Halloween : sous le niveau de la mer

Halloween : sous le niveau de la mer

Note de l'auteur

Suite directe du classique de John Carpenter, ce onzième Halloween est un échec absolu, un nanar XXL qui enterre la saga. Définitivement.

 

 

Après avoir souillé la franchise Predator, Hollywood flingue aujourd’hui celle d’Halloween, déjà moribonde. Ce onzième Halloween a été écrit par le cinéaste David Gordon Green et son pote, le comique Danny McBride. On ne peut pas se dire qu’ils se soient foulés. Jugez un peu… Deux journalistes veulent interviewer le psychopathe masqué, Michael Myers, enfermé à triple tour depuis 40 ans dans un asile psychiatrique. Ils ont la bonne idée de lui ramener son masque (où l’ont-ils déniché, mystère ?) pour lui secouer les neurones et réveiller son instinct de tueur. Gros coup de bol, deux minutes plus tard, un accident fort à propos libère Michael, le tout – tu ne me croiras pas – lors de la nuit d’Halloween. Bah ouais ! Pourtant, à Haddonfield, Laurie Strode l’attend de pied ferme. Passablement secouée, elle se prépare à affronter le monstre mythique depuis… 40 ans. Elle a maintenant des cheveux blancs mais cette grand-mère badass manie le flingue comme Sarah Connor, a aménagé sa cave en bunker et pourri la vie de sa fille et de sa petite-fille. Ça va faire mal…

 

David Gordon Green est un cinéaste pour le moins inégal. Né un an avant la sortie du premier Halloween, il a signé des œuvres intimes et poétiques comme L’Autre Rive, Joe avec Nicolas Cage ou Prince of Texas, des films plus commerciaux comme Stronger, avec un Jake Gyllenhaal amputé des deux jambes après l’attentat lors du marathon de Boston et des produits oubliables comme Délire express ou Baby-sitter malgré lui… Fan du classique de John Carpenter, mètre-étalon du slasher, Green décide de tourner cette suite, avec la bénédiction du Maître, qui signe la musique et récolte un poste de producteur associé. Mais handicapé par son script débile, David Gordon Green, malgré son talent de réalisateur, ne peut que démouler un nanar. Les invraisemblances s’enchaînent, les rebondissements sont téléphonés (le spectateur a toujours 15 minutes d’avance sur les différents protagonistes), les personnages à peine esquissés, sont juste de la chair pour croquemitaine. De plus, Green ne parvient jamais à s’affranchir de la tutelle de Carpenter. Il reprend l’actrice principale, Jamie Lee Curtis, la musique, le look du Myers et aussi la grammaire de Carpenter (cette façon de bouger la caméra, de susciter l’effroi avec un travelling). Et pourtant, son film ne décolle jamais. À part à une occasion, lors de la rencontre entre les journaleux et Michael Myers, dans une cour d’hôpital psychiatrique qui ressemble à un échiquier blanc et rouge et qui suscite un beau sentiment d’inquiétante étrangeté. Tout le reste est placé sous le sceau de la médiocrité, du téléfilm cheap. Pour masquer le vide, David Gordon Green ponctue son film de jump scares et de séquences gore crades, comme un crâne explosé à coups de pompe. Rien ne fonctionne et le spectateur s’étouffe parfois devant quelques séquences à l’humour involontaire, je pense notamment à celles avec les  journalistes ou ce psychiatre grotesque, forcément taré, qui roule des yeux comme dans un film muet.

Halloween est un nanar plaqué or, une insulte à l’œuvre de John Carpenter et à l’intelligence du spectateur. Pendant la projection, j’avais l’impression que l’on me passait les yeux au papier de verre. Cela vous tente ? Si vous avez vraiment envie de voir le grand remake d’un classique de la terreur, attendez plutôt le 14 novembre et Suspiria, un chef-d’œuvre, un vrai, signé Luca Guadagnino.

 

 

Halloween 
Réalisé par David Gordon Green avec Jamie Lee Curtis.
En salles le 24 octobre 2018.

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