Girls : bilan de la saison 3

Girls : bilan de la saison 3

Note de l'auteur
La bande des quatre dans Beach House, l'épisode 7.

La bande des quatre dans Beach House, l’épisode 7.

Le temps qui passe : telle est la thématique explorée par la troisième saison du show de Lena Dunham. Le temps qui passe et son effet sur les projets. Sur les gens, sur les relations que l’on entretient avec eux. Un sujet fort, abordé avec beaucoup d’à-propos et qui permet à la série de garder le cap.

C’est difficile de dresser le bilan d’une saison de Girls. Difficile parce que ce n’est jamais évident d’appréhender une série qui a un sens du récit singulier.

Tout est feuilletonnant et en même temps, ce qui marque parfois le plus, ce sont les intrigues bouclées: souvenez-vous, en saison 2, de One Man’s Trash ou de Video Games).

La série laisse une jolie place à la comédie et en même temps, quand elle évoque des sujets graves, elle tape dans le mille avec une acuité rare.

Girls_Saison_3_GC’est ce qui fait tout l’intérêt de la série… et c’est aussi tout ce qui rend difficile une mise en perspective de ses épisodes.

Qu’à cela ne tienne, allons à l’essentiel : ce qui fait de Girls une série à part supporte très bien le poids du temps. Il n’y a pas d’effet d’usure. C’est même plutôt le contraire.

Les passagères du temps qui passe

Si certains ont pu être désarçonnés par la seconde partie de la saison 2 (l’histoire autour des Toc de Hannah a été très diversement appréciée par le public), cette troisième année paraît plus solide, plus fluide… et beaucoup moins bordélique qu’elle n’en a l’air.

Jouant adroitement sur les retrouvailles avec un univers désormais bien balisé, Girls saison 3 exploite avec habileté l’univers apaisé dans lequel se déclinent ses trois premiers épisodes. Le début de saison partirait presque un peu trop tranquillement, mais c’est plus subtil que ça, à mon sens. Le but, ici, c’est de poser les bases d’un propos qui traverse l’ensemble des épisodes.

Jessa, Hannah et Soshanna.

Jessa, Hannah et Soshanna.

Cette année, Hannah, Marnie, Jessa, Soshanna, Adam et Ray avancent encore un peu plus sur les chemins de l’âge adulte. Cela ne veut pas dire que ces personnages vont laisser leurs paradoxes, leurs doutes ou leur immaturité récurrente en chemin. Ces caractéristiques qui les façonnent (et qui fascinent) sont juste exploitées de façon différente.

Grandir, mûrir, c’est souvent troquer une batterie de questions contre une autre. Et c’est très précisément ce que font les héroïnes de la série. Hannah, Adam et Marnie en tête.

Un trio tout devant

Après s’être longuement interrogé sur la place qu’un homme comme Adam pouvait avoir dans sa vie, le personnage principal se retrouve  face à d’autres questions : quand vous avez trouvé un équilibre avec quelqu’un, comment préserver cet équilibre ? Et surtout, comment avancer en tant que « moi » sans mettre en péril votre « nous » ?

Hannah et Adam, en début de saison.

Hannah et Adam, en début de saison.

La question vaut autant pour Hannah que pour son mec. Avec l’arrivée de Caroline, la soeur d’Adam, on découvre dans quel univers instable et usant le garçon a grandi. Et on comprend mieux ce qu’une progression professionnelle – une progression personnelle – peut représenter pour lui.

Jusqu’ici, dans Girls, Adam s’exprimait essentiellement dans sa relation avec les autres. Parfois de façon abrupte, violente ou désordonnée. Parfois de façon touchante. Cette année, il s’affirme en tant qu’individu indépendant, avec un projet à lui. Cette expérience, il a besoin de la vivre. Il a besoin de se situer par rapport aux  autres. Et c’est précisément ce qui provoque une cohorte de questions dans sa relation de couple.

Des questions d’autant plus prégnantes que Hannah se retrouve elle-même dans un entre-deux professionnel. Encore. Ses projets d’écriture se retrouvent en stand by et elle trouve un job pour lequel elle a des prédispositions évidentes… Le souci, c’est que ce job peut l’éloigner de son objectif premier.

C’est là que l’on voit toute la maturité du projet produit par Dunham et Jenni Konner : Girls raconte comment une poignée de personnages veut s’affirmer – comment ils entendent trouver leur place sans renier les idéaux – en prenant en compte l’évolution naturelle des situations.

Marnie.

Marnie.

Et en faisant glisser logiquement ce dilemme sur des préoccupations plus en phase avec la période qu’elle traverse (Hannah n’est plus fraîchement diplômée), les productrices de la série rendent bien la complexité des choses.

Bon gré, mal gré, tout le monde évolue. Cette réalité, la série l’exploite de façon particulièrement fine dans l’épisode 7, Beach House, où les filles se retrouvent toutes ensemble le temps d’un week-end pour célébrer ce qui les lient profondément (une histoire commune) mais aussi ce qui les différencient aujourd’hui (elles ne sont plus les mêmes qu’au début de l’histoire).

L’autre personnage féminin toujours sur le devant de la scène cette année, c’est Marnie. Aussi insupportable dans ses réactions de control freak que touchante dans sa volonté de ne jamais lâcher ses aspirations artistiques. Malgré les vexations, malgré les doutes, la trajectoire de la grande brune est un peu symétrique à celle de Hannah : elle avance de façon plus probante sur un plan professionnel que personnel.

Ray n’est pas oublié
Ray, fidèle à lui-même.

Ray, fidèle à lui-même.

Les affres de sa vie amoureuse ont le mérite de mettre Ray plus souvent sous le feu des projecteurs… et c’est tant mieux. Comme Marnie, il avance de façon chaotique depuis sa rupture avec Soshanna mais s’en sort bien dans son travail : rien de vraiment étonnant à ce qu’on les retrouve ensemble.

La série décrit avec justesse la situation inconfortable de Ray. L’entre-deux sentimental. Quand on s’extrait de ce qui n’est plus sans pouvoir encore aller de l’avant. C’est ce que raconte la dispute que Marnie et lui ont lors d’un déjeuner, dans Free Snacks (épisode 6). Ray se révèle alors plus touchant que pathétique. On comprend pourquoi Lena Dunham aime autant ce personnage.

Parallèlement, cette année encore, Jessa n’apparaît que de façon sporadique. Et  Soshanna connaît un peu le même sort. Il faut se rendre à l’évidence, au sujet de la blonde bohème et néanmoins addicte de Girls: Dunham et Konner préfèrent jouer la carte de la qualité plutôt que celle de la quantité. Ca marche assez bien. Ca marche d’autant mieux qu’elle a de quoi devenir un vrai personnage tragique (sérieusement : comment tout ça va-t-il finir ?). Du coup, on ne sait jamais vraiment où elle va nous emmener.

Soshanna Shapiro.

Soshanna Shapiro.

Pour Soshanna, c’est un peu plus surprenant. Et regrettable. Mais il faut aussi voir les choses en face : à chaque fois que la Shapiro est à l’écran, il se passe un truc. On rit (souvent), on est étonné ou touché (régulièrement). Dans cette logique, il est normal que l’on en veuille plus. Mais c’est vrai que l’efficacité a du bon.

Mots pour Flo

On terminera ce bilan avec un mot sur le petit bijou de cette saison. Flo, l’épisode 9. Une histoire de famille, de soeurs et de fin de vie. Une intrigue maîtrisée d’un bout à l’autre. Un épisode qui parle du temps qui passe, encore et toujours. Et qui donne une jolie définition de ce que peut être le mariage, dans ce qu’il a d’effrayant et de troublant :

« Someday, you will look at him, hating him with every fiber of your being, wishing that he would die the most violent death possible. It will pass »
(« Un jour, tu le regarderas, et tu le détesteras de tout ton être. Tu souhaiteras qu’il décède de la mort la plus violente qui soit. Ca passera »).

 Avec simplicité, avec humour mais beaucoup de justesse, Girls élève parfois son niveau de façon épatante. La série touche alors le téléspectateur de façon peu commune. Un peu comme Six Feet Under l’a fait une décennie plus tôt.

Rien que pour ça, ça vaut le coup de voir le temps passer.

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