Gwendy et la boîte à boutons : le Roi est mort ?

Gwendy et la boîte à boutons : le Roi est mort ?

Note de l'auteur

De quand date le dernier vrai bon et grand livre du Roi de l’horreur ? Question inévitable et qui pourrait s’avérer sans fondement, si ce n’était ce sentiment qui taraude le fan. Stephen King aurait-il abdiqué depuis un bon bout de temps ? Depuis Histoire de Lisey, peut-être. Un chef-d’œuvre absolu, certes (et sans doute mon préféré), mais qui date tout de même de 2006.

Le livre : Gwendy rencontre un homme étrange au petit chapeau noir. Celui-ci lui offre une boîte munie de boutons de couleur et de deux petits leviers. L’un lui fournit un petit animal en chocolat apte à diminuer son appétit (ça tombe bien, elle essaie de perdre du poids) ; l’autre un dollar en argent de 1891. Et ce, régulièrement. Mais il y a un prix à payer pour ce cadeau.

Mon avis : On observe Gwendy grandir avec sa boîte à boutons. Les choix qu’elle pose, son corps qui change, toute sa vie qui s’améliore grâce (directement ou indirectement) à la boîte. Elle s’éloigne néanmoins de son amie de toujours, Olive. Celle-ci est désormais un peu jalouse de Gwendy, devenue « canon ». Bon, le sort d’Olive ne sera pas aussi radieux que celui de Gwendy. Mais nous n’en dirons pas plus.

La boîte restera longtemps une source de sourde angoisse pour la jeune fille. Et si quelqu’un la trouve et la lui vole ? Ou, pire, appuie sur un bouton ? Cela pourrait entraîner la disparition de tout un continent – « pourrait », car elle n’en est pas certaine. Toute l’histoire tourne autour de cette incertitude, et des choix que Gwendy fait en dépit – ou à cause – d’elle.

On retrouve tout le charme des récits très humains de Stephen King, sa capacité à vous faire entrer dans la vie d’un personnage, jusque dans sa peau. Mais force est de constater que, si le cœur y est encore, l’estomac n’y est plus. Tout ceci reste bien gentil, lent, laborieux, sans souffle, ni idée maîtresse, ni fulgurance. Le comble pour le King…

Et ce n’est pas le personnage peu recommandable de Frankie Stone, le classique « bad boy » kingien (Henry Bowers, anyone ?), qui parvient à relever la sauce. Même le sort qui lui est réservé, et qui aurait pu ouvrir une porte vers un récit un peu plus pimenté, tombe à plat.

Quant au personnage de l’homme au chapeau noir, il semble un bien pâle reflet de tous ces hommes en noir, mystérieux voire franchement démoniaques, qui peuplent les récits du Maître de Bangor. Rien de neuf sous le soleil, malheureusement… Bref, plutôt qu’un roman abouti, on dirait plutôt un texte de travail, des notes biographiques pour un futur récit plus développé.

Mieux vaut ne pas non plus jeter un œil sur la bibliographie récente de King. Je suis peut-être difficile à contenter, mais rien ne m’a convaincu durant la décennie écoulée. Joyland n’apportait rien de neuf ; 11/22/63 était sympathique mais poussif ; Under the Dome longuet et affublé d’une fin ridicule. Revival, en tant que revisite du mythe de Frankenstein, aurait pu valoir le détour, mais le résultat tourne en rond.

Personnellement, je dois remonter à Histoire de Lisey pour retrouver un roman qui m’ait réellement emballé. Il est même devenu mon roman préféré du King, le plus ambitieux à mes yeux. Ce qui n’est pas peu dire, vu mon amour inconditionnel pour les Shining, Ça et autres Simetierre, pour ne citer qu’eux.

Stephen King

Vu sa longueur (155 pages tout mouillé), l’histoire de Gwendy pourrait être classée du côté des nouvelles (section novellas), un format dont King était l’un des plus dignes représentants. Ses premiers recueils sont des modèles du genre, remplis à ras bord de textes aux voix multiples, aux styles variés, à la mécanique narrative toujours implacable. Avec notamment un sens de l’accélération époustouflant. Et puis, même cette veine-là s’est tarie. Nuit noire, étoiles mortes, Juste avant le crépuscule, Tout est fatal : rien de tout ceci ne restera dans les annales. Rien à voir avec Danse macabre, Différentes Saisons ou Brume, par exemple.

Le Roi est-il mort ? Ou juste endormi ? 

L’extrait : « Gwendy craint sans cesse que la boîte à boutons ne soit découverte ou volée. Cette peur, comme un bruit de fond dans sa tête, ne régit cependant pas sa vie, loin de là. Peut-être est-ce d’ailleurs une des raisons pour lesquelles Mr. Farris la lui a donnée. Il a bien dit : Tu es l’élue.
Elle travaille bien à l’école, décroche un rôle important dans la pièce de fin d’année en quatrième (rôle dont elle n’oublie pas une seule réplique), et continue à courir. Rien ne vaut la course à pied ; quand l’ivresse du coureur la saisit, même le bruit de fond disparaît. Parfois elle en veut à Mr. Farris de lui avoir imposé cette responsabilité, mais la plupart du temps ce n’est pas le cas. Comme il l’a affirmé, le coffret accorde des dons. Une faible récompense, disait-il, mais qui ne paraît pas si insignifiante à Gwendy : sa mémoire s’est améliorée, elle n’a plus envie de dévorer tout le contenu du frigo, elle a 10 sur 10 aux deux yeux, et il y a encore autre chose. Sa mère la dit très jolie, mais sa copine Olive va plus loin.
“Merde, t’es canon”, dit-elle un jour, et sans en avoir l’air ravie. »

Gwendy et la boîte à boutons
Écrit par
Stephen King et Richard Chizmar
Illustré par Keith Minnion
Édité par Le Livre de Poche

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