membre du crime organisé qui tue à tour de bras. Ou que j’aurais de l’empathie pour un mec qui trompe sa femme dès qu’il en a l’occasion. C’est pourtant arrivé. Tout ça parce que James Gandolfini interprétait ces rôles.

Gandolfini restera à tout jamais dans les mémoires comme ayant habité le rôle de Tony Soprano pendant six saisons sur huit années. Pas seulement parce que le rôle était formidable et parce que Gandolfini était monumental dedans, mais aussi parce que seule la télévision a été en mesure de lui donner un rôle à la hauteur de sa stature. S’il fut tout autant mémorable dans un grand nombre de films, c’était presque systématiquement en tant que second rôle.

La télé lui a offert le rôle de sa vie, dans une série qui a marqué les esprits. La palette de jeu de Gandolfini ne possédait que les limites de son physique. Immense, massif, taillé comme un chêne, James n’avait pas la gueule de l’emploi pour jouer les jeunes premiers, les héros romantiques. Et pourtant, il était crédible partout. De la pire des bouses au plus grand chef d’oeuvre, on pouvait toujours dire « Oui, mais Gandolfini, quel acteur ».

Il lui était impossible de mal jouer, ou de jouer petit bras. Un grand professionnel doublé d’un talent naturel. Gandolfini était un acteur né. Un regard puissant, évocateur. Il souriait et on avait l’impression de voir un gamin de douze ans, pas plus. Il fronçait les sourcils et on comprenait sans se forcer que quelqu’un allait souffrir. Son regard se perdait et il chopait au coeur et nouait la gorge.

Un de ces comédiens chez qui on n’arrive pas à saisir où est l’inné, où est l’acquis, tant sa façon d’être est naturelle, tant on ne le voyait pas « jouer ». On le voyait être, tout simplement.

On se souviendra aussi de son geste, lorsqu’en 2003 il avait tanné HBO pour avoir une rallonge de salaire. Par la suite il partagera une partie de cette augmentation avec les autres stars du show. Un geste de grande classe, qui s’il n’aide pas à saisir qui était l’homme, permet de voir qu’il n’avait rien d’un ingrat.

Une mort de comédien laisse toujours une impression étrange, quand on ne connaît pas l’homme: la sensation qu’il n’est pas vraiment parti, que son impression sur pellicule ou sur vidéo le rend immortel. La mort de James Gandolfini nous emplit tous d’une grande tristesse. Au sein de la rédaction du Daily Mars, bien sûr, mais aussi chez tous les fans de séries, et les amateurs éclairés. La sensation d’avoir perdu un compagnon de route, quelqu’un qui savait tellement bien transformer les mots et les intentions d’un réalisateur en émotion pure.

Nos pensées vont vers sa famille, avant tout, et ceux qui l’ont croisés ou travaillé avec lui. Ce texte n’est qu’une tentative, certainement maladroite, de partager avec tout le monde notre respect infini envers ce comédien et son oeuvre. On vous conseille le texte du AV Club, signé de la main de Sean O’Neal, extrêmement complet sur la carrière de ce monsieur.

« Salute » (par Jérôme Tournadre)

« Tu as des matins beaucoup plus difficiles que les autres. Je ne parle pas de ces matins où tu as du mal à te lever parce que cela te fait chier d’aller bosser alors que tu préférerais occuper ton temps à des choses plus intéressantes. Non. Je parle de ces matins où tu te prends un uppercut sans t’y attendre. Tu es là tranquille à discuter avec ta femme pendant que tu te brosses les dents et le coup t’arrive en plein dans ta face encore ensommeillée : à la radio, tu entends que James Gandolfini est mort.

Tu te regardes complètement ahuri dans le miroir de ta salle de bain, tu regardes ta femme et tu ne peux pas t’empêcher d’avoir un rictus moqueur. Cette espèce de réflexe à la con se produit sur ton visage parce que tu ne peux pas croire ce que tu viens d’entendre. James Gandolfini est mort ! Tony Soprano a succombé à une putain de crise cardiaque !

Tu restes là un peu figé mais la vie quotidienne reprend le dessus et tu continues à te préparer pour aller bosser. Mais aujourd’hui, c’est différent. Aujourd’hui tu trimballes un poids sur le cœur. Quoi que tu fasses et où que tu sois, tu penses à cette disparition.

Alors je sais : il faut relativiser, ma réaction est absurde et disproportionnée car après tout des centaines de gens meurent tous les jours, ce n’est pas si terrible comparer à la faim dans le monde et surtout c’est quelqu’un qu’on ne connaissait pas, ce n’était pas un proche.

Eh bien si : James était un proche et c’est bien pour cela que j’ai de la peine aujourd’hui !

Si la mort de Larry Hagman, celle de Peter Falk ou celle de Patrick McGoohan ont eu un impact médiatique mérité chez nous à divers degrés, elles n’ont pas eu la même force chez moi que celle de James Gandolfini. J.R Ewing, Columbo et Numéro 6 ont bercé mon enfance et ma jeunesse et je perçus leurs disparitions comme celle d’un grand oncle attachant mais lointain. Là je viens de perdre un camarade ! Un compagnon qui fut là pendant ma vie d’adolescent et d’adulte.

La disparition de James Gandolfini, c’est comme voir disparaître une part de ma vie. Une part de cet âge d’or personnel de mon amour pour les séries TV. James, tu étais là avec Scott Bakula, Adrian Pasdar, Sarah Michelle Gellar, Peter Jurasik, David et Gillian, Courtney et ses cinq amis à me faire prendre conscience du pouvoir de la fiction télé et de sa puissance artistique. Tout ça à une époque où les passionnés étaient déjà présents.

C’était avant Internet, tu fais partie de ceux qui nous ont fait découvrir de belles choses. Ce fut difficile de suivre l’histoire de Tony Soprano à cette époque et j’ai remercié plusieurs fois mon magnétoscope et mes copains abonnés à Canal Jimmy. Ce fut difficile mais quel régal, quelle merveille.

Ce n’est que bien plus tard que j’ai pu découvrir la fin de tes aventures, Tony. Et cela grâce à ma femme, tombée amoureuse de toi, qui a insisté pour que je refasse ta connaissance. Je t’ai accepté comme rival et tu fus présent tous les soirs à notre dîner pendant de nombreux mois. L’écran nous séparait certes mais tu étais présent parmi nous. Alors oui : aujourd’hui je pleure parce que j’ai perdu un proche.

Les héros (même psychopathes) sont éternels et tu le resteras même si cette salope de mort t’a eue. Elle a dû te prendre en traitre, il n’y a pas d’autre explication.

Repose en paix, James Gandolfini. D’autres que moi te feront une nécrologie détaillée bien mieux que je ne pourrais le faire. Je n’oublie pas que tu as interprété d’autres rôles bien sûr mais tu resteras à jamais ce bandit tiraillé entre ses deux familles. Ma seule consolation, c’est que si la mort te fait chier il ne faudra pas attendre longtemps pour que tu lui pètes les jambes et que (re)deviennes le boss ».

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