Gérardmer 2021 : Boys from County Hell

Gérardmer 2021 : Boys from County Hell

Note de l'auteur

Faute de festival dans les lieux habituels, Gérardmer se lance dans une édition en ligne, permettant à n’importe qui de découvrir les films de la sélection chez soi, bien installé sous la couette. L’occasion d’une petite sélection de critiques.

Six Mile Hill est un petit village irlandais au milieu de nulle part, mais qui possède une particularité : Bram Stoker, l’auteur de Dracula, aurait passé une nuit ici. Eugene Moffat est un jeune homme habitant le village qui passe son temps à boire des coups avec ses amis et à tourner autour de la prétendue tombe d’un vampire irlandais qui aurait inspiré Dracula, jusqu’au jour où quelque chose s’en échappe.

Un monstre qui terrorise une bourgade du Royaume-Uni, des personnages peu sûrs d’eux mais vite attachants qui vont devoir se serrer les coudes pour lutter contre cette menace : si ce genre de pitch vous dit quelque chose, ce n’est pas anodin. Le mélange des genres britannique, saupoudré d’une légère dimension sociale, c’est l’inspiration du cinéma d’Edgar Wright qui parlera forcément à ceux qui liront le synopsis. Dans les faits, c’est à peu près ça, sans le talent de mise en scène.

Car si on suit les personnages sans déplaisir, ils manquent cruellement de profondeur pour être aussi investi que prévu. Eugene, le héros de cette bande de bras cassés, sera le loser qui va prouver sa véritable valeur, sans surprise, tandis que ses amis seront au choix relégués en sidekick rigolo ou en chair à canon histoire d’avoir quelques victimes au compteur – voire parfois les deux. Certaines sous intrigues tentent d’évoquer la difficulté de la ruralisation face aux évolutions du monde moderne, mais c’est plutôt maigre.

Là où le film est le plus efficace, c’est dans sa capacité à désamorcer les situations les plus glauques avec un sursaut de comédie qui surprend alors que le drame n’est jamais loin. Un second degré parfois exacerbé par la bêtise de certains personnages, et sur lequel le film peine parfois à doser correctement pour ne pas se rendre un peu ridicule. On pense au père qui est persuadé que l’homme avec une tige de chantier en travers de son corps aurait simplement consommé de la drogue. Mais comme le film n’assume jamais véritablement son jonglage entre les genres, il reste constamment entre les deux. L’équilibre est toujours compliqué à trouver, et ce n’est pas dans Boys from County Hell qu’on parviendra à l’obtenir.

La réalisation ne brillera pas non plus par son originalité. Tout juste notera-t-on l’idée un peu ludique autour de ces traînées de sang vidant les corps humains, mais jamais la mise en scène ne fait preuve d’inventivité, ou bien ne se sert du mythe du vampire pour construire quelque chose. La fameuse créature n’est pas plus effrayante qu’un costume que l’on voit généralement dans les séries TV, pas de quoi effrayer un nourrisson. Et c’est bien ça le principal défaut du film : si les enjeux sont clairs et simples, jamais Boys from County Hell ne parvient à se servir de ce qu’il met en place pour construire un background intéressant ou quelques moments qui marqueront les esprits. Un mythe du vampire aussi dévitalisé que pourraient l’être ses incisives.

Boys from County Hell

Réalisé par Chris Baugh
Avec Jack Rowan, Nigel O’Neill, Louisa Harland, Michael Hough, Fra Fee, Robert Nairne
Prochainement

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