Gérardmer 2021 : Teddy

Gérardmer 2021 : Teddy

Note de l'auteur

Faute de festival dans les lieux habituels, Gérardmer se lance dans une édition en ligne, permettant à n’importe qui de découvrir les films de la sélection chez soi, bien installé sous la couette. L’occasion d’une petite sélection de critiques.

Teddy a 19 ans, n’a aucun diplôme et vit dans un petit village perdu dans les Pyrénées, entre sa petite amie qui passe son Bac et son boulot de masseur. Un loup sème la terreur chez les villageois et un soir de pleine lune, Teddy se fait mordre par une bête mystérieuse.

Teddy, c’est l’œuvre de Ludovic et Zoran Boukherma, frangins déjà au turbin en 2016 sur Willy 1er sur lequel ils participaient avec Marielle Gauthier et Hugo P. Thomas. Pour ce nouveau film, les deux réalisateurs partent seuls sur le territoire du film de genre, et précisément le film de loup-garou. Ceux qui ont déjà vu Le Loup-garou de Londres de Landis voire même Wolf avec Jack Nicholson seront en terrain connu, sauf que ce terrain-là se situe dans le Sud-Ouest rural de la France et que ça change pas mal de choses. Des gendarmes à l’accent chantant, un Super Loto aux vannes éculées, une Marseillaise qui n’ira sans doute pas concourir chez The Voice : autant de situations typiques qui donnent un vrai cachet, surtout quand ils font intervenir le héros qui donne son nom au film.

Teddy, c’est avant tout Anthony Barjon, impérial dans le rôle de ce petit con de 19 ans, réellement attachant mais sans perspective d’avenir, avec une vie qui lui convient parfaitement. D’une maladresse désarmante mais doté d’un sincère amour pour ses proches, l’acteur délivre un personnage marquant et iconique, que ce soit par son unique sourcil décoloré ou son tee-shirt arborant un dragon enflammé. Évidemment, le film est totalement centré sur lui, et le malmène pour plonger cette comédie loufoque dans une horreur légère mais bien présente.

Il y a une vraie cohérence et une maîtrise totale de son sujet dans Teddy. Sans aucune fausse note, il parvient à alterner les genres avec une redoutable efficacité et réussit à doser ses effets comme il faut malgré son petit budget. La mise en scène joue constamment sur les perspectives, s’amusant avec les courtes focales, arrivant même à proposer des scènes aux couleurs superbes (le décor du salon de massage). Et même lorsqu’il dérange le spectateur par quelques scènes d’horreur bien senties (non pas le rasoir), Teddy distille sa recette magique avec une étonnante cohérence : les scènes comiques continuent à garder le bon ton malgré les scènes plus sanglantes, et une vraie mélancolie s’installe au milieu de tout ça, comme pour faire le pont entre l’humour et la terreur. Les liens entre les personnages qui gravitent autour de Teddy sont le cœur du film, véritables témoins de la transformation du jeune homme alors que tout évolue autour de lui. Teddy voit sa vie lui échapper, autant dans ses perspectives futures réduites à néant par des habitants qui ne veulent plus de lui, que dans la transformation de son corps. Il suffit de voir les regards inquiets de Pépin sur son protégé pour saisir la véritable gravité qui habite le film. On se rend alors compte que, sous les sursauts comiques, les deux réalisateurs ont tout compris du film de loup-garou et de sa dimension sociale. Une petite pépite.

Teddy

Réalisé par Ludovic Boukherma & Zoran Boukherma
Avec Anthony Barjon, Ludovic Torrent, Christine Gautier, Noémie Lvovsky, Guillaume Mattera, Jean-Paul Fabre
Sortie le 10 mars 2021

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