On a vu… que Happy Valley (BBC 1), c’est une claque !

On a vu… que Happy Valley (BBC 1), c’est une claque !

Catherine Cawood (Sarah Lancashire), héroïne de Happy Valley.

Catherine Cawood (Sarah Lancashire), héroïne de Happy Valley.

Diffusée depuis un peu moins d’un mois sur BBC 1, la minisérie créée par Sally Wainwright (Last Tango in Halifax) est un polar aussi puissant que malin et tendu. Il reste encore deux épisodes à diffuser… Mettez-vous vite à jour.

En parler maintenant ou plus tard ? Prendre le temps du bilan ou réagir à chaud ? Ce week-end, je l’avoue, je me suis posé la question pendant un petit moment. La réponse est finalement tombée alors que je regardais défiler le générique de fin de l’épisode 4… dans un état extatique.

Mine de rien, ça n’arrive pas souvent. Il fallait donc vous en parler sans tarder.

La fiction en cause ? Happy Valley, minisérie de BBC 1 diffusée depuis le 29 avril en Angleterre.

Son histoire ? C’est celle d’un bled britannique paumé. Une petite ville du Yorkshire entourée de montagnes dans laquelle le sergent Catherine Cawood, un agent de police en uniforme, passe ses journées à mener une guerre sans fin contre la drogue. Le soir, elle s’occupe de son petit-fils Ryan, dont la mère (la fille de Catherine) s’est suicidée il y a plusieurs années.

C’est aussi et surtout la ville dans laquelle Kevin Weatherhill, un comptable craintif qui peine à trouver l’argent pour la scolarité de ses enfants, et soumet à Ashley Cowgill, un des malfrats du coin, l’idée d’enlever la fille de Nevison Gallagher, son patron. Un patron qui vient de lui refuser une augmentation, et auprès duquel il compte bien récupérer la somme dont il a besoin, alors que sa femme est atteinte de sclérose en plaques.

Le problème ? Il y en a plusieurs : d’abord, Kevin veut  tout annuler alors qu’Ashley a lancé les opérations. Au point d’aller voir Catherine au poste de police. Ensuite, Ashley s’est mis en cheville avec Tommy Lee Royce, un ex-taulard qui est de retour en ville et qui est aussi le père génétique du petit Ryan. Et on insiste sur le mot « génétique », puisque le garçon a été conçu… après un viol.

Vous l’aurez compris : dans Happy Valley, il n’y a rien de franchement Happy.

Et pourtant, quelle claque !

Ashley Cowgill (Joe Armstrong).

Ashley Cowgill (Joe Armstrong).

À partir d’une prémice complexe et pourvue d’une charge émotionnelle lourde (c’est en écrivant ce texte que je m’aperçois à quel point on peut vite tomber dans le soap lourdingue… or, ce n’est pour l’instant pas le cas à l’écran(1)), Sally Wainwright parvient à tisser un récit très futé, et d’une densité émotionnelle très prenante.

D’abord parce que la série décrit une communauté de gens très ordinaires confrontés à des dilemmes moraux complexes.

Que faire de l’enfant de votre fille lorsqu’il a été conçu dans des conditions dramatiques mais qu’il n’en demeure pas moins un membre de votre famille ? Jusqu’où est-on prêt à aller quand on a véritablement conscience de ce qui est bien et de ce qui est mal mais que l’on a vraiment besoin d’argent ? Explorant à fond la question, la série a d’ailleurs été accusée d’être trop violente, Outre-Manche…

Ces questions, Happy Valley les explore avec beaucoup de finesse… Pour cela, elle esquisse le portrait de personnages aussi touchants que glaçants. On est clairement dans la veine de Fargo des Frères Coen ou de Un plan simple de Sam Raimi.

Ensuite, l’excellente idée de la série, ce n’est pas de suivre deux lignes narratives en parallèle mais de très vite « dézoomer » pour que le téléspectateur possède une vue d’ensemble. Elle ne raconte pas deux histoires mais une multitude de sous-intrigues qui sont comme autant de ramifications entre tous les protagonistes.

Kevin Weatherhill (Steve Pemberton).

Kevin Weatherhill (Steve Pemberton).

Grâce à cela, chaque personnage se retrouve pris dans un écheveau de relations qui donnent à voir la complexité de sa personnalité. Mieux : qu’il s’agisse des membres de la police ou des malfrats, chaque pan de leur histoire ou presque est rattaché à un débat moral. Et jusqu’ici, ça fonctionne de façon bluffante.

Enfin, le coup de génie de Wainwright, c’est de faire progresser l’héroïne principale (et d’autres) au milieu de ce dédale… et de la voir passer à côté de la clef de l’histoire à plusieurs reprises. Non content de dessiner sur le long cours des portraits bien travaillés, la série se paie donc quelques moments de tension carrément étouffants alors que l’intrigue avance. Comme au début de l’épisode 3. Ou à la fin de l’épisode 4.

Quoi qu’il arrive, il y aura encore des choses à dire dans le bilan de Happy Valley… On espère juste – on espère VRAIMENT – que la fin sera à la hauteur de ces deux premiers tiers.

En attendant, ne perdez plus une seconde… et regardez cette série. Et écoutez aussi son thème musical : Happy Valley l’a piqué à l’excellent Jake Bugg.

(1) : Oui, bon. À un détail (et des hallucinations) près. Mais on en reparlera.
Partager