Hantise parentale (présentation de The Missing / France 3)

Hantise parentale (présentation de The Missing / France 3)

Note de l'auteur

On a souvent reproché aux séries françaises de ne pas prévoir leur seconde saison suffisamment en amont pour éviter un écart d’intersaison trop important (coucou Les Revenants). Pourtant, les téléspectateurs anglais qui avaient vu la première saison de The Missing fin 2014 pourront peut-être voir revenir leur série seulement cette année (production en cours). Comme quoi, ce n’est pas une spécialité bien de chez nous.
Avec la diffusion de The Missing dès jeudi soir, France 3 propose (enfin) ce récit bouleversant qui s’attache à décrire la perte d’un enfant. À partir de cette surcharge émotionnelle, le récit manipule de manière un peu trop évidente les espoirs du téléspectateur, mais la série anglaise n’en reste pas moins d’une exécution brillante.

En 2006, les Hughes, Tony et Emily, un couple anglais accompagné de leur fils Oliver, passent leurs vacances dans le nord de la France. Après une panne de voiture, ils sont contraints de faire une étape à Châlons-du-Bois. Un soir de match de Coupe du Monde, Tony égare son fils dans un bar bondé. Affolé, il quadrille les lieux avant de devoir laisser les autorités prendre le relais.
Huit ans plus tard, Oliver n’a pas été retrouvé. L’enquête est close depuis longtemps, mais Tony est de retour sur les lieux avec un infime indice…

Vous vous demandez peut-être pourquoi il aura fallu attendre si longtemps pour découvrir cette série (qui date de 2014 donc), pourtant accompagnée de fortes audiences lors de sa diffusion sur la BBC. Il se trouve que c’est TF1 qui avait d’abord mis la main sur les droits, et ce alors que le projet n’était encore qu’un scénario. Les décisionnaires de la chaîne étaient en effet bien échaudés par le succès d’une certaine Broadchurch, laquelle s’était révélée très fructueuse pour France 2.
Seulement voilà, une fois la série en main, on est plus trop sûr de son coup chez « la Une » et – comme souvent dans ce genre de situation, la patate chaude atterrit chez le second couteau de la TNT, en l’occurrence TMC. The Missing traîne ensuite près d’un an dans les tiroirs de cette dernière avant que France 3 finisse par récupérer la série.

Comment se fait-il que la série créée par les frères Harry et Jack Williams ait été si longtemps boudée ? Il y a principalement deux raison à cela. D’une part, elle s’appuie beaucoup sur les difficultés de communication entre Anglais et Français, notamment durant le premier épisode, et cela ne facilite pas le sacro-saint doublage.
D’autre part, le récit est organisé sur la base d’une double narration. L’histoire commence en 2006 pour nous expliquer la disparition, mais au lieu de se poursuivre uniquement en 2014, la suite bascule fréquemment entre les deux époques pour se dévoiler. Un jeu subtil de colorimétrie à l’écran permet de faire la distinction, mais il faut reconnaître que The Missing n’est pas balisée de manière linéaire, ou tout du moins pas assez selon les critères de certains, semble-t-il.

de g. à d. : Tchéky Karyo, Frances O'Connor et James Nesbitt

de g. à d. : Tchéky Karyo, Frances O’Connor et James Nesbitt

Pourtant, la distribution est séduisante. Le duo formé par James Nesbitt (Tony) et Frances O’Connor (Emily) est excellent. L’acteur nord-irlandais trouve sûrement ici son rôle le plus intense depuis Jekyll (en 2007 sur la BBC).
À leurs côtés, Tchéky Karyo campe un inspecteur de police à la retraite, offrant un contrepoint calme et salvateur face à la détresse brute du père de famille.

Tournée presque exclusivement en Belgique, la mise en scène est, elle aussi, captivante. Les huit épisodes sont signés par l’anglais Thomas Otto Shankland et au-delà de l’émotion latente du sujet, il n’est pas rare de voir, ici ou là, quelques plans qui évoquent les prédispositions du réalisateur pour le genre de l’horreur, un domaine qu’il a notamment pratiqué pour le compte du septième art.

Néanmoins, à l’instar de Broadchurch, la progression de l’enquête est plus intéressante que son dénouement. Sans rien révéler, The Missing introduit, au cours de la saison, des personnages fascinants dont la trajectoire soulève des enjeux importants. À ce titre, le destin tragique de Vincent Bourg (interprété par l’excellent acteur belge Titus De Voogdt) est, sans conteste, l’un des points culminants de la série.
Parallèlement, le personnage principal (Tony) n’est pas toujours aussi bien doté, de telle sorte que l’on discerne un peu trop clairement, au fil des épisodes, combien son désarroi est entretenu.

Au final, The Missing est tout de même une belle prise pour France 3. On regrettera la version française qui écrase de facto une partie de la compréhension originale, mais la VOST sera disponible en replay (à bon entendeur) et puis, surtout, le rythme de diffusion est raisonnable (2 épisodes par soirée contre les paquets de 4 pratiqués désormais par la grande sœur France 2).
Enfin, la série annonce une programmation alléchante en provenance de la troisième chaîne dont les anglaises Prey et Happy Valley ou encore Bosch.

THE MISSING (BBC/Starz) SAISON 1 en 8 épisodes
Diffusée sur France 3 à partir du jeudi 14 avril (20h55, 2 ép. / soirée).
Créée et écrite par : Harry et Jack Williams.
Réalisée par : Tom Shankland.
Direction de la photographie : Ole Bratt Birkeland.
Avec : James Nesbitt, Frances O’Connor, Tchéky Karyo, Diana Quick, Ken Stott, Jason Flemyng, Arsher Ali, Titus De Voogdt, Saïd Taghmaoui, Jean-François Wolff et Émilie Dequenne.
Musique originale par : Dominik Scherrer.

Visuels : The Missing © New Pictures – Company Pictures & all3media International.

Partager