Gardiens de l’ordre : Nicolas Boukhrief en Friedkin mineur

Gardiens de l’ordre : Nicolas Boukhrief en Friedkin mineur

Buenas noches todos los aminchkaias ! Il est présentement 00h18 à l’heure où je tapote ces lignes peu inspirées et, la fatigue grandissante aidant, je crains que ce post ne soit pas ce que j’aie fait de mieux au cours de ma vie captivante. Je te l’ai bien vendu le papier là, coco ?

A l’invitation de mon vieux frère d’armes cinéphile David Mikanowski, dont vous découvrirez peut-être un jour la fabuleuse plume dans la galaxie NoWatch, j’ai assisté ce soir à une avant-première publique du film Gardiens de l’ordre, de Nicolas Boukhrief, à l’UGC Ciné Cité Bercy.

Gardiens de l’ordre, qui sortira le 7 avril sur les écrans frenchy, est une nouvelle incursion de Boukhrief dans l’univers des poulets frits (du cerveau), après l’excellent Le Convoyeur et le jlaipavumaiparaikecébof Cortex. Dans Gardiens de l’ordre, Cécile de France et Fred Testot (oui oui, le Fred d’Omar) incarnent Simon et Julie, deux gardiens de la paix qui, au cours d’une mission de routine pour tapage nocturne, sont pris pour cible par un tireur fou sous l’emprise d’une nouvelle drogue surpuissante – de jolis petits cachets jaune fluo. En répliquant, ils blessent gravement le forcené mais pas de chance : ce dernier est fils de député. Alors que leur hiérarchie les lâche pour se couvrir, les deux flics mènent leur propre enquête pour remonter la filière et faire tomber les dealers du junkie nanti. Mais en infiltrant les trafiquants, ils se mettent eux même plus que jamais en danger.

Que penser de Gardiens de l’ordre ? Mmmmh…. pour faire simple avec la moitié de neurones qui me reste : pas mal, avec quelques réserves. Le film est assez schizophrène : il démarre péniblement comme une fiction de France 3 naturaliste sur la condition de gardien de la paix (lumière de Prisunic, caméra collant au train des personnages façon docu). On se dit que Boukhrief pousse encore plus loin le traitement déjà à l’oeuvre dans le Convoyeur – à glauque toute – en maugréant sur la répétition de l’auteur. Même si Le Convoyeur était un polar, il développait en effet un discours ostensible sur les conditions de travail aliénantes et destructrices des convoyeurs de fond. On se dit donc, en soupirant, qu’il en sera de même ici avec les flics en tenue. Erreur et tant mieux !

Peu à peu, au fur et à mesure que Julie et Simon se prennent à leur jeu de faux dealers et approchent le grand méchant de l’histoire (Julien Boisselier, surprenant), le traitement bascule plus franchement dans les codes du genre jusqu’à un final bang-bang limite grand guignol que n’auraient pas renié les séries B ricaines des eighties. L’ombre de William Friedkin et de son chef-d’oeuvre To live and die in L.A (Police fédérale Los Angeles chez nous) plane par ailleurs sur cette nouvelle variation du thème des flics flirtant avec le vertige du vice. Boukhrief jure que la référence est inconsciente même si il confesse évidemment adorer le classique de Friedkin.

Côté mise en scène, c’est à la fois sec et plan plan – fusillades brutales et rapidement expédiées sans point de montage, en un seul plan – tandis que le filmage en HD (plus économique comme l’expliquera Boukhrief dans ses généreuses explications avec le public après la projection) aboutit à une image plutôt… moche. Conséquence d’un film tourné à l’économie en 40 jours et éclairé le strict minimum ou choix artistique délibéré ? Je n’ai pas osé poser la question (placer vos sifflets ici…).

L’autre gros souci : des invraisemblances et facilités de scénario que j’ai l’impression de n’avoir plus vu depuis les pires Bronson des années 80. Dans Gardiens de l’ordre, deux flics s’improvisent dealers sans aucun encadrement, défoncent des portes, sniffent de la coke, laissent derrière eux des cadavres, piquent dans leur propre commissariat (en déclenchant l’alarme incendie) le butin d’une saisie de faux papiers… sans jamais être inquiétés par leurs collègues. A part Simon et Julie, le reste des pandores du film est un beau ramassis de bras cassés aussi fin limiers que Ran-Tan-Plan, tout juste bons à débarquer façon cavalerie lors d’un dernier acte fleurant bon le nawak – mais apte à vous piéger dans son suspense roublard !

Contrairement aux apparences, j’ai malgré tout de la sympathie pour ce polar qu’on ne risque pas de voir en prime time sur TF1. D’abord, il est assurément réalisé par un mec, Boukhrief, qui aime le genre (normal pour un ex- de Starfix) et malgré ses maladresses, Gardiens de l’ordre a le mérite de divertir sans temps mort et d’assumer son statut sans hypocrisie. Ensuite, Cécile de France et Fred Testot (examen de passage au cinéma sérieux réussi pour Tata Suzanne…) forment un couple de flics crédible dans sa métamorphose dérapante et finalement attachant, tout comme Boisselier excelle dans son contre emploi de maître dealer franchement flippant.

Il existe trop peu de films français comme celui-là pour le descendre excessivement à cause de ses incohérences et le discours très humble de Boukhrief après la projection a achevé de me convaincre sur le bon esprit du bouzin. Faut-il séance tenante tout plaquer pour foncer voir Gardiens de l’ordre ? Pas vraiment… mais si vous voulez savoir à quoi ressemble en 2010 une série B à la française qui sait ponctuellement dépoter, laissez vous tenter par cette descente aux enfers certainement plus fréquentable que la moyenne de la production tricolore du moment.

NB : un film dont la musique (signée Nicolas Baby) évoque par moment le John Carpenter de New York 1997 ne peut pas être complètement mauvais !

Gardiens de l’ordre, de Nicolas Boukhrief.
Avec : Frédéric Testot, Cécile de France, Julien Boisselier.
Gaumont. Sortie le 7 avril. Durée : 1h45.

End of transmission…
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