Will, de l’autre côté du miroir (Bilan de Hannibal saison 3)

Will, de l’autre côté du miroir (Bilan de Hannibal saison 3)

La saison 3 d’Hannibal vient de se terminer samedi soir sur NBC. Cela fait depuis l’épisode 1 que sur le Daily Mars, nous soutenons cette série (voir tous les liens répertoriés au pied de cet article). Pourtant au cours de cette diffusion, NBC décide de décommander la série. Retour sur 13 épisodes d’un esthétisme noir et sang.

CECI EST UN IMMENSE SPOILER.
FAITES DEMI-TOUR SI VOUS N’AVEZ PAS VU LA SAISON 3 D’HANNIBAL
NBC.

NBC.

C’était d’abord mon collègue, Dominique Montay, qui en avait extrait la folie, la mort et le conte, et cela dès la saison 1. Un conte qui s’est poursuivi, avec un Hannibal qui dès le début de la saison 3 nous dit, face caméra, un joli : « Il était une fois… ». Un conte qui laisse une fin ouverte, comme nous l’avait promis son showrunner. En effet, difficile de savoir dès à présent qui reprendra la série, et sous quelle forme. Films, livres, séries à nouveau ? Il reste de toute façon un univers riche sur trois saisons, à analyser et admirer.

Will, vers Hannibal

hannibals3-5Ces trois saisons, avant toutes choses, ont été l’histoire du développement d’une relation. Celle entre un homme, cultivé et cannibale, et celle d’un autre, reclus, autiste, empathe et consultant pour le FBI. Dans une relation relativement tumultueuse, fusionnelle, cette saison propose à Will un véritable passage de l’autre côté du miroir.

Ces treize épisodes sont découpés en deux parties. Comme l’a déclaré Bryan Fuller, sachant que la saison risquait d’être annulée par la NBC, il a dû accélérer son propos pour pouvoir donner sa vision du Dragon Rouge de Thomas Harris. Pour autant, il y a une réelle continuité entre les épisodes, malgré une césure assez brutale, ne serait-ce que dans les choix graphiques.

En effet, toute la partie italienne est celle du passage de Will à travers le terrier du lapin blanc : une esthétique toute en dégradés de gris et de bleus, avec une présence omniprésente d’escargots. Une image fantasmée, un cauchemar, une histoire qui ne se produit qu’au crépuscule. La spirale d’une coquille comme moyen d’hypnose. Image de la lenteur, ce premier arc a perdu beaucoup de spectateurs. Will part à la recherche du passé et tombe sur son guide : Chiyoh. La poussant à tuer un homme qu’elle gardait depuis des années, il la transforme, comme Hannibal l’a transformé, lui, avant que cette dernière ne le pousse du train, le pousse de retour dans le monde réel.

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NBC. Attention, ceci n’est pas un tableau d’Hopper, mais la rencontre entre Bedelia et Will.

Dans la deuxième partie, en jeu de miroir, Hannibal a pris la place de Will dans la prison tenue par Alana Bloom. Petit à petit pourtant, Will « devient » Hannibal. Qu’il s’agisse de chez lui, où une tête de cerf trône sur le mur derrière la table à manger, ou devant Bedelia du Maurier, qui devient sa psychologue, comme elle a été celle d’Hannibal auparavant. Devant elle, et avec Jack, Will devient plus éloquent. Il se coiffe, les cheveux en arrière, se tient droit et n’évite plus les regards. Pour autant, alors qu’il admet sa nature, celle qu’Hannibal a vu en lui et a voulu développer, il ne veut pas devenir un monstre. « Sauve toi et tue-les tous ». Ce conseil, il le suit, en se jetant de la falaise. L’absence totale de l’apparition du Wendigo, remplacé par le Dragon Rouge, montre que nous ne sommes plus dans une folie à deux, non. Will est bel et bien seul dans son esprit, sain.

Ce dernier épisode est d’ailleurs parallèle à la fin de la saison 2. Sauf qu’au lieu de se battre contre Hannibal, Will se bat avec, contre le Dragon. Le visage en sang, il se réfugie alors dans les bras de son ami. Qui accepte l’étreinte. La boucle est bouclée.

Une saison sous le signe de la femme
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NBC. Bedelia et Hannibal.

Parmi ceux qui ont accompagné la série, les femmes ont pris plus d’importance cette saison. Il s’agit d’une volonté manifeste de Bryan Fuller de corriger le tir après un traitement assez dur de ses personnages féminins lors des deux premières saisons (Alana trahie, Abigael morte, Beverly morte), comme expliqué lors de son interview.

En parallèle de Will, nous avons Bedelia du Maurier. Elle choisit d’accompagner Hannibal alors même qu’elle sait qui il est. Et sait qui est l’objet de sa fidélité et ses sentiments : Will. Participant aux crimes de son « mari », crimes qu’elle fait siens, le spectateur a l’impression qu’elle garde la main haute face à Hannibal. Elle est d’ailleurs parmi les rares à survivre à leur rencontre. Pourtant, la deuxième partie de saison montre une femme plus fragilisée, frêle, se tenant droite mais de temps en temps laissant apparaître une fêlure. Insultant Will, elle ne perdra son sang-froid que dans cet épisode 13. La série se termine sur cette dernière, dans une robe de soirée, sa propre jambe servie sur une table avec trois couverts. En état de choc, elle se saisit pourtant d’un couvert qu’elle cache sous la table, prête à se battre.

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NBC. Alana, impeccable.

Alana devient elle aussi la créature d’Hannibal. Elle s’habille de façon bien plus chic et en couleurs vives. Cheveux tirés en arrière, royale et parfois cruelle, elle regarde son ex-amant dans les yeux, connaissant les risques qu’elle encourt sans jamais broncher. Alana s’est relevée du pavé bien plus dure, et froide, elle n’est plus la figure compassionnelle des deux premières saisons. Et Bryan Fuller lui offre de plus une histoire d’amour, avec une autre femme, une maternité et surtout, une histoire au long court. Proie d’Hannibal en devenir, elle s’en va protéger sa femme et son fils.

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NBC. Abigael « Je peux appuyer sur le bouton ? » Hobbs.

Si Abigael est morte, il n’empêche qu’enfin nous avons eu droit à une fenêtre sur le passé, nous donnant à voir ses interactions avec Hannibal. Une figure plus joyeuse de manière assez surprenante. Hannibal perd sa figure de monstre pour celle d’un père jouant avec sa fille. La remplace dans ce début de saison, Chiyoh. Silencieuse, mortelle, chasseresse, elle prône pourtant la paix et veut voir Hannibal en prison tout en lui étant d’une fidélité sans égale. Les deux enfants d’Hannibal.

Et Hannibal ?

Hannibal, lui, fait le chemin inverse de Will. Devenu proie, plus humain, dans l’épisode 5, il donne l’impression, en prison, de s’être rapetissé. Certes, il a gardé son palais mental, et l’art de la petite phrase assassine.

NBC.

NBC. Reflet d’un miroir ?

Mais voilà, il a dû un peu s’ennuyer quand même et son « Était-il bon de me voir ?» semble plus une admission de son propre plaisir de parler à nouveau avec Will. Ses sentiments pour Will sont aussi bien plus visibles. Bedelia du Maurier le dit sans ambages au consultant du FBI, Hannibal ressent de l’amour pour ce dernier. Quand Will prend un coup de couteau dans le visage, la caméra se fixe sur Hannibal qui tressaillit. Lui seul a le droit de faire du mal à son protégé. C’est la seule fois de toute la série qu’on le voit réagir de manière aussi naturelle, sans filtre, et éprouvant un sentiment pour un autre être humain.

Le combat final, de toute beauté, présente un duo mortel, dansant. L’acte de la première fois, un nouveau baptême par le sang, une danse fullerienne érotique. La dernière étreinte met en scène deux hommes enlacés, essoufflés, qui acceptent enfin la nature de leur lien, envahissant, cannibale. Avant une chute du Reichenbach, pour un possible retour. Une fin d’ailleurs à la Kill Bill, mélange d’amour, de non-dit, de sang versé, et de regrets.

Le dragon rouge, Margot, et les autres
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NBC. Mortelle Chiyoh.

Point triste de la saison, l’impression tout de même d’avoir lu une histoire en diagonal. Bryan Fuller a dû, comme expliqué en début d’article, raccourcir sa narration. Résultat, certains aspects ne semblent pas assez profondément développés par rapport aux premières saisons. Le personnage de Reba, trop survolé, l’absence de Margot et Chiyoh dans la deuxième partie de l’histoire, l’apparition anecdotique du FBI, de Jack, de Price et Zeller, qui, résultat, cabotinent lors de leurs apparitions.

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NBC. Francis Dolarhyde regarde Reba.

Ne parlons même pas de Francis Dolarhyde. Rôle magnifiquement interprété par un Richard Armitage capable de passer d’une voix à l’autre, d’une tension d’un homme à celui d’un dragon. On ne connaît pourtant pas son passé, mis en exergue dans les romans de Harris. Fidèle à sa parole, Bryan Fuller a refusé de montrer les violences sexuelles que fait subir Dolarhyde à ses victimes et le sous-entend légèrement. Mais de son enfance traumatique, il ne reste qu’une allusion à sa grand-mère et des clins d’œil par le mobilier. La direction d’acteur, les personnages de Reba (Rutina Wesley) et Francis sont pourtant très alléchants.

Malgré tout, Hannibal réussit l’exercice de l’adaptation d’une main de maître. S’il respecte en partie son sujet, il parvient à s’en éloigner tout en gardant sa propre ligne de récit pour en donner une vision propre. C’est une série qui permet plusieurs niveaux de lecture, aussi bien formel, scénaristique et sonore. Histoire d’amour, histoire queer, atmosphère gothique… Nous aurons sans doute l’occasion de revenir parfois sur cette série sur le Daily Mars.
Le moment est à la digestion de trois années en compagnie d’un bien étrange cortège.
Et qui sait, toujours prêts à remettre le couvert….

(Magnifique chanson finale de Siouxsie, une fan du show revenue en studio à l’occasion du dernier épisode d’Hannibal saison 3)

Si jamais votre manque d’Hannibal est beaucoup trop fort, voilà quelques articles écrits par l’équipe du Daily Mars depuis la saison 1 :

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