Girls (bilan de la saison 2) : dans l’ombre des âmes

Girls (bilan de la saison 2) : dans l’ombre des âmes

Note de l'auteur

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Confortant un ton singulier et une étonnante capacité à susciter des réactions contradictoires, la suite des aventures d’Hannah, Marnie, Jessa et Soshanna aura souvent permis aux téléspectateurs d’aller plus loin dans l’émotion. Pas toujours de façon continue, ni sans que l’on sache précisément où on va, mais avec une maîtrise carrément bluffante par à-coups.

Aller plus loin. Plus loin dans l’intimité, quand les corps parviennent à s’extraire de la pression du monde (l’épisode 2.05, One Man’s Trash) ou quand, au contraire, un homme et une femme n’arrivent pas à partager quoi que ce soit (On All Fours, l’épisode 2.09, et la scène de sexe entre Adam et Natalia). Plus loin dans le besoin de tester tout et n’importe quoi, et surtout ce que les gens peuvent supporter avec vous (l’épisode 2.03, Bad Friend, pendant lequel Hannah et Elijah se défoncent une partie de l’histoire). Plus loin dans les moments de doute, de douleur et de repli sur soi (la trajectoire de Hannah pendant les trois derniers épisodes).

Si vous attendez d’une saison 2 qu’elle conserve tout ce qui fait la singularité d’une série tout en passant un nouveau cap dans sa narration, il y a de fortes chances que celle de Girls vous ait plu. En 2013, Hannah et ses amies auront confirmé qu’elles pouvaient toujours aussi bien agacer qu’émouvoir. Et qu’il ne suffisait parfois que d’une poignée de scènes pour passer d’une impression à l’autre… La série produite par Judd Apatow  suscite des choses que l’on ne trouve pas ailleurs. Et c’est ce qui fait toute sa saveur.

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Toujours en proie au doute et à l’angoisse de l’échec et du rejet, celles qui sont plus sûrement les cousines de Nate Fischer que les nièces de Carrie Bradshaw ont souvent gagné en densité au fil des épisodes. Le parcours de chacune, jonché une nouvelle fois d’embuches, ne leur permettra pas franchement d’avancer de manière significative. Mais l’écriture de Dunham permet de mieux comprendre pourquoi elles zigzaguent aussi souvent dans leur tête.

En continuant d’esquisser trait après trait la silhouette de ses quatre new-yorkaises, la scénariste continue surtout d’explorer la complexité de ses personnages. Comme si elle nous emmenait dans l’ombre de leurs âmes.  Et c’est ce qui renforce l’ambivalence des sentiments qu’ils suscitent. Pour Hannah, l’évidence crève l’écran dans One Man’s Trash (meilleur épisode de la saison, et d’assez loin) et dans le tryptique It’s Back/On All Fours/Together.

Dans ces trois épisodes, on la voit s’enfoncer lentement, douloureusement jusqu’au final qui confirme une impression que l’on avait déjà l’année dernière. Derrière la posture, derrière l’égocentrisme, il y a un personnage dont la fragilité peut se révéler émouvante et mû par une envie de croire que les choses peuvent durer… Le fait que cela soit mis en lumière par un protagoniste aussi désaxé qu’elle (Adam) démontre aussi la cohérence du propos sur les deux premières saisons.

Pour Jessa, le constat est le même. Avec sa rupture avec Thomas et pendant la visite chez son père (Video Games, épisode 2.07), on appréhende mieux la richesse du personnage : Dunham a pris le parti de n’utiliser son personnage qu’avec parcimonie et quand elle est à l’écran, elle est souvent bien servie. En même temps, c’est logique : Jessa ne reste jamais en place, car elle a trop peur de se retrouver confronter à elle-même. Comme son père, qui évite d’être vraiment seul avec elle.

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Pour Marnie et Soshanna enfin, le phénomène paraissait moins marqué. Ou en tout cas plus diffus tout au long de la saison.

La première, capable d’agir comme la pire des enfants gâtées (elle mérite peut-être la palme de la nana la plus horripilante de la saison), paraît aussi, par moments, être la plus à-même de faire preuve de maturité. A force de se prendre des gifles (professionnellement et sentimentalement), elle en vient à se demander ce qu’elle voudrait vraiment faire de sa vie. Mais comme tout ça est complètement annihilé par sa volonté de récupérer Charlie, l’expérience tourne court.

La seconde, confrontée à sa première relation de longue durée, compose comme elle peut avec tous les doutes que cela génère. Au moment de faire le bilan de ces dix épisodes, on a l’impression que c’est elle qui a le moins bougé par rapport à la saison 1. Ou qu’elle a avancé de façon plus convenue. Dans une série comme Girls, ça se paie plutôt cash et c’est un peu regrettable.

A contrario, côté garçons, si Charlie est toujours à la remorque, Adam continue d’être étonnant. Evoluant sur un fil coincé entre les piliers « connerie crasse et autodestructrice » et « humanité réelle », le protagoniste le plus jusqu’au-boutiste de la bande n’a rien perdu de sa singularité.

Ray, lui, poursuit aussi son petit chemin: il se débat comme il peut avec le peu d’estime qu’il a de lui-même et sa relation avec Soshanna lui réserve, comme en saison 1, quelques jolies scènes. On savait que le mec qui bosse au Grumpy (un nom d’endroit qui lui va si bien…) était capable de déployer des trésors de générosité. Cette année, il doit aussi composer avec une vérité : pour être heureux en couple, il faut être bien dans ses pompes. En la matière, il lui reste beaucoup à faire… et on se demande bien comment il va se débrouiller avec cette question.

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Ce qui est troublant avec cette saison 2 (et assez réjouissant d’ailleurs), c’est que l’on ne sait effectivement jamais vraiment où Lena Dunham va nous emmener… et on a parfois l’impression qu’elle non plus. C’était souvent le cas cette année : les personnages et les storylines vont et viennent, sans que certaines histoires n’aient de réelle conclusion. Mais cela traduit bien le jeu de l’amour et du bazar dans lequel tous sont si souvent empêtrés. On est ici dans un registre où tout avance par petites touches émotionnelles. Beaucoup plus que par le biais d’un récit d’une fluidité renversante. C’est un parti pris : cela ne dessert jamais vraiment les protagonistes principaux, donc ce n’est pas (trop) dérangeant.

Si la série parvient à générer des moments aussi réussis que la rencontre Joshua/Hannah (dans un épisode qui fait se demander ce que fichent les directeurs de casting pour laisser Patrick Wilson si souvent loin de nos écrans), si elle n’oublie personne en route et si la narration tend vers un niveau d’exigence toujours élevé (voire… plus abouti), on n’a cependant pas fini d’être surpris. Et en bien.

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