En attendant… la saison 2 de Girls

En attendant… la saison 2 de Girls

Lena Dunham, héroïne, scénariste, réalisatrice, productrice de « Girls ». Photo HBO

Nouveauté phénomène de l’année 2012, la série produite, écrite, réalisée et jouée par Lena Dunham revient dimanche sur HBO. L’effet de surprise passé, Girls va devoir composer avec le statut de fiction très attendue. A priori, les homoplates tatouées de sa showrunner ont de quoi supporter le poids du changement.

Comédie à voir absolument pour les uns, série horripilante au possible pour les autres : si Girls a autant fait parler l’an dernier, c’est parce que c’est une production définitivement clivante. Grinçante, crue, souvent cruelle mais aussi surprenante, la création de  la jeune (26 ans) Lena Dunham aura singulièrement secoué la saison 2011/2012. Pourquoi ? Parce qu’elle a un ton très différent de ce que les écrans américains ont l’habitude de proposer chaque semaine.

Girls, c’est l’histoire de Hanah Horvath, une jeune femme un peu boulotte qui aspire à devenir auteur mais passe le plus clair de son temps entre ses amies (Marnie, sa coloc ; Jessa, l’aventurière capable de partir dans tous les sens ; Shoshanna, la cousine naïve et un peu barrée de Jessa) et son plan cul ++ (Adam). C’est aussi une fille qui a une grosse tendance à se regarder le nombril. Un peu comme toutes les personnes autour d’elles, qui semblent uniquement préoccupées par leur petite existence. Sauf que c’est (un peu) plus subtil que ça.

Adam Driver, LA surprise de la série. Photo HBO

Qu’elle plaise ou qu’elle agace, Girls s’énonce comme une série désenchantée. Dans ses rapports aux corps, dans ses rapports aux gens, dans ses rapports aux rêves. Dans le monde de Dunham, quand on rit, on ne rit pas avec les gens : on se moque d’eux. Et c’est ce qui fait toute la particularité des rapports tissés entre le téléspectateur et les différents protagonistes. Mais cela ne veut pas dire que la série ne serait que désabusée. Bien au contraire. Tout l’intérêt ici, c’est de distinguer l’énoncé de l’énonciation. Ce qui est dit et la façon dont c’est dit. Pour repérer la richesse du sous-texte.

Collant parfaitement à un univers branchouille où les gens doivent faire preuve de distance et de cynisme pour se fondre dans une masse stagnante, Girls pose avec une certaine férocité des mots et des images sur une constante. Ces filles ont peur : peur d’essayer. Peur de se planter. Peur d’assumer ce qu’elles veulent vraiment et que cela puisse leur échapper.

Contre toute attente, le personnage qui met le doigt là-dessus, c’est… un homme. Adam, le petit ami d’Hannah. Gros con taille XXL au début de l’histoire, il va progressivement acquérir une densité assez bluffante sans jamais se départir de ce qui fait toujours de lui… un gros con. Clairement, c’est un des personnages les plus intéressants de la série.

Avec Adam, on se rend surtout compte que Girls ne dit pas qu’il ne sert à rien de croire en un idéal : elle dit juste que prendre un risque, faire un choix et accepter ce que l’on est, c’est accepter le fait que cela puisse ne pas payer. Faire face au monde, à la loose et à l’après. Avec tout ce que cela a d’effrayant et d’incertain. Pendant toute la saison 1, si les personnages de la série sont successivement insupportables ou troublants, c’est parce qu’ils gravitent autour de cette vérité sans vouloir se l’approprier.

L’enjeu de la saison 2 pourrait donc être là : poursuivre cette avancée dans l’âge adulte sans jamais se départir d’un ton différent, destabilisant et propre à surprendre régulièrement. Comme Dunham développe cette voix depuis 2010 et son premier film Tiny Furniture, on se dit que la suite devrait valoir le détour. Quitte à ce que cela désarçonne… ou agace encore plus. Traduction : il y a de fortes chances que ceux qui aimaient apprécient encore plus et que ceux qui détestaient tournent les talons définitivement (si ce n’est déjà fait).

Cette année, alors que Hannah a refusé d’emménager avec Adam à la fin du premier finale, Shiri Appleby (Roswell), Donald Glover (Community), Patrick et Rita Wilson (comme Serge et les frères Karamazov : aucun rapport ; l’un a joué dans A Gifted Man et l’autre dans Nuits Blanches à Seattle) seront invités à rejoindre les héroïnes dans leurs aventures new-yorkaises.

Jemima Kirke, qui joue Jessa. Photo HBO

Loin, très loin de l’étiquettage préalable de « série générationnelle », « anti Sex and the City » ou « anti Freaks & Geeks« , Girls va poursuivre son chemin pour au moins 10 épisodes de plus… et l’expérience mérite d’être prise pour ce qu’elle est. Le développement d’une histoire qui en est encore à ses débuts, et dont on se demande où elle va vraiment nous emmener. La première à l’admettre, c’est d’ailleurs Lena Dunham elle-même: alors autant regarder la série en oubliant tout ce qui l’entoure. Pour la laisser grandir.

GIRLS, Saison 2 (HBO)
Créée et showrunnée par Lena Dunham
Avec Lena Dunham (Hannah Horvath), Allison Williams (Marnie Michaels), Jemima Kirke (Jessa Jonhansson), Zosia Mamet (Shoshanna Shapiro) et Adam Driver (Adam Sackler)
Lancement dimanche 13 janvier. 

A lire également : Le bilan de la saison 1 de Girls.

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