Henry Bromell, scénariste, romancier

Henry Bromell, scénariste, romancier

Henry Bromell

Son nom n’était pas spécialement connu, même pour les avisés, les éclairés. Il n’était pas aussi connu qu’un Sorkin, qu’un Milch ou qu’un David Simon. Pourtant, Henry Bromell faisait partie des grands scénaristes américains. Ils nous a quitté hier, à 65 ans, d’une crise cardiaque.

Avant de travailler pendant 23 ans pour la télévision, Henry Bromell, fils d’un agent de la CIA, était romancier, carrière débutée en 1974 avec le recueil de nouvelles The Slightest Distance. Il n’est pas vraiment besoin de faire une filmo sélective pour parler du travail d’Henry Bromell sur la petite lucarne. A deux ou trois titres près, il ne travailla que sur de bonnes séries, voire des chef d’oeuvres.

Bromell débuta sur Northern Exposure (Bienvenue en Alaska), dramédie loufoque qui conte les aventures d’un médecin juif-newyorkais obligé de partir dans la petite ville de Cicely en Alaska pour exercer son métier, showrunnée par Joshua Brand et John Falsey. Avant cette expérience, Bromell avouera ne rien connaître de la télé, n’ayant même pas de télévision. D’abord story editor, il y fera ses armes de scénariste en signant ses premiers épisodes. Il y travaillera jusqu’à la saison 2, quand Falsey et Brand, qui viennent de lancer une autre brillante série, Les Ailes du Destin, décident de le faire basculer sur cette dernière.

Scénariste, story editor, puis auteur-producteur, Bromell y continue sa progression, toujours dans un cadre de série télé exigeante. La série ne durera que deux saisons, le temps qu’il gagne un Humanitas Award. Il travailla ensuite en tant que co-executive producer sur Coup de foudre à Miami. Puis vint Homicide.

John Munch et un gamin dans Homicide. Un épisode mémorable.

Homicide, qui restera au panthéon des séries comme l’une des plus brillantes qui soient, l’accueille en 1994. Il y officiera en tant que producteur, travaillera dans la salle d’écriture, et écrira quelques épisodes, dont le plus mémorable restera All Through the House. Dans cet épisode, le détective Munch, nihliste cynique, se trouve obligé de tenir compagnie à un enfant de 10 ans, dont le père est suspect d’un meurtre, mais introuvable. Un épisode de Noël brillant, touchant, humain.

Bromell fit un détour, ensuite, par le cinéma. Il écrira et réalisera le film indépendant Panic, avec William H. Macy dans le rôle principal, Neve Campbell (actrice avec qui Bromell avait déjà travaillé auparavant sur un téléfilm) et Donald Sutherland. Macy y joue un tueur à gages avec des états d’âmes. Sous les ordres de son père (Sutherland), il tue à tout va, mais supporte très mal la situation. Pour tenter de trouver un sens à sa vie, il entre en psychanalyse. Là, il rencontre Campbell, et en tombe amoureux.

Bill Macy et Neve Campbell dans Panic

Panic ne révolutionne rien, et surfe sur une mode à l’époque, la psychanalyse inattendue (Analyse This et Les Soprano sont sortis en 1999). Le film n’en est pas moins efficace, se servant à merveille d’un casting à la hauteur (Macy, acteur empathique, est parfait pour le rôle). Bromell reviendra ensuite à la télévision, le temps d’un épisode de Chicago Hope. Ce sera ensuite la dramédie That’s Life, sur une trentenaire qui reprend sa scolarité après avoir laissé tomber son futur mari.

Après deux saisons et un épisode de Carnivale, Bromell passe sur Brotherood. Il n’y travaillera qu’en tant que scénariste, signant 13 épisodes. Viennent ensuite les deux séries qui le feront connaître du public français. Il reprend les rênes de Rubicon, série d’espionnage au ton très spécifique, dont nous avons parlé récemment via notre dossier « séries trop courtes ».

L’équipe créative d’Homeland aux Emmys 2012

Puis c’est au tour d’Homeland, sur laquelle l’auteur officiait toujours au moment de sa mort. Il y fut embauché en majeure partie à cause de sa connaissance de la CIA. Il y remportera, avec les autres co-producteurs, entre autres, l’Emmy de la meilleure série dramatique en 2012.

Bromell était un scénariste brillant, qui avait un talent tout particulier, celui d’écrire des dialogues de grande qualité. Il faisait partie de cette nouvelle vague d’auteurs de télé, qui ont fait basculer la télé dans une nouvelle ère, la « télévision littéraire ». Des précurseurs, apparus pendant les années 80, consacrés par les années 90. Des auteurs qui faisaient, déjà à l’époque, de la grande télévision.

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