Ghostrunner : le parkour par cœur

Ghostrunner : le parkour par cœur

Note de l'auteur

Alors comme ça, on est en manque de cyberpunk ? On attend fébrilement le futur jeu de CD Projekt ? Vous aussi, vous regrettez cette époque bénie d’un Mirror’s Edge et son audacieuse proposition de parkour en vue FPS ? Réjouissez-vous, le studio polonais One More Level vous propose avec Ghostrunner de conjuguer le parkour avec les compétences aiguisées d’un ninja assassin cyborg, rien que ça !

L’histoire de Ghostrunner prend place à la Dharma Tower, une tour géante qui abrite toute une civilisation humaine où une entité cybernétique contrôle la population pour éviter toute forme de répression. Le joueur incarne le Ghostrunner, un ninja modifié qui se réveille sans la moindre mémoire et qui libère une I.A. emprisonnée. Elle lui somme alors de grimper tout en haut de la tour pour aller liquider le Maître des Clés et ainsi libérer tout le monde. Un programme chargé mais toutefois classique, puisque si le scénario a le mérite d’exister, il ne brillera pas par son écriture ni par des twists grillés dès la première seconde. Les gamers avec un peu de bouteille auront tôt fait de prédire comment tout ce joyeux bordel va se terminer. Fort heureusement, le plaisir de Ghostrunner est ailleurs, et il a toutes les cartes en main pour faire plaisir aux amateurs d’action frénétique, de ralentis et de sauts de cabri.

Ninja cybernétique oblige, votre personnage possède un panel de capacités à faire rougir n’importe quel pratiquant de l’époque féodale. Possibilité de courir sur les murs sans perdre sa hauteur initiale, dash dans n’importe quel direction, grappin énergétique, votre guerrier est également armé d’un katana pouvant trancher n’importe quel ennemi d’un seul mouvement. Petit bémol : les ennemis peuvent vous faire la misère tout aussi rapidement. Très vite, on meurt sous les tirs des ennemis avant de repartir au checkpoint illico-presto pour tenter une autre tactique. On apprend qu’il est possible de dévier les projectiles avec un timing très serré, ou encore de mettre le jeu au ralenti si on laisse appuyer sur la touche de dash afin d’esquiver les balles. Une technique à maîtriser très vite, puisqu’elle fait partie du pivot central de Ghostrunner, à savoir parvenir à contourner les attaques adverses pour s’approcher de l’ennemi afin de laisser parler sa lame.

Et c’est dans ces moments frénétiques que Ghostrunner va installer son flow particulier, qui rappellera Katana Zero et son approche très rythmique des combats. Chaque mort reboote le pattern des ennemis à l’identique, très utile pour mémoriser le timing des attaques et créer le meilleur parcours qui soit en se débarrassant de ses adversaires ni vu ni connu. L’autre camp ne se laissera toutefois pas faire en diversifiant régulièrement ses troupes. Le troufion de base sera vite accompagné de soldats armés de fusils d’assaut, certains protégés derrière un bouclier qu’il faut contourner, ou bien de sbires plus costauds qui viendront vous chercher au corps-à-corps d’un bond. Le must restera l’arrivée de ces ninjas fonçant sur vous pour atteindre votre carotide, qu’il faudra alors contrer avant de les occire. Un plaisir coupable, qui joue sur vos réflexes dans un pur délire de chanbara. Gros bémol concernant des ennemis explosifs sur la fin du jeu, assez agaçants et forçant le joueur à prendre la fuite. Une idée saugrenue et frustrante quand le reste du jeu nous apprend à prendre des risques pour s’approcher de l’adversaire. A noter des boss plutôt chouettes aux patterns bien définis, qui renvoient aux FPS d’antan.

Évidemment, votre ninja ne pouvait pas se contenter de son katana. Au fil de l’aventure, votre guide/I.A. vous octroiera quelques capacités supplémentaires, au nombre de quatre, utilisables via une barre qui se remplit à chaque élimination. Que ce soit une rafale d’énergie balayant les pauvres hères sur son chemin ou un dash meurtrier et inévitable, ils deviennent vite indispensables pour faciliter un assaut délicat, avec également des bonus temporaires (shurikens, ralenti), placés régulièrement lors des phases de plate-formes mais aussi pendant les combats. A noter que votre Ghostrunner aura aussi accès à une interface pour améliorer ses capacités diverses, aussi bien celles de base (rajouter un dash en plus, voir les ennemis à travers les murs) que celles récupérées par la suite (portée plus grande, concentration plus rapide). Il faudra pour ça jouer au Tetris en plaçant des blocs pour chaque upgrade dans une grille afin d’optimiser au mieux l’espace pour en placer le plus possible.

Et des améliorations, il en faudra pour venir à bout de cette grosse quinzaine de chapitres qui se terminent en 6-7 heures de jeu, puisque Ghostrunner est – on ne va pas se mentir – pas facile (mais pas insurmontable). Si les phases de parkour où l’on bondit principalement entre des murs s’enchaînent avec un vrai plaisir, ce sont les combats qui vous donneront du fil à retordre, dont certains pourront devenir vite frustrants, même si le retour en partie est très rapide – heureusement. On aurait aimé une touche manuelle de retour au checkpoint, un bémol qui peut sans doute être corrigé via un patch. Mais l’une des features qui s’impose comme LE gros défaut du titre, c’est son système de sauvegarde. Bien sûr, les checkpoints sont nombreux et suffisamment bien répartis pour ne pas se retaper une séquence de dix minutes. Mais voilà, il y a un gros pépin : Ghostrunner force le joueur à terminer chaque niveau d’un seul trait. Si l’on quitte le jeu en plein niveau, il faudra le recommencer du début. Le jeu ne prendra d’ailleurs même pas la peine de nous prévenir, si ce n’est en faisant l’erreur une première fois. J’aurais bien du mal à trouver une explication logique sur ce fonctionnement, peut-être une histoire de flow à ne pas briser, mais ce serait jeter à la figure que chaque personne a son propre rythme, sa façon de jouer. Les chapitres durent en moyenne une trentaine de minutes, mais il suffit d’une séquence réellement compliquée pour qu’un joueur soit forcé de la terminer sans pouvoir y revenir plus tard sous peine de recommencer tout le niveau. Une véritable incompréhension difficilement justifiable et qui prend un peu le joueur en otage en lui imposant le rythme du jeu plutôt que s’adapter au sien.

Une fonction qui peut réellement décourager ceux qui veulent tâter un titre un peu plus velu que la moyenne, et c’est bien dommage. Ghostrunner est un jeu aux grandes qualités, avec un feeling vraiment excellent où l’on se sent dans ses petits souliers cybernétiques. Frénétique et nerveux, le gameplay fonctionne à pleins tubes, et les amateurs de cyberpunk pourront se rincer les yeux à travers des décors vraiment réussis, qui parviennent même à en garder sous le coude pour surprendre les joueurs. Si Ghostrunner enchaîne des couloirs de néons et des tubes en acier dans son premier tiers, c’est pour mieux s’ouvrir par la suite avec des niveaux urbains splendides plus ouverts que traversent des rails auxquels s’accrocher. Au rythme d’une soundtrack synthwave et entêtante de Daniel Deluxe, parfaite pour accompagner vos virevoltantes acrobaties, Ghostrunner alterne même avec des niveaux dans un subconscient informatique du plus bel effet, avec des énigmes que l’on aurait pu éviter mais qui offre quelques moments d’accalmies bienvenus.

Si l’idée du Die and Retry dans un univers rempli de néons flashies et de métal rutilant ne vous effraie pas, Ghostrunner sera le parfait défouloir pour soigner votre habileté au katana. Il possède quelques défauts de game design et de légers soucis de collision, mais pourra décourager les curieux par son système absurde de sauvegarde par niveau qu’on espère voir réglés dans un futur patch. Si vous êtes toujours d’attaque, préparez-vous à faire frémir votre lame dans des combats difficiles mais grisants et à courir contre tous les murs possibles et imaginables. Ghostrunner est un chouette héritier survitaminé de Mirror’s Edge, la caution ninja en plus.

Ghostrunner

Développeur : One More Level, 3D Realms, Slipgate Ironworks
Editeur : All in! Games
Sortie le : 27 octobre 2020
Prix : 30 euros
Plate-formes : PC / PS4 / XBOX ONE / SWITCH

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