Hérédité

Hérédité

Note de l'auteur

L’été 2018 aura vu l’arrivée de deux films d’horreur diamétralement opposés dans leur proposition du cinéma un peu frissonnant. S’il est un peu téméraire de considérer Sans un bruit comme un film d’horreur (on lorgne plus vers du film de survie), Hérédité, de son côté, préfère y aller franco pour représenter l’effroi au cinéma.

Il faut dire qu’Ari Aster, ici réalisateur de son premier long métrage, a déjà fait ses armes dans des courts métrages aux concepts aussi tordus qu’un fils voulant violer son père (oui, oui). Partant de là, on comprend mieux pourquoi Hérédité a cette réputation sulfureuse qui traînait dans les festivals. Le film démarre avec l’enterrement de la grand-mère d’une famille apparemment banale, la famille Graham. La mère, Annie, ne l’a pour ainsi dire jamais porté dans son cœur, lui reprochant d’avoir fait du mal à sa famille. Le père préfère prendre du recul pour sauvegarder le bonheur de ses proches, le fils gère le décès en fumant de l’herbe avec ses potes et la fille, un peu étrange, continue à fabriquer des poupées un peu morbides.

Le ton est donné dès le premier plan du film, qui offre un superbe travelling dans l’une des maisons miniatures confectionnées par la mère pour arriver sur la chambre du fils et enchaîner avec les vrais acteurs. Qu’on se le dise : la maison familiale sera le théâtre de protagonistes évoluant comme des pantins. En tant que spectateurs, nous ne sommes que les témoins de ces névroses, de ces tensions qui habitent chacun des personnages. Sous-jacentes sur toute la première moitié du film, le réalisateur s’amuse à distiller des petits moments de flippes sans jamais complètement épouser les codes du genre, comme si le réalisateur nous mettait sur de fausses pistes pour mieux amener l’aspect fantastique de son histoire. Le twist qui intervient au milieu du métrage explose tout ce qui a été mis en place en transformant ses personnages et nous les balancer en pleine face avec une violence et une noirceur assez inouïe. Toni Collette en mère dépassée par les événements est incroyable et le trop rare Gabriel Byrne contrebalance à merveille toute cette folie ambiante. Mention spéciale à Milly Shapiro et Alex Wolff, respectivement la fille et le fils, qui ne déméritent pas.

Minimaliste, subtile, la mise en scène brille par sa capacité à enfermer le spectateur sans le lâcher tout en lui faisant perdre ses repères sur l’espace et le temps. Ari Aster joue avec les ellipses, avec les cadrages pour nous déboussoler et nous mettre au même niveau que les personnages, brouillant constamment les pistes avec les codes du genre. L’horreur se situe dans l’effroi de la cellule familiale, de ses secrets entre les générations, quand la simple proximité avec ses proches devient la principale source d’angoisse. Et quand arrive le climax final qui pourrait apparaître comme classique, c’est tout le travail du film en amont et le contexte psychologique de ces relations qui transforment les quinze dernières minutes en une terreur indescriptible. Pas de jump scares gratuits, pas d’apparitions démoniaques, juste la sensation que les relations maternelles et les folies héréditaires peuvent devenir un formidable terreau pour un film terrifiant et proche de nous.

Certes, l’horreur latente et cette sensation de malaise constant pourront rebuter bon nombre de spectateurs, d’autant plus que le film ne ménage pas ses effets, mais sans jamais sombrer dans le gore facile. Cette sombre construction d’un drame familiale étouffée par cette bâtisse glaçante permet à Hérédité de sortir du lot et de proposer, à la manière de The VVitch, une alternative passionnante au genre parfois éculé du cinéma d’horreur.


Hérédité
Réalisé par Ari Aster
Avec Toni Collette, Gabriel Byrne, Milly Shapiro, Alex Wolff…
Sortie le 13 juin 2018

Partager