On a lu… Gigantomachia de Kentarô Miura

On a lu… Gigantomachia de Kentarô Miura

Note de l'auteur

Cela faisait à peu près 20 ans qu’on attendait un nouveau titre de Kentarô Miura, c’est enfin chose faite, il est là. L’auteur du cultissime Berserk revient en ce mois de juillet avec un one-shot intitulé Gigantomachia et il n’a rien perdu de son trait si particulier. Beau, inventif et pour le moins original, ce nouveau titre du catalogue Glénat, même s’il nous laisse un peu sur notre faim, n’en demeure pas moins très intéressant. Venez prendre part au combat des géants !

 

Tout d’abord, un petit cours d’étymologie s’impose afin de savoir de quoi on parle. «Gigas» c’est pour géants et «makhe», pour bataille, donc la Gigantomachie, c’est un épisode de la mythologie grecque qui relate la bataille des géants contre les dieux de l’Olympe. Je clôture la parenthèse culturelle. Kentarô Miura, dont on connaît l’amour pour les récits épiques, sanglants et assez musclés, s’empare donc de ce récit mythologique et l’utilise comme base pour son histoire. Mais plutôt que d’en faire une sorte de péplum antique, il transpose son histoire, 100 ans dans le futur et se lance dans un road-trip SF et post-apocalyptique. On suit les aventures pleines de mysticisme, de Delos, un ex-lutteur, accompagné (ou plutôt surmonté, puisque il la porte sur ses épaules) de Promé, une mystérieuse jeune fille. Après une longue traversée du désert, ils se retrouvent tous deux, face à une armée d’hommes-scarabées qui les fait prisonnier. Peu à peu, Delos et Promé se dévoilent et on en apprend plus sur cette tribu persécutée. Le récit s’emballe jusqu’à atteindre son climax dans l’affrontement complètement taré de deux géants.

 

Avec Gigantomachia, Kentarô Miura propose une quête aussi immersive, qu’énigmatique et s’impose à nouveau comme un pilier du manga. Loin des codes, loin des titres mainstream parfois décérébrés et qui sont trop souvent des photocopies les uns des autres, le mangaka continue de creuser son sillon, en marge du millier d’œuvres qui débarquent chaque année. On sent chez lui un vrai souci du détail et une envie d’interroger le lecteur, de leur rendre actif dans sa lecture. Trop de titres nous laissent spectateur mais Miura ne prémâche pas les choses pour le lecteur. Ses personnages sont souvent surprenants, insaisissables et finissent par fasciner. Ici, bien évidement, c’est le binôme Delos/Promé qui interpelle. Leur relation, de même que leur position vis-à-vis  l’autre, reste assez obscure et ce, jusqu’à la fin.

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C’est d’ailleurs certainement ce qui est le plus regrettable avec ce one-shot. Le lecteur n’est finalement que de passage dans cet univers et ne suit le duo que sur une (trop) courte durée. Il ressort quelque peu frustré de sa lecture. L’univers semble tellement riche et quand on connaît les qualités de l’auteur, on ne peut s’empêcher de regretter que ce titre ne soit qu’en un tome. Le récit se termine sur quelques questions laissées en suspens et le sentiment qu’il y a bien plus à voir encore, persiste. Certes, l’aspect un peu fugace, voir évanescent de Gigantomachia lui confère une bonne part de son aura mystérieuse mais on aurait aimé rester un plus longtemps dans cette relecture SF et foisonnante de la cosmogonie grecque.

 

La force majeure de ce trip presque introspectif, c’est son univers à la richesse graphique hallucinante. On le sait depuis bien longtemps, Kentarô Miura est un véritable cador en dessin et ici, il met tout le monde d’accord. Extrêmement travaillée et fouillée, chaque planche, chaque page montre à voir un travail absolument colossal. Ici encore, l’auteur se démarque de ses confrères en n’utilisant aucune trame pour griser ou ombrer ses planches. Absolument tout est dessiné à la main avec une minutie incroyable, pour un rendu d’une force et d’une beauté étourdissante. La multitude de traits qui composent chacun de ses dessins, offre une puissance et donne vie au récit. On prend le temps de contempler chaque page comme autant d’œuvres artistiques, parfois chargées mais toujours vibrantes. Ce retour de Kentarô Miura fait un bien fou et Gigantomachia remet sur le devant de la scène un auteur indispensable et trop rare. Maturité, créativité et maîtrise graphique, ce one-shot a toute sa place dans votre collection. Voilà, c’est dit !

 

Gigantomachia de Kentarô Miura, aux éditions Glénat

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