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Docteur No, I’m your Nemesis ! (à la défense de Genndy Tartakovsky)

Docteur No, I’m your Nemesis ! (à la défense de Genndy Tartakovsky)

Non, non et non, Docteur No. J’objecte, j’éructe, je m’insurge. D’accord, Hotel Transylvania n’est pas une réussite flagrante. Sorti de la belle Mavis et de la qualité d’animation générale, les personnages sont déjà vus, les blagues ne sont pas – toujours – bien rythmées, et malgré la bonne ambiance qui survole le métrage, nous sommes loin du fils mutant d’un bon pixar et l’excellent Paranorman que nous étions en droit d’attendre. Cela je vous l’accorde. Mais je ne peux pas vous laisser dire de telles âneries sur Môssieur Genndy Tartakovsky !

Permettez-moi de disséquer pour vous le style de ce grand homme, récepteur de cette hype délirante que vous ne semblez pas comprendre. Vous devez savoir, comme le sais tout bon amateur d’art, que plus un dessin est simple, plus il est porteur d’émotion. Je vous rapporte à l’excellent ouvrage L’art invisible de Scott McCloud (un exemple parmi tant d’autres, et je sais que sieur Jérôme Tournadre me soutiendra sur ce point). Ce livre vous apprendra que plus un dessin est simple, plus il est chargé en émotion. C’est la raison pour laquelle un smiley sera par exemple toujours plus compréhensible qu’un dessin de William Vance (avec tout le respect dû au dessinateur régulier de XIII).

Prenons ce simple constat pour base et penchons nous donc sur le style de Genndy Tartakovsky. Un style à la fois dynamique est clair, directement issu de premières armes faites sur la célèbre série animée Batman, ce avant d’atterrir chez Hanna Barbera. En plus d’avoir aidé à imposer une imagerie qui marqua les meilleures shows des années quatre-vingt-dix, ce style qui vous effare est indissociable de l’identité visuelle de la chaîne Cartoon Network. Fondée en 1992, Cartoon Network a lancé en 1995 l’initiative What a Cartoon, une série de courts métrages pilotes dans le but de choisir ses prochaines grosses séries. Mix du style Hanna Barbera et d’une bonne dose de pop art, cette patte moderne permit au Laboratoire de Dexter (série dont Genndy est le créateur) de devenir un des shows les plus populaires de la chaîne et de marquer toute une génération, aux côté d’autres titres comme Cléo et Chico, Courage le Chien Froussard, Les Supernanas ou Ed, Edd et Eddy.

Drôle et inventive, Dexter’s lab (pour les intimes) met en scène le teigneux Dexter, un binoclar nain pré-pubère de génie possédant un complexe militaro-scientifique planqué dans sa chambre, et sans cesse dérangé dans ses expériences par sa décervelée de sœur DeeDee. Avec un tel pitch, la porte est ouverte tant aux hommage à toutes sortes d’icônes de la pop culture (Frankenstein, la planète des singes, Batman…) qu’à la peinture fraîche et amusante des relations fraternelles – le design de Dex est au passage basé sur le grand frère du réal -. Un exercice dans lequel Tartakovsky excelle et qui pousse la série à exploser divers records, dont celui du plus grand nombre d’épisodes pour une saison de série animée (39 épisodes de deux à trois segments chacun pour sa seconde saison).

Mais l’animateur ne s’arrête pas en si bon chemin. En plus d’aider son ami Craig McCracken à produire, scénariser et réaliser la non moins excellente Supernanas (elle même parangon de la parodie de film de monstres), Genndy se lance en 2001 dans les méandres du mélange de genres. Jugez plutôt : Samuraï Jack conte les aventures d’un samouraï du futur, héros à la Zelda – donc muet comme Link – renvoyé dans le passé par le démon Aku au moment où ce dernier accède à la toute puissance et désire contrôler le monde sans encombres. Tirant son inspiration de la série Kung-Fu, Samuraï Jack se situe à la croisée des chemins entre récit faussement initiatique et hommage référentiel, dans ses thématiques comme dans son graphisme. Quatre années durant, Jack tentera ainsi de revenir dans son présent, affrontant amazones, archers, dragons, gangsters de Chicago et robots. Il fera copain-copain avec moines bouddhistes, spartans et autres vikings et traversa le monde, de l’Egypte à l’espace en passant par les jungles amazoniennes.

Mais j’aurai beau essayer de vous convaincre sur le papier cher Docteur No, Genndy Tartakovsky est un animateur et au delà des thématiques abordées et des parti-pris graphiques, c’est à ce terme qu’il doit surtout être apprécié. Pour comprendre l’engouement qui anime ses fans, il faut se plier à l’exercice et au moins se poser pour savourer quelques épisodes d’une de ces séries. Un exercice auquel se plia sans doute George Lucas avant de lui confier la production de Star Wars : Clone Wars, mini-série animée de 25 épisodes sortie en 2003 et prenant place entre les épisodes II et III du célèbre space opéra. Comble pour la licence, ce Clone Wars (à ne pas confondre avec la plus récente Star Wars : The Clone Wars) se paie le luxe de faire ce que Lucas ne fera jamais dans son hexalogie : peindre de façon viscérale, saisissante et éminemment graphique, l’évolution et le passage du petit prince des Jedi vers le côté obscur. Le show se verra nommé aux Saturn awards en 2004 dans la catégorie meilleure série télé et sera couronné de l’Emmy de la meilleure série d’animation de plus d’une heure en 2004 et en 2005. Une distinction également portée par Samuraï Jack pour les programmes de moins d’une heure en 2004, et à laquelle Dexter avait déjà été nommée.

Dernier méfait de Tartakovsky sur le petit écran, Sym-Bionic Titan n’a malheureusement pas rencontré le succès mérité. Manifestement tout aussi amoureux des gros robots et de la culture Sentaï que son ami Craig McCracken, Genndy cède à ses envies et lance la série sur Cartoon Network fin 2010. Celle-ci narre l’arrivée sur terre d’une princesse et de ses gardes du corps (un robot et un avatar de ninja), tous trois fuyant la guerre qui ravage leur planète. Un hommage évident à Goldorak et consorts, tant dans les termes que visuellement puisque les trois personnages, unissant leur forces, forment un distributeur géant de mandales prêt à affronter les gros robots qui ne manqueront de leur chercher des noises à chaque épisode. Cerise sur le gâteau, ils devront se fondre dans la masse et goûteront tant à la vie de lycée (même le robot, prenant apparence humaine, trouvera une petite amie) qu’aux joies d’un emmerdant voisinage, tout en évitant bien sûr de se faire griller par l’armée qui cherche à savoir où se cache le Titan du titre. Épuré, classieux (le gros robot est transparent, ce qui laisse la porte ouverte à tout un tas d’expérimentations visuelles), Sym-Bionic Titan ne dépassera pourtant pas sa première saison de 20 épisodes et marque peut-être les limites de la SF animée référentielle sur petit écran à l’heure où des shows tels que Tron: La révolte se retrouvent aussi sur la sellette. Malheureusement le public n’a pas toujours le temps de regarder les bonnes choses (et nos dossiers sur les séries trop courtes sont là pour le prouver). Le show a au moins le mérite d’exister et d’être un des meilleurs du genre. Rien de moins.

Donc ok, Docteur No, Genndy s’est à moitié foiré pour son premier film d’animation 3D, c’est regrettable et difficilement compréhensible au vu du pedigree ci-dessus. Mais cela reste excusable, surtout quand on jette un œil à Goodnight Mr Foot, un court métrage situé dans le même Hotel Transylvania – et proposé en bonus sur la galette du Blu-ray déjà dispo outre-Manche. un court qui rassurera certains et prouve, s’il en était besoin, que Genndy n’a rien perdu de sa verve visuelle quand il manie le crayon. Mais peut-être êtes-vous tout simplement allergique aux films d’animation, Docteur. Car à lire que vous n’avez pas non plus apprécié Les Mondes de Ralph, je me demande si je ne vais pas faire campagne pour m’occuper des films d’animation sur le Daily Mars !

A lire : Genndy Tartakovsky: From Russia to Coming-of-age Animator, par Jeff Lenburg, Collection Master of Animation.

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