Music Mini Review : Ghost – Meliora (Loma Vista Recordings)

Music Mini Review : Ghost – Meliora (Loma Vista Recordings)

Note de l'auteur

En l’espace de deux albums (Opus Eponymous et Infestissumam) et un EP (If You Have Ghost), Ghost a atteint un rare degré de notoriété. L’engouement critique comme publique a provoqué un statut culte quasi immédiat. Le groupe était destiné tant son utilisation d’une imagerie satanique de fête foraine l’a conduit tout droit sur des terres postmodernistes. Meliora, leur troisième opus, va-t-il confirmer l’enthousiasme général ?

 

A singer les plus grands (Black Sabbath, Blue Öyster Cult, voire Mercyful Fate), Ghost posait la tête sur l’échafaud. A travers le jeu de l’anonymat (tous les membres apparaissent masqués et leur nom est gardé secret), d’une reproduction respectueusement insolente et de compositions habiles à absorber les influences, le groupe suédois a évité le couperet. Et justifier une existence qui allait au-delà de la parodie excentrique. Ghost réimagine le doom dans sa version (hard)rock (parfois légèrement progressif), teinté d’un univers sonore que ne renieraient pas les films d’horreur des années 70.

Opus Eponymous bénéficiait de l’effet de surprise, Infestissumam jouait sur la confirmation, comment Meliora allait-il aborder le futur ? Le changement dans la continuité. La musique du groupe s’émancipe légèrement du hard-rock pour verser dans les contrées du rock, voire de la pop. Un geste que l’on retrouvait à l’état embryonnaire sur Infestissumam et marqué sur le EP If You Have Ghost. Suite logique et pourtant gorgée d’inattendue.

ghost-meliora-coverL’effet Ghost. Une musique familière que l’on entend pour la première fois. De sa voix très sixties, Papa Emeritus III guide une foule docile. Hypnotisée par les mouvances incantatoires d’un chant limpide, cette voix accueille des versets satanistes, adoucies des lueurs pop de refrains entêtants. Le chanteur psalme une dévotion quasi amoureuse jusqu’à teinter ces bagatelles d’effluves romantiques. Meliora ne cherche pas à apprivoiser la Bête de douceurs acidulées, l’album sait aussi retourner aux racines d’une musique inquiétante ou dangereuse.

Cueillie par son orgue psychédélique, Spirit joue son rôle d’introduction. Des présentations où l’on remarque une production qui sort les crocs, s’appuyant davantage sur des sons actuels, laissant de côté le caractère vintage des albums précédents. La basse ronflante de From the Pinnacle to the Pit et son refrain très heavy, les lourdes guitares qui lancent Cirice, l’enveloppe sonore gonfle les muscles, sans pour autant sacrifier l’atmosphère singulière du groupe. La musique s’embourgeoise, ajoutant un épiderme à une carcasse déjà bien en chair. On y trouve une nouvelle sophistication qui oblige l’auditeur à multiplier les écoutes pour effeuiller totalement le disque. Sa durée raisonnable (une quarantaine de minutes) permet l’approfondissement pointilleux sans risque d’étouffement. On peut même se laisser aller à l’obsession sur la ballade He is, l’envoûtant Deus in Absentia ou le terrifiant Mummy Dust.

 

Avec Meliora, Ghost se montre à la hauteur des attentes. Au culte qui a souvent tendance à scléroser l’inspiration, les Suédois répondent avec leur talent habituel, mix de second degré et de professionnalisme. Un équilibre qui conduit à la réussite, où la blague d’un décorum kitch ne supplante jamais le sérieux de la musique. Ghost réussit son pari et n’attend plus qu’à propager ses conjurations méphistophéliques pour grossir les rangs de ses adorateurs dévoués.

Ghost – Meliora (Loma Vista Recordings), sorti le 21 Août 2015.

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