Getting On (HBO) : Bilan de la saison 1

Getting On (HBO) : Bilan de la saison 1

Note de l'auteur

En proposant une série qui a pour cadre un centre de soins prolongés, HBO a diffusé en fin d’année dernière la comédie la plus féroce de 2013. Ce projet – adaptation d’une création anglaise – ne plaira pas à tout le monde, mais il est très bien écrit.

Il y a du Six Feet Under dans Getting On. Du Six Feet Under tordu, entortillé dans tous les sens et, pour tout dire, franchement déstabilisant. La première scène, où l’infirmière Dawn Forchette regarde une vidéo cartoonesque sur son smartphone alors qu’elle est au chevet d’une vieille dame qui vient de mourir, l’affirme d’entrée.

Forchette s’amuse devant son écran, puis s’aperçoit que la patiente est décédée. Elle retire alors doucement l’oreiller qui est derrière sa tête, pour que son crâne repose à plat. Juste avant de donner un coup de main à DiDi Ortley, sa collègue qui vient de constater qu’une patiente a fait ses besoins sur l’un des fauteuils près de l’accueil.

Dans le genre « première scène glaçante », vous l’aurez compris, Getting On fait fort.

Adaptation d’une série de la BBC produite par Julie Gardner (Doctor Who période Russell T. Davies), ce remake est développé par Mark V. Olsen et Will Scheffer, les deux hommes derrière Big Love. Le show s’intéresse à une petite équipe médicale du centre de soins prolongés d’un hôpital de Palm Beach. Toutes et tous s’occupent de vieilles dames âgées. Des femmes malades, usées ou qui ont perdu leur autonomie ; des patientes atteintes de la maladie d’Alzheimer aussi.

Au milieu de cet univers, Dawn et  DiDi (qui est la dernière arrivée) essaient de prendre soin de tout le monde du mieux qu’elles peuvent. Ce qui n’est pas simple quand l’administration, les médecins ou le manque de moyens s’ingénient à rappeler que notre société a un vrai problème avec la fin de vie.

Dawn et DiDi, les infirmières de Getting On. Photo HBO

Clairement, il faut un peu de temps pour rentrer dans Getting On. La série tape avec une précision chirurgicale là où ça fait mal et elle fonctionne un peu comme un miroir. En fonction de ce que le thème évoque chez soi, en fonction de sa propre expérience sur le sujet, on peut être complètement hermétique à ce qui est montré. Ne pas du tout rire, et avoir envie de fuir.

Pourtant, la série n’est pas là pour torturer le téléspectateur : elle met au contraire en lumière l’absurdité institutionnelle qui encadre son sujet. Le manque de moyens, le manque de réflexion de fond sur l’accompagnement en fin de vie ressortent toujours dans des situations décapantes.

Par exemple quand Dawn et DiDi répètent au téléphone et à un traducteur ce que leur dit une patiente asiatique inconnue… parce que ledit interprète n’a pas le temps de venir les voir. Mais aussi quand DiDi fait appel à du renfort pendant une garde de nuit, et que c’est Dawn qui débarque en tenue de soirée, parce qu’elle travaille au noir pour une autre structure (elle ne gagne pas assez d’argent). Ou quand le docteur James rappelle à tout le monde qu’elle collecte de la matière fécale pour ses recherches et que ce serait bien de penser à elle, quand un cas intéressant se présente.

Au départ, c’est un petit peu comme si le rire restait coincé dans votre gorge. Bloqué par le contexte dans lequel surviennent les effets comiques. Et puis, avec le temps, en s’attachant aux personnages et à la sincérité de leur démarche (même si Dawn est plutôt paumée), on finit par rire. Parce que c’est très bien écrit, parce que l’émotion n’est jamais loin et parce que le projet reste pensé pour cela.

Dans le rôle de Jenna James, Laurie Metcalfe livre une sacrée prestation. Photo HBO

On rit jaune mais la charge implacable des auteurs sur nos rapports avec la perte d’autonomie permet effectivement de réfléchir. La boucle est bouclée : on en revient à Six Feet Under. À ses personnages hauts en couleur qui vous marquent durablement.

Ici, avec les affreuses affaires de cœur de Dawn et son supérieur Patsy de la Serda (il ne sait pas s’il est hétéro ou pas, et il est franchement lâche), avec le comportement du docteur Jenna James (sorte de Michael Scott de The Office -saison 1- en blouse blanche), tout devient parfois tellement énorme que la série s’amuse à rappeler que tout ceci n’est justement qu’une histoire. Pour créer un peu de distance avec une problématique aussi délicate que douloureuse. Pour revenir à l’essence, à la comédie.

Pour peu que l’on soit sensible à ce discours, Getting On atteint alors sa cible comme très peu de fictions peuvent le faire. Et ça aussi, il faut le dire.

GETTING ON US (HBO)
Créée par Jo Brand, Joanna Scanlon et Vicki Pepperdine pour la BBC
Développée aux USA par Mark V. Olsen et Will Scheffer
Saison 1, six épisodes.
Avec Laurie Metcalfe (Dr Jenna James), Alex Borstein (Dawn Forchette), Niecy Nash (DiDi Ortley), Mel Rodriguez (Patricio « Patsy » De La Serda).

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