Gardien.ne.s remixé.e.s (Watchmen s1 / HBO / OCS)

Gardien.ne.s remixé.e.s (Watchmen s1 / HBO / OCS)

Note de l'auteur

Damon Lindelof (Lost, The Leftovers) nous revient cette fois ci avec une réinterprétation d’un monument du roman graphique. Diantre ! Mais sa version des Watchmen trouve, avec l’œuvre de Gibbons & Moore, un étonnant équilibre entre distance et proximité. Sacré Damon ! Présentation.

Voici sûrement l’un des plus importants événements sériels de l’année. Une relecture de Watchmen par Môsieur Lindelof, sur HBO bien sûr, avec la fabuleuse Regina King (mais aussi Jean Smart et Jeremy Irons s’il vous plait), sur une bande son (puissante, il faut bien l’avouer) d’Atticus Ross & Trent Reznor… Une foultitude d’éléments assemblés qui pour sa globalité ou d’éparses éléments devraient suffire à vous attirer devant votre écran pour en juger sur pièce.

L’auteur de ses lignes en a bien conscience. Et si l’on y ajoute la nécessité de ne rien divulgâcher, le jeu du suspense gardant toutes ses lettres de noblesse s’agissant de Lindelof, cela fait au moins deux raisons consistantes pour évoquer cette relecture avec une grande parcimonie. 

Il y a toutefois un contexte à décrire, à commencer par les choix d’adaptation et ainsi introduire les comics originaux, en particulier si vous ne les aviez pas lu. Précisons d’emblée que la série fonctionne très bien sans connaissances particulières. Elle se réfère à l’œuvre comme d’une mythologie, mais ne la subit pas. Il apparaît même rapidement que Lindelof et ses auteurs ont plié le matériau pour façonner un environnement alternatif destiné à résonner frontalement avec notre réalité politique.

Car l’œuvre d’Alan Moore, mise en image par Dave Gibbons et John Higgins, était éminemment politique. Sortis à la fin des années 80, les comics s’appuyaient sur la guerre froide et la menace nucléaire. Les supers dont il était question étaient majoritairement humains. Et Moore d’y associer un regard acerbe sur l’Amérique d’alors. Un récit uchronique dans lequel le Watergate avait été étouffé, les énergies fossiles ringardisées et la guerre du Vietnam transmutée en triomphe, provoquant un long règne de Nixon à la maison blanche.

A partir de là, Lindelof ne se contente pas de translater son récit 30 plus tard. Oui, c’est la même réalité alternative. Oui, certains personnages y gravitent toujours. Mais le changement de paradigme est spectaculaire. Robert Redford est désormais président et l’action qui se déroulait essentiellement à New York a été transposée à Tulsa dans l’Oklahoma. La menace qui se manifeste vient alors de l’intérieur, se présente sous le nom de septième cavalerie et cache une organisation de suprémacistes.

Le choix de Tulsa n’a malheureusement rien de l’uchronie. Lindelof explique avoir été marqué par un texte de l’écrivain Ta-Nehisi Coates dans The Atlantic dans lequel ce dernier décrivait le massacre du quartier noir de Greenwood en 1921. Le point de départ est glaçant mais l’ambition politique qu’il implique impressionne immédiatement. Pour autant, le scénariste n’en oublie pas son goût pour le symbolisme et l’absurde. Il lui faudra donc démontrer que ses affinités sont compatibles avec une thématique sociale engagée.

Mais n’en disons pas plus pour le moment. Il y aura bien sûr des rebutés qui ne voudront pas entendre parler de ce.s gardien.ne.s remixé.e.s. Mais tout porte à croire que Watchmen ne dépareillera pas dans l’oeuvre de Lindelof, bien au contraire. Vous êtes prévenus !

WATCHMEN (HBO) Saison 1
à voir sur OCS dès le 21 octobre
Série créée par Damon Lindelof
D’après le roman graphique de Dave Gibbons et Alan Moore.
Avec Regina King, Don Johnson, Jean Smart, Jeremy Irons, Jessica Camacho, Tim Blake Nelson et Hong Chau.

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