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Grand Central, mais petit film (Critique de Grand Central, de Rebecca Zlotowski)

Grand Central, mais petit film (Critique de Grand Central, de Rebecca Zlotowski)

Note de l'auteur

Avec un sujet passionnant en ligne de mire, la réalisatrice française qui monte en flèche rate sa cible. Univers original, traitement trivial.

Petit délinquant en phase de réinsertion, Gary (Tahar Rahim, meilleur à chaque film) est embauché au sein d’une équipe de maintenance dans une centrale nucléaire. Vite intégré au milieu attachant des ouvriers qui risquent leur vie pour nous fournir notre électricité quotidienne, il fait la connaissance de Karole (Léa Seydoux) dont il tombe amoureux. Mais Karole vit avec Toni (Denis Ménochet) qui travaille lui aussi à la centrale, dans l’équipe de Gilles (Olivier Gourmet).

Pialat Next Generation. De tous les réalisateurs émergents qui courent après la figure tutélaire de Maurice Pialat, en quête de ce subtil équilibre entre naturalisme et composition qui faisait la force de l’auteur d’À nos amours, c’est sans doute Rebecca Zlotowski qui s’égare le plus. Elle ne manque pourtant pas d’application dans l’approche dialectique entre plan construit et jeu improvisé. Mais lorsque ça fonctionne, c’est à l’occasion de scènes dispensables comme celle (particulièrement pialatesque justement) où Karole et Gary rendent visite à une gentille mamie. Inversement, c’est parfois un dialogue précis qui vient s’immiscer dans une mise en scène cherchant la spontanéité. Ces séquences-là ne sont guère plus convaincantes. Le texte y paraît souvent sur-écrit et reste cramponné aux lèvres des acteurs, même les meilleurs (la tirade d’Olivier Gourmet sur le sous-bock, au secours !)

Embarrassant aussi est le sentiment persistant que les personnages agissent davantage pour obéir à l’intrigue que par une nécessité qui correspondrait à leurs désirs ou leurs besoins. Un exemple parmi d’autres : Tcherno (Johan Libereau), sous prétexte qu’il est bourré, provoque Gary quelques secondes après lui avoir donné son couteau pour qu’il remonte la capote de la voiture… Non mais franchement, lorsque cette histoire de capote de voiture qu’on débloque avec un couteau se produit une première fois, on ne peut que penser qu’elle va nous être bien utile dans une demi-heure de film ! Ou comment l’astuce de récit prend le pas sur la vérité du personnage…

Cinéaste prometteuse, Rebecca Zlotowski ne tient pas ses promesses et c’est bien ça le pire. Déjà, dans Belle Epine, son précédent film, elle se contentait d’esquisser un univers là aussi original, celui des courses sauvages de motos, avant de dévier sur le portrait d’une ado à la dérive, certes attachant mais sans rapport avec un contexte pourtant installé avec force décibels. Si dans Grand Central, on a au moins droit à une visite guidée de la centrale nucléaire, si le gouffre qui sépare les ingénieurs privilégiés des soutiers de l’atome est vaguement évoqué, si survient quand même un petit côté Silkwood qui fait du bien, on reste cantonné à une histoire d’amour contrariée. La cinéaste n’est pas passée loin du grand sujet, elle a préféré l’anecdote. Dommage.

En salles depuis le 28 août.

2013. France / Autriche. Réalisé par Rebecca Zlotowski. Avec Tahar Rahim, Léa Seydoux, Olivier Gourmet, Denis Ménochet…

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