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Grégory Fitoussi : « Pour Henri Leclair, je me suis inspiré de mon père. »

Grégory Fitoussi : « Pour Henri Leclair, je me suis inspiré de mon père. »

Le 2 juillet, la chaîne OCS débute la diffusion de la série britannique Mr Selfridge, qui raconte l’histoire romancée d’un Américain venu à Londres ouvrir l’un des tout premiers grands magasins du luxe au début du 20e siècle. Afin de se préparer à l’événement, AnnuSéries et le Daily Mars vous proposent de retrouver les interviews de deux de ses comédiens, réalisées au Festival de Télévision de Monte Carlo : Jeremy Piven (qui joue le rôle principal et produit la série), et Grégory Fitoussi (Engrenages).

Comment avez-vous été contacté pour ce rôle ?

Photo : Isabelle Ratane. Tout droit réservé à AlloCine.

J’ai un agent anglais depuis un moment, donc il m’arrive souvent de faire des auditions pour des projets anglais ou américains. J’ai eu de la chance. La productrice de Mr. Selfridge faisait le casting pour le personnage d’Henri Leclair, au moment où elle regardait la saison 2 d’Engrenages. Je n’ai jamais été choisi aussi rapidement, j’ai envoyé les essais le mercredi, le jeudi on m’appelait pour me dire que c’était moi. En général, ça prend toujours un peu de temps. Elle m’a raconté après coup que pendant le casting, elle avait amené une photo de moi à la directrice de casting en disant que ce serait lui qu’il faudrait pour ce rôle-là. J’ai envoyé les essais le lendemain. C’était le concours de circonstances parfait, il n’y a pas eu d’hésitations pour eux.

Vous êtes-vous inspirés de personnes réelles ou fictionnelles comme dans Au Bonheur des Dames de Zola pour créer ce personnage ?
De mon père. En fait, c’était le travail de mon père. Mon père travaillait dans une boutique et il vendait des vêtements pour les femmes, donc je l’ai vu travailler pendant plusieurs années. Et puis, le fait d’être expatrié là-bas, d’être le seul Français, d’avoir des difficultés avec la langue, j’ai pu aussi m’en servir pour le personnage, mes faiblesses m’ont servi dans ce cas.

La nationalité du personnage était prévue à l’avance ?
Oui, je crois que pendant un temps, ils ont envisagé de prendre un acteur anglais qui jouerait avec l’accent français, mais ça aurait été un peu bizarre. Ils ont donc pris un Français, qui essaye de perdre son accent français, mais n’y arrive pas.

C’était un peu compliqué au début du tournage ?
C’était un peu dur, oui. Je n’avais pas le choix, l’instinct de survie a surgi et j’ai fait ce que je pouvais. Mais ça a été dur. Je n’avais fait que de courts séjours en Angleterre et je ne m’étais jamais rendu compte de tous les accents. Manchester, Liverpool, Londres… Jérémy est Américain… Il a fallu donc adapter l’oreille assez vite et j’ai eu, au début, quelques petits moments de solitude… Qu’est-ce qu’ils racontent, ces gens-là… Moi j’ai appris l’anglais, mais apparemment c’est pas la même langue ! (rires)

Avez-vous eu un coach pour vous aider ?
Ils ont rechigné à me donner un coach, car ils avaient peur que je perde mon accent français alors que je suis très loin de le perdre. En plus, le coach ne pouvait pas être tous les jours sur le plateau, donc il a fallu que je travaille avant le tournage des épisodes, avec lui. La production nous faisait tourner les épisodes, 2 par 2 ou parfois 4 par 4. Avant de commencer ces sessions de travail, je faisais des sessions de deux, trois heures avec un coach, juste pour rectifier les grosses erreurs que je pouvais faire, mais c’est tout. Sur un film, j’imagine qu’on peut avoir un coach tous les jours, si c’est important, mais pas là.

Combien de temps a duré le tournage ?
Le tournage a duré 6 mois. Mais cette saison sera plus courte pour moi, car je dois rentrer un peu plus tôt pour tourner la suite des Hommes de l’Ombre en octobre.

Justement vous avez joué dans Engrenages et Les Hommes de l’Ombre, des séries qui changent d’auteurs entre chaque saison. Ast-ce qu’avec votre expérience sur Mr. Selfridge, vous avez vu une différence ?
Dans mon travail à moi, ça ne change absolument rien. Les scénaristes font attention à garder une certaine cohérence et connaissent bien les personnages donc ils s’adaptent à ceux-ci. Maintenant ce qui peut être intéressant, c’est qu’ils emmènent les personnages là où les auteurs du début n’auraient peut-être pas osé les emmener.
Les séries, c’est quelque chose de très particulier. Engrenages a commencé en 2005, ça fait presque 10 ans. Heureusement que les auteurs ne travaillent pas que sur ça pendant 10 ans, c’est bien que ça change et qu’il y ait du renouvellement.

Et quelles nouveautés va-t-on voir dans Mr. Selfridge ?

© ITV Studios

Il y a une ellipse, il s’est passé 5 ans entre la première et la deuxième saison. La première se passe en 1909 et la deuxième, en 1914. Juste au début de la Grande Guerre. Il s’est passé 5 ans et je reviens. Ce laps de temps permet aux scénaristes de pouvoir changer les personnages radicalement. Ce changement devient crédible, alors que s’il s’était écoulé une semaine, on aurait eu du mal à comprendre qu’ils reviennent avec un tout autre état d’esprit. Pour mon personnage, c’est particulièrement intéressant, car on a pu le faire changer et laisser planer le doute sur ce qui lui est arrivé.

Vous aviez un doute sur votre retour dans la saison 2 ? (ATTENTION ALERTE SPOILERS)
Pour être honnête, non. Très vite, ils m’ont parlé d’une suite. D’ailleurs, c’est drôle, ils ont même voulu me rassurer quand j’ai reçu les épisodes où on évoque mon départ : « Ne t’inquiète pas, on ne veut pas du tout que tu partes ». Ils sont adorables avec moi, ils m’ont très, très bien accueilli.

Quelles sont les principales différences dans les manières de travailler en France et là-bas ?
C’est une question qui revient souvent, mais il n’y a pas vraiment de différence. Ce qui change, c’est la manière dont le réalisateur travaille, certains font beaucoup de prises, d’autres, non. La seule différence qui me vient à l’esprit, c’est que là-bas, on fait des journées de 11 heures donc deux heures de plus qu’en France. C’est la seule notable, le reste c’est des détails de cantine. Par exemple, il n’y a pas de vin à table, ça les fait halluciner d’ailleurs qu’on ait du vin, nous en France. Ils rêveraient d’avoir du vin à table.

Oui mais en France, on prend plus de temps pour revenir. Là, vous saviez qu’il y avait une saison 2 tout de suite. En France, on attend les audiences, on tâte le terrain…
Ils ont la même chose là-bas, mais ils prennent un peu plus les devants. Ils attendaient de voir si ça allait marcher ou pas, ils avaient un peu peur d’être comparés à Downton Abbey, ils étaient aussi obligés d’attendre de voir si ça marchait. Ça a tout de suite eu un beau succès là-bas, donc ils ont lancé la production. Ils savaient déjà ce qu’ils voulaient faire.

Tout droit réservé à Canal + (France)

C’est ça, en France, on a un peu l’impression qu’on prend son temps, qu’on attend…
Oui mais en même temps, je ne vais pas me plaindre. Pour moi, en tant qu’acteur, pour rester dans une série longtemps, il faut que les scénarios soient étonnants au moins à chaque saison, sinon il n’y a pas trop d’intérêt. Pour faire des bonnes histoires, ça prend du temps souvent. C’est pas plus mal qu’ils prennent du temps, d’écrire, de réécrire, qu’ils prennent du temps, qu’il y ait plusieurs personnes qui interviennent dans le processus… Pour être honnête, je ne sais pas comment ils travaillent sur Engrenages. je vis ma vie et j’arrive où je reçois les scénarios, et je trouve ça plutôt bien.

Est-ce que ce rôle dans Mr. Selfridge vous a ouvert des portes sur d’autres rôles à l’étranger ?
En tout cas, maintenant, il y a des gens en Angleterre qui m’ont vu, j’ai commencé à rencontrer des gens. Dès qu’il y a un rôle de Français quelque part, on commence à penser à moi. Mais moi, ça ne me dérange pas de faire « le Français de service ». C’est un peu péjoratif, alors que ça ne l’est pas. Les premiers contacts que j’ai eus pour des films, le sont pour des films passionnants. Ça ne me dérange donc absolument pas de jouer un Français, d’autant plus que je suis incapable aujourd’hui de faire autre chose : j’ai un accent qui est fort, j’ai un anglais un peu aléatoire, je m’améliore, mais ça prend du temps. Après on verra.

Vous avez fait de nombreux films et séries dans votre filmographie. Quelle image vous avez en France dans la rue ?
Bizarrement, les journalistes commencent toujours par me parler de Sous le Soleil, alors que les gens dans la rue me parlent d’Engrenages. J’ai fait plein de choses, donc oui parfois, ça peut m’agacer qu’on parle de Sous le Soleil, car il y a d’autres choses dont on pourrait parler. Les gens, eux, retiennent Engrenages, c’est une série qui a marqué et c’est plutôt cool.

Ça fait quoi, en tant qu’acteur, de faire partie justement d’une série qui a incarné une sorte de renouveau de la fiction française ?
On s’en est vite rendu compte en fait. Dès la première saison, pendant le tournage, c’était très nouveau. Pour Canal + , c’était leur premier programme. C’était la première fois. Je me rappelle les avoir entendu dire : « Si, ça, ça ne marche pas, on arrêtera les fictions, on n’en fera plus. » Canal + voulait faire différent, nouveau, voulait faire une série pas comme les autres, on savait qu’on avait un truc chouette entre les mains.

Propos recueillis en table ronde au Festival de télévision de Monte-Carlo en compagnie d’Eric Maillard (Nouvel Obs) et Karin Tshidimba (La Libre Belgique).

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