• Home »
  • ÉVÉNEMENTS »
  • « Généralement, le projet que j’aime le plus, c’est celui que je n’ai pas encore fait » (interview de Ben Bocquelet, créateur du Monde Incroyable de Gumball)
« Généralement, le projet que j’aime le plus, c’est celui que je n’ai pas encore fait » (interview de Ben Bocquelet, créateur du Monde Incroyable de Gumball)

« Généralement, le projet que j’aime le plus, c’est celui que je n’ai pas encore fait » (interview de Ben Bocquelet, créateur du Monde Incroyable de Gumball)

GumballPanelUn chat anthropomorphe, son poisson rouge, une cour de récré : tels sont quelques-uns des ingrédients du Monde incroyable de Gumball, une des premières productions basées en Europe de l’Américain Cartoon Network. Depuis quatre ans, la série a dépassé le cap des 100 épisodes. À son origine, un Français, Ben Bocquelet, qui a expliqué les dessous d’une série très acrobatique et créative lors d’un panel au Comic Con Paris, il y a quelques jours. Peu après, on est revenu avec lui sur le processus créatif, l’univers étendu d’Elmore, ville fictive des aventures de la bande de Gumball, la fin de la série – déjà imaginée ! – et bien d’autres choses. 

 

Le Monde incroyable de Gumball a été renouvelé l’année dernière pour deux saisons, pour la saison 4 et la saison 5. Au niveau de ton équipe, être renouvelé pour deux saisons, est-ce que ça te permet de mieux t’organiser ?

Oui, ça nous permet de garder des gens de l’équipe, de faire en sorte de ne pas avoir de break entre les deux saisons, de continuer à faire tourner la machine. C’est un bénéfice. D’un autre coté, ça veut dire qu’on n’a pas vraiment le temps de se ressourcer entre les deux. Mais ça fait partie du métier, on essaie de tenir la route malgré tout.

Depuis quatre ans, tu as la même équipe d’auteurs…

Ça change un peu d’une saison à l’autre. Mais oui, généralement, on essaie de garder les gens de l’équipe. Ce sont des personnes qui ont bossé souvent depuis plusieurs saisons sur un projet. Ils sont très talentueux, très aguerris. Ils sont vraiment capables de faire les choses vite et bien.

Puisque depuis quatre ans, tu as un pool d’auteurs, est-ce que, en inventant des histoires, vous vous êtes découverts des affinités pour certains personnages, pour certains thèmes ? Et en tant que showrunner, comment te sers-tu des forces que tu as découvertes dans ton équipe ?

Pour ce qui est de l’histoire, les personnages se sont développés au fur et à mesure du temps. Ils sont devenus plus intéressants. On a trouvé des angles un peu plus variés et dimensionnels, à exploiter. Pour ce qui est de tirer partie des qualités des gens de notre équipe, par exemple, mon directeur artistique, qui s’appelle Antoine Perez, monte en grade, il va commencer à réaliser bientôt. Il se passe des trucs intéressants. Les gens de l’équipe évoluent, ils deviennent très professionnels.

Ça s’accentue suivant les épisodes ou tu vois l’épisode fini et tu te dis « tel ou tel, en l’occurrence Antoine Perez, déchire sur cet épisode, donc on va lui donner d’autres responsabilités, plus de choses à faire » ? Comment ça se passe ?

Comme la série existe quand même depuis un bon moment maintenant, les gens évoluent au sein de l’équipe. Ceux qui étaient à l’époque, par exemple, uniquement storyboarders deviennent superviseurs du story-board. Leur talent se développe. Du coup, on leur laisse la chance d’utiliser leur plein potentiel.

Ben Bocquelet détaille les étapes d

Ben Bocquelet détaille les étapes d’un épisode de la saison 4 de Gumball sur la scène du Comic Con Paris, le 24 octobre. (Crédit : Florian Etcheverry/Daily Mars)

Dans certaines interviews, tu expliques que c’est très compliqué d’écrire pour un cartoon comme Gumball : comme c’est une comédie, il y a pas mal de prises de tête, de réécritures. Est-ce que la réécriture, s’il y en a, intervient plus sur les scénarios ou au niveau des story-boards ? Comment ça se passe quand on se rend compte qu’un épisode ne marche pas sur certains aspects ?

Ça dépend vraiment du résultat du script. Généralement, on essaie de s’approcher le plus possible d’un résultat final à l’étape du script, de l’écriture. Quand on se plante, généralement, on en vient à essayer de résoudre les problèmes à l’étape du story-board. C’est là où on entre dans un petit cauchemar personnel et professionnel, où il faut tout rattraper à la dernière minute, au story-board. Mais de toute façon, on utilise cette étape pour améliorer le projet, parce que si on a une meilleure blague, on va l’utiliser, c’est sûr. Des fois, ça arrive même à l’étape du story-board. Ce n’est pas vraiment comme aux Etats-Unis où l’écriture d’une série se fait littéralement au stade du story-board par exemple. Généralement, on essaie de s’en tenir au plan initial.

Tu as créé le monde d’Elmore et d’autres t’aident à lui donner vie. Est-ce que ce monde est appelé, après 130-150 épisodes, à devenir plus large ? Et, y a-t-il a des parallèles justifiables à faire avec un Springfield ou un South Park, avec des personnages secondaires ou tertiaires qui vont revenir au fur et à mesure de l’accumulation des épisodes ?

Oui, il y a certains personnages qui vont revenir bien sûr. Mais surtout, je pense que maintenant qu’on a décidé de ce qu’on allait faire pour terminer la série – parce que j’aimais bien l’idée d’avoir une idée de fin, même si le plan n’est pas de la terminer immédiatement bien sûr -, nous savons comment nous allons retomber sur nos pattes quand le jour viendra de mettre fin au projet. Donc, on a vraiment commencé à développer le concept de leur univers et le mystère qui entoure le fait que ce soit tous des personnages différents, dans cet univers en live action. On a un plan intéressant, une espèce de petit développement narratif qui commence à venir de plus en plus dans les épisodes.

Ça veut dire que les épisodes de Gumball sont indépendants mais sur ce plan particulier, c’est possible que ça devienne une arche narrative « feuilletonnante » ?

Oui, il y a toute une démarche narrative épisodique qui existe au sein de la série. En fait, c’est quelque chose qui sera beaucoup plus évident le jour où on décidera de montrer l’épisode final. On pourra regarder en arrière et ce dire « ah, on avait planté plein de petits détails tout au long de la série. »

Gumball, comme pas mal d’autres séries de Cartoon Network, a pas mal de merchandising. Quel est ton implication dans les produits dérivés que l’on peut te présenter et quel est ton préféré ou celui dont tu as eu l’idée ?

Pour l’instant, c’est vraiment les tout débuts du merchandising de Gumball. L’équipe marketing est en charge de tout ça. Je ne suis pas vraiment un professionnel des produits dérivés. Ce n’est pas vraiment mon métier, donc je les laisse faire.

Moi, ce qui m’intéresserait vraiment, ca serait de développer un jeu vidéo de Gumball. J’ai des idées pour faire ça. Ma sœur travaille dans le jeu vidéo, elle est programmatrice. Et j’aimerais beaucoup m’attacher à un projet de Gumball en jeu vidéo.

Et tu as déjà des idées de plates-formes si ça venait à se réaliser ?

C’est le genre de chose qui serait certainement décidé par les gens qui s’occupent de la partie business du projet. Mais oui, j’aimerais bien un truc sur console probablement. Idéalement, ce que j’aimerais le plus, ce serait un quelque chose sur PS4 pour exploiter vraiment un gros moteur d’engin qui tue.

Il y a pas mal de techniques d’animation. C’est une série extrêmement composite avec des décors réels. Est-ce qu’il y a des choses que vous avez essayé dans la création, la technique d’animation, que vous avez vraiment laissé tomber parce que c’était vraiment trop dur ? Est-ce qu’il y a des défis techniques que vous avez totalement laissé tomber comme introduire un personnage en claymation (animation en pâte à modeler) ?

Par exemple, au tout début du projet, Darwin était censé être un personnage 3D et on s’est aperçus que les interactions entre un personnage 2D et un personnage 3D constant, à chaque épisode, aurait vraiment rendu les choses impossibles pour nous. C’était trop complexe. Donc Darwin est devenu un personnage 2D après ça.

En fait, est-ce que ça marchait à l’écran et que techniquement, ça ne marchait pas ?

Non. Je pense que ça fonctionnait à l’écran, de la même manière que quand les personnages 3D interagissent avec les personnages 2D, ça fonctionne. C’est juste la quantité de travail qui serait survenue de la répétition de problèmes techniques. Faire réagir un personnage 2D qui touche un personnage 3D, et vice versa, c’est quand même beaucoup de travail. Ça demande de l’effort de la part des deux équipes, des équipes d’animateurs 2D et 3D et ce serait très vite devenu cauchemardesque.

Il y a certains des épisodes de Gumball, notamment les premiers, pour lesquels tu dis «  je les regarderai plus jamais, c’est fini ».

Je suis un peu un perfectionniste (rires). Généralement, le projet que j’aime le plus, c’est celui que je n’ai pas encore fait. Je suis un peu comme ça.

Quand tu regardes les épisodes finis de Gumball, est-ce que ce sont vraiment les imperfections qui continuent de ressortir ? Est-ce que pour revenir à ces premiers épisodes, Gumball a quand même pris du temps avant de trouver ses marques ?

Oui, parce que ça nous a pris potentiellement l’intégralité de la première saison avant de vraiment trouver la voie de la série, le sens de l’humour, de développer les personnages et de s’assurer qu’ils soient vraiment solides et qu’on les aimait tels qu’ils étaient. Ouais, je pense que ça nous a pris plus ou moins une saison entière avant d’arriver à un résultat dont on était satisfaits.

Mais bon, quand je regarde ces épisodes avec la distance et le temps, j’ai moins de mal à apprécier les bons côtés. Je me rends compte maintenant qu’on a fait beaucoup d’efforts. Et même si tout n’a pas fonctionné le mieux possible parce que c’est très pointu, je pense qu’ils ont quand même un certain charme, une chaleur qui transparait à l’écran.

Par exemple, dans l’épisode que tu as montré en keynote [au Comic Con Paris], il y avait un affrontement entre Gumball et le hot dog qui rappelle un petit peu les Sergio Leone. Il y a pas mal de pastiches ou de références que vous faites à des films, des dessins animés. Est-ce qu’actuellement, il y a des choses que vous n’avez pas fait, dont vous êtes fans en termes de références à des films, des séries, ou des dessins animés. Il y a un pastiche que vous vous interdisez de faire par exemple ?

Quelque chose qu’on s’interdirait ? Ben ouais, j’imagine des films qui seraient inappropriés.

Donc Tarantino ou des choses comme ca, c’est hors de…

Non, ça on l’a déjà fait (rires). Honnêtement, je ne pense pas qu’il y ait de grands problèmes avec les références. On est dans la série quoi. De toute façon, ce sont des trucs faits pour les fans et les geeks, probablement une partie du public adultes, plus que les enfants qui ne connaissent pas ces films et ne captent pas forcément les références. Mais non, on ne s’interdit pas grand-chose. On se fait plaisir.

Gumball, c’est un monde qui est très absurde. Ça reste un cartoon dans lequel on peut se permettre pas mal de chose. Quand vous arrivez avec les story-boards, à quel moment vous vous dites « ok, il faut s’arrêter dans le délire » ? Jamais ?

Non, pas vraiment. Jusqu’à présent, non, je ne crois pas. La seule chose qui m’inquiéterait, c’est si ça devient incompréhensible, si la logique devient abstraite, à un tel point que l’audience perd de l’intérêt à regarder l’épisode. Je pense que c’est là où se pose notre limite. Mais sinon, on peut aller jusqu’au bout de la bizarrerie sans en avoir peur je pense.

En regardant la série, j’ai vu ce personnage du hot dog et je me demandais si vous regardiez des choses comme Aqua Teen Hunger Force ou si les shows d’Adult Swim vous inspiraient dans leur animation etc. ?

Pas vraiment, je n’ai jamais vu Aqua Teen Hunger Force avant. Mais il y a une série que j’aime beaucoup sur Adult Swim en ce moment, Rick and Morty. Ça, c’est quelque chose que j’ai vraiment beaucoup regardé récemment. Mais oui, on est influencés par tout ce qui est cool. Tout ce qui nous plaît, on l’ingère et on le digère.

Est-ce que, dans les retours que tu as eus du public, il y a quelqu’un qui regarde la série et dont tu n’aurais jamais pu soupçonner qu’il puisse regarder ?

Oui. J’ai eu quelques tweets de gens un peu célèbres qui ont développé une obsession pour le show. C’est assez drôle. Beaucoup de rappeurs, étonnamment. (rires) Beaucoup de rappeurs américains. Par exemple, Tyler, The Creator qui est vraiment à fond de Gumball. Donc peut-être qu’on essaiera de faire quelque chose avec lui.

Avec la notoriété, faire venir des voix un peu plus connues comme dans les autres séries d’animation, des voix de comédiens, c’est des choses que vous voulez commencer à faire ?

Possible, oui. Occasionnellement, on a eu quelques stars qui ont prêté leur voix à la série. Par exemple, Sir Derek Jacobi qui est un acteur anglais très célèbre. Il y a quelques personnes qui ont prêté leur voix. Habituellement, on ne pense pas vraiment à des acteurs spécifiques quand on écrit les personnages. On pense plus à la série en elle-même, donc à la façon dont l’univers fonctionne intérieurement on va dire. Ce n’est pas quelque chose qu’on a complètement abordé. Mais dans le futur, je pense qu’on va essayer de faire un petit effort pour intégrer les gens qui aimeraient bien faire partie du show.

Comment ça se passe d’intégrer Derek Jacobi, enfin Cadfael dans la série ? Comment ça s’est passé au niveau du casting ? Il était dispo pour faire les voix ?

On s’est dit qu’on aimerait bien une voix très dynamique, très théâtrale, très noble. Et on cherchait quel genre d’acteur serait le mieux pour ce genre de rôle. On s’est dit « quand même, on est en Angleterre, on a accès à certains acteurs qui sont quand même incroyables ». On s’est dit « on va lui demander, avec un peu de chance ça marchera » et puis miraculeusement, il a dit oui. Ça se passe un peu comme ça. On va essayer de contacter un agent, en espérant que la personne soit intéressée et puis si elle l’est, on saute sur l’occasion !

Toujours sur le casting vocal, je crois comprendre que le principal casting vocal en VO a changé. Est-ce qu’il a été facile d’un côté comme de l’autre, de reprendre vos marques lors de l’enregistrement des voix des nouveaux enfants avec lesquels vous travaillez ?

Emotionnellement, pour moi, c’était un peu dur parce qu’on avait passé beaucoup de temps à choisir les voix des enfants originelles. Donc j’étais très attaché à leur qualité. Ça s’est passé à la fin de la deuxième saison. Quand les enfants arrivent à 14 ans, là on voit le changement, surtout les garçons. Et on était un peu triste de devoir les laisser partir. Mais c’est vrai que les agents qui ont trouvé les deux remplaçants, donc Jacob et Terrell, ont fait un super boulot. Les personnages restent, c’est ça le plus important, même si la voix n’est pas exactement la même. Justement, on s’est un peu fait tuer par les gens sur Twitter car personne n’aime le changement. Mais les agents ont fait un super boulot et maintenant, tout le monde les aime autant que les voix originelles.

Mais ça a vraiment été remarqué que ça avait changé ?

Oui. C’est-à-dire que les fans de la série sont très attentifs aux détails. Donc eux, ils ont bien noté la différence. Mais je pense que ce n’était pas si dramatique que ça. Au final, le changement s’est fait : on a fait un épisode entier pour remercier les premiers acteurs. On a quand même pris en compte le fait qu’on changeait les voix et on a intégré ça dans la narration.

Si Gumball devait se décliner en spin-off ou en film, quelles en seraient les conditions ? Pour toi, c’est des choses auxquels vous avez déjà pensé en quatre ans ?

Je ne pense pas vraiment à un concept de spin-off. Je suis plus intéressé à l’idée d’un long métrage. Je pense que c’est une idée intéressante. Mais je n’ai jamais vraiment réfléchi à un spin-off. J’imagine que ce serait explorer ce qu’il y a à l’extérieur de la ville d’Elmore, de rencontrer d’autres personnages, d’autres styles, d’autres aventures.

Des choses un petit peu comme le deuxième film Bob l’éponge en fait. C’est un tout petit peu les mêmes concepts.

Un petit peu oui, on peut dire.

Merci beaucoup de ton temps…

Cartoon Network France diffusera les épisodes inédits de la saison 4 de la série dès le lundi 9 novembre à 17h15.

Transcription : Amélie Pérot

 

Partager