Gérardmer 2021: Come True

Gérardmer 2021: Come True

Note de l'auteur

Faute de festival dans les lieux habituels, Gérardmer se lance dans une édition en ligne, permettant à n’importe qui de découvrir les films de la sélection chez soi, bien installé sous la couette. L’occasion d’une petite sélection de critiques.

Sarah est une lycéenne qui ne parvient plus à s’endormir sans souffrir de cauchemars récurrents. Elle fugue de chez elle et tombe sur une annonce pour une étude universitaire sur le sommeil. Pensant pouvoir résoudre son problème, elle y participe sans se douter du véritable objectif de ces mystérieuses observations.

D’emblée, le film débute par un long travelling à travers un univers à l’esthétique onirique, étonnante, inquiétante. L’image est grouillante, la couleur semble totalement absente. En quelques secondes, la beauté malaisante de l’endroit nous plonge dans une torpeur étrange et insondable, avant que Sarah ne se réveille emmitouflée sur un toboggan en plein milieu d’un parc. On comprend vite que tout ça n’était que son cauchemar. Et ce n’était que le début.

Come True se démarque par sa plastique sublime. Les scènes sont constamment teintées d’un bleu éteint, silencieux, comme si le monde autour de Sarah sombrait dans un sommeil infini. On sent l’influence de It Follows à travers la mise en scène, la sophistication des plans et des cadrages, voire parfois de la musique planante et diablement réussie de Electric Youth. Le réalisateur Anthony Scott Burns, qui n’en est pas à son premier essai, a parfaitement saisi une atmosphère propice à la thématique du sommeil et du cauchemar, renforcée par une direction artistique étonnante. On a déjà parlé des séquences de cauchemars, inquiétantes au possible, incroyablement marquantes et rappelant Silent Hill par instants, mais le choix de certains designs donne une patte vraiment particulière, comme ces écrans d’ordinateur d’un autre temps ou le costume SF servant aux expériences.

Et de la flippe, vous allez en avoir, et pas seulement dans le monde des cauchemars. Le film cache très bien son jeu, se sert admirablement bien du peu de moyens à sa disposition et ne tombe pas dans le piège du jump scare facile pour venir déranger le spectateur. Ombres en arrière-plan, montage glacial ou apparitions subites, les effets jouent à fond la carte de la peur commune de l’obscurité et de ce qui s’y tapit. Come True réussit à faire peur, se loupe à de rares occasions, mais ne laisse jamais indifférent. Tout comme It Follows, la peur vient de ce que l’on n’arrive pas à expliquer ou décrire, et lorsque le fantastique débarque, Anthony Scott Burns s’en empare à merveille.

Il n’échappe pas à quelques petits ratés comme des séquences laissées de côté sans beaucoup d’explications, ou la toute fin qui part un peu dans tous les sens, laissant le spectateur un peu pantois après ce ride terrifiant. Mais le voyage a tellement marqué les rétines, que ce soit dans sa fabuleuse direction artistique et dans son atmosphère fascinante ou même par le charisme magnétique de son héroïne, interprétée par Julia Sarah Stone, que ces quelques défauts s’oublient plutôt vite et transforment Come True en un film à ne pas louper pour les amateurs du genre. En attendant qu’un distributeur français s’en empare très vite.

Come True

Réalisé par Anthony Scott Burns
Avec Julia Sarah Stone, Landon Liboiron, Chantal Perron, Tedra Rogers, Skylar Radzion
Pas de date de sortie

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