Hannibal, un retour qui en dit long sur l’avenir de la série (critique du 2.01)

Hannibal, un retour qui en dit long sur l’avenir de la série (critique du 2.01)

Note de l'auteur

Hannibal - Season 2Jeudi dernier, Hannibal, la série de Bryan Fuller sur le cannibale le plus célèbre de ces 25 dernières années, était de retour pour la saison 2. Un retour qui, en plus d’être de grande qualité, en dit beaucoup sur la série et son avenir.

Will Graham est sous les verrous, après avoir été accusé du meurtre d’Abigail Hobbs, fille du tueur en série Gareth Jacob Hobbs. Il est sous la surveillance du docteur Frederick Chilton, incompétent notoire. Il sait qu’Hannibal est coupable, mais ne se souvient de rien, et ne peut rien prouver. Will veut laver son nom, mais pour cela, il doit se rappeler de ce qui s’est passé. La problèmatique d’Hannibal est différente. Il joue un jeu dangereux avec le FBI. Si pour l’instant les plus proches soutiens de Will, Alana Bloom et Jack Crawford, n’imaginent pas Hannibal coupable, sa présence à leurs côtés l’expose incroyablement.

Hannibal est toujours attiré par Will. Il le fascine. On sent qu’en dehors de lui, la vie d’Hannibal est assez vide (la scène où Hannibal se tient face à un fauteuil vide dans son cabinet illustre cet état de fait). Si Hannibal reste collé aux basques de Crawford, c’est pour se rapprocher de Graham, ne pas couper le fil. Dans sa manière perverse de fonctionner, il le voit toujours comme un ami. Son seul ami, peut-être. Quand Will verbalise le fait qu’ils ne sont pas amis, Lecter semble réellement atteint.

On sait comment ça va finir. Les livres existent. Les adaptations aussi. Fuller ne compte absolument pas sur l’amnésie des spectateurs et démarre sa saison par un moment fort : une confrontation physique vertigineuse entre Crawford et Lecter. Une exposition qui place la saison entière (ou du moins une grosse portion) comme un gros flash-back. L’important, ici, n’est pas de savoir si les rôles entre Hannibal et Will vont s’inverser en fin de saison, on le sait. Mais on ne sait pas vraiment comment.

La série est toujours visuellement magnifique. Tim Hunter (un vétéran de la télé) succède à David Slade pour l’ouverture et c’est toujours aussi remarquable. Le plan où Will s’imagine pêcher dans une rivière paisible est de toute beauté. La mise en scène de l’horreur (ici une collection de corps vitrifiés) est encore une fois magnifique. La violence est toujours dérangeante, viscérale, mais aussi exaltée par une photographie et un sens du cadre de grande qualité.

Les dialogues sont toujours savoureux, même si le sous-texte est souvent très appuyé, comme lorsqu’Hannibal se fend d’un « je ne me suis jamais senti coupable de manger quelque chose » ou d’un « et bien vous dînez avec un meurtrier psycopathe ! »… un peu voyant.

hannibal-2x01

Ensuite, il y a toujours cette impression d’être dans du coton, la musique aidant beaucoup à cela. En particulier la scène où Lecter arrive sur une scène de crime, endossant le rôle de « nouveau Will Graham ». Un jeu de percussion extrêmement lent, accompagnement musical de la marche d’un condamné (Hannibal l’est). Une musique toujours aussi impalpable que l’an dernier, avec des mélodies fuyantes, des sons désaccordés, dérangeante. Hannibal, c’est la série où l’on aime se sentir mal-à-l’aise. Comme l’an dernier. Et c’est bien sur ce point que ce premier épisode rassure.

En étant diffusé sur NBC, il existait un risque pour Hannibal, après une première saison aux audiences relativement décevantes. Renouvelée au dernier moment, elle aurait pu l’être sous condition. Se calmer sur la noirceur, être plus formulaïque, clore les enquêtes dans chaque épisode… en gros, se conformer à une norme plus proche de celle d’une série policière de network. Ça n’est pas du tout le cas. Les éléments feuilletonnants de base (relations entre les personnages) sont toujours présent et l’enquête de la semaine… n’est pas résolue dans ce premier épisode.

Hannibal en 2014 est très proche d’Hannibal en 2013. Si la dynamique à l’intérieur de la série a changée, le décor est le même. Fuller n’a pas eu (ou ne s’est pas résolu) à modifier sa série pour devenir plus accessible. Au niveau audience, le premier épisode est 1 million de télespectateurs en dessous du pilote, mais double les scores du season finale. Il faudra regarder aussi les résultats en catch-up, qui faisaient doubler les audiences l’an dernier pour évaluer le potentiel de la nouvelle saison à ce niveau là.

Mais d’un point de vue créatif, c’est fidèle et cohérent. Ce qui est, en soit, la meilleure nouvelle de la soirée.

Y’a plus, je laisse…

Hannibal - Season 2– Voir Fishburne se bastonner avec Mikkelsen près de 10 ans après qu’il fut Morpheus rappelle que le temps n’épargne pas tout le monde.
– Le Hannibal-stag fait vraiment penser à Lucifer. Pas étonnant. Mikkelsen, dans sa compréhension du personnage, imaginait Hannibal plus proche du diable que d’un être humain.
– Raul Esparza a eu beau raser sa barbe, il est toujours le point faible du casting. Jouer un tocard, c’est déjà bien en soit, le jouer exagérement comme droit sorti d’un mauvais soap, c’était dispensable.
– Les scènes de souvenir, c’est un peu comme les scènes de visionnage de vidéos de surveillance. Dès qu’elles intègrent des changement de plans et un montage, ça fait fabriqué. Ici la scène qui montre Will se souvenir d’un sévice subit des mains d’Hannibal aurait dû rester en subjectif Will. Mais c’est mon point de vue. Et il est subjectif, de fait, aussi.
– Il va falloir attendre un peu pour percevoir l’importance du personnage de Cynthia Nixon, parce que pour l’instant, c’est léger.
– Gillian Anderson (oui, c’est tout).

Hannibal, épisode 2×01 « Kaiseki »

Ecrit par Bryan Fuller & Steve Lightfoot

Réalisé par Tim Hunter

Avec : Hugh Dancy (Will Graham), Mads Mikkelsen (Hannibal Lecter), Laurence Fishburne (Jack Crawford), Caroline Dhavernas (Alana Bloom), Hettienne Park (Beverly Katz)

Partager