Hitman 3 : balle masquée

Hitman 3 : balle masquée

Note de l'auteur

En 2016, IO Interactive revenait sur le devant de la scène avec sa licence Hitman, sous la houlette de Square-Enix et avec un modèle épisodique. Deux ans plus tard, Hitman 2 débarque, épaulé cette fois-ci par Warner Bros, laissant tomber le format épisodique. En ce 20 janvier 2021, c’est un nouvel épisode en grande forme qui vient clôturer cette trilogie du « World of Assassination ». Cette fois, IO Interactive est seul maître à bord, et vient nous montrer une nouvelle fois toute l’étendue de son savoir-faire.

Puisque ce troisième opus de cette nouvelle trilogie – en fait le huitième épisode en comptant tous les opus – met l’accent sur le scénario, petit rappel des faits. Notre 47ème agent préféré est toujours en guerre contre l’organisation Providence, mais il est désormais accompagné de son crew (Diana Burnwood et Lucas Grey), et l’identité des principaux dirigeants a été récupérée afin d’en finir une fois pour toutes. Si le scénario n’a jamais été le point fort de cette trilogie, comme l’atteste la relative incidence de l’histoire dans les niveaux de Hitman 2016, IO Interactive n’a pas démordu et a distillé son background dans chacune des destinations, ce qui transparaît de plus en plus dans les niveaux – que ce soit sur des références dans certaines conversations ou dans les révélations qui se sont enchaînées à la fin du second opus. Hitman 3 va encore plus loin puisque chaque mission se place dans un contexte scénaristique bien défini, jusqu’à créer des spécificités dans les objectifs directement liées à l’histoire. Une vraie prouesse quand on voit que le jeu ne perd aucunement ses qualités tout en permettant au joueur d’être plus impliqué.

La plupart connaisse probablement la saga, mais elle est tellement unique en son genre qu’un cours de rattrapage ne fait pas de mal. Hitman est avant tout un jeu d’infiltration dans des niveaux gigantesques, souvent très peuplés de PNJs en tout genre et où tous les moyens sont bons pour atteindre la cible à éliminer, de préférence sans utiliser d’armes à feu ; et c’est encore mieux si le meurtre passe pour un malheureux accident. La particularité de la licence est bien sûr la possibilité pour 47 de se déguiser comme bon lui semble, lui permettant d’accéder à certaines zones interdites auparavant, voire même de déclencher des scènes spéciales si vous dénichez un déguisement particulier. Évidemment, la suspicion sera de mise et il faudra veiller à repérer les caméras qui peuvent griller votre couverture ou ces quelques personnes un peu plus malignes que la normale (« dis donc, Roger n’était pas chauve il y a cinq minutes ? »).

Le joueur est donc lâché dans cet océan de possibilités, où n’importe quoi peut devenir une arme, le tout dans une atmosphère toujours délicieusement second degré. On peut repérer tout aussi bien des prises électriques à trafiquer, des aérations à utiliser pour endormir toute une salle ou bien faire tomber quelques luminaires de façon « accidentelle ». Les situations deviennent parfois ubuesques et géniales (une IA qui prévoit la réaction de futurs licenciés, une visite dangereuse dans un domaine viticole) ou dans les petites piques que balance 47, lourdes en sous-entendus assassins. Prendre la place d’un sans-abri pour participer à des expériences louches, poser des questions pas du tout suspicieuses quand à l’étanchéité de cette cuve à vin ou tout simplement remplacer le fusible de cette grue dont l’attache menace de se briser : Hitman 3 profite de son subtil humour noir pour multiplier les possibilités et s’amuser à créer le piège parfait. Des dizaines d’objets ou déguisements sont là pour enrichir l’imagination du joueur, et chaque niveau est toujours un formidable terrain de jeu.

Hitman 3 perpétue la tradition de l’exotisme en offrant au joueur six grandes destinations, d’un manoir en pleine campagne anglaise jusqu’à une tour s’élevant au dessus des nuages aux Emirats Arabes Unis en passant par une rave party berlinoise qui fera plaisir aux amateurs de béton. Six environnements qui proposent en fait cinq missions « classiques » : on ne révèlera évidemment pas ce qui se trame dans l’ultime niveau mais bien qu’il soit tout aussi chouette que les autres, il reste très à part du reste du jeu. Pour le reste, les habitués connaissent la rengaine : les niveaux sont de gigantesques microcosmes qui se déroulent durant des événements particuliers, avec des centaines de PNJs, plein de dialogues à écouter pour obtenir des indices, des routines à étudier et des intrigues à suivre pour découvrir des façons originales de vous débarrasser de votre cible en toute sérénité. Plus qu’un jeu d’infiltration, Hitman est surtout un vrai puzzle game où le plaisir de jeu réside bien plus dans l’observation et dans les tentatives que dans la simple élimination de votre objectif. Mais Hitman 3 a profité de sa conclusion pour venir bousculer quelques habitudes, à commencer par les fameuses intrigues.

En 2016, la nouvelle formule de la licence a introduit le concept des intrigues : lorsque 47 se trouve près d’un endroit avec un indice important, le joueur peut choisir de suivre cette piste qui donne lieu à une intrigue très scénarisée pour s’approcher plus facilement de sa cible. Plus scriptée, moins libre mais toujours bien écrite, les intrigues sont souvent là pour apporter une solution originale à votre mission et celles de ce troisième épisode ne font pas exception, comme celle du manoir de Dartmoor qui donne lieu à une véritable enquête type Cluedo, interrogatoires et recherche d’indices compris. Mais elles seront ici bien moins nombreuses que par le passé, pour une raison simple : il existe dorénavant une multitude de mini-intrigues qui ne sont pas affichées contextuellement mais peuvent être dénichées simplement en écoutant un dialogue ou en récoltant des renseignements. Un fusible qui manque pour déclencher un malheureux accident, un brasero à allumer pour lancer la distribution des plats principaux que l’on peut agrémenter d’un poison : IO Interactive a fait le très bon choix de forcer un peu plus l’observation et l’écoute tout en laissant quelques intrigues pour ceux qui veulent un assassinat rigolo. Une manière de contenter tout le monde tout en s’inscrivant parfaitement dans la philosophie ludique de la licence.

Mais en termes de nouveautés, ce troisième épisode reste chiche, puisque outre les améliorations graphiques apportées par les versions PS5/XBOX SERIES, on ne dénombre que très peu de nouvelles mécaniques, en dehors d’un smartphone capable de déverrouiller certaines portes ou fenêtres, ou de scanner des objets spécifiques pour venir glaner quelques renseignements. Un gadget qui n’impacte pas énormément le gameplay, certes déjà très solide. Ce Hitman 3 se contente, et c’est bien tout ce qu’on lui demande, d’ajouter de nouvelles missions comme pourrait le faire un gros DLC. Pour ceux qui découvriraient la licence avec cette saga, le contenu peut paraître léger, même si les missions Escalade (des revisites des niveaux avec de nouvelles cibles sous conditions) apportent de quoi se sustenter. Il faudra alors piocher dans les extensions pour récupérer les niveaux des jeux précédents, qui sont offerts par défaut si vous êtes déjà en leur possession sur une plate-forme du même constructeur. Dès lors, Hitman 3 devient le Hitman ultime avec une grosse vingtaine de niveaux à disposition pour parfaire ses talents d’assassin en costume. Cerise sur le gâteau : les précédents niveaux bénéficient même d’améliorations graphiques ainsi que de quelques features (la gestion des reflets dans les miroir).

Aucun autre jeu ne ressemble à Hitman, et les améliorations subtiles de cet épisode donnent la sensation que IO Interactive a choisi de peaufiner sa formule plutôt que de la changer en profondeur. Il faudra sans doute attendre le retour du chauve en costard pour voir de concrètes évolutions, mais en tant que conclusion d’une trilogie exemplaire, Hitman 3 remplit parfaitement son contrat. On saluera un véritable effort pour inclure la narration au centre des missions tout en gardant la liberté d’action, ce qui est un gros travail d’équilibriste particulièrement réussi ici, comme cette mission à Berlin superbement introduite dans le scénario mais qui reste complètement jouable hors contexte. Il faut aussi noter les petites améliorations de l’IA qui restent logiques sans être trop réalistes (indispensable si on veut rester dans un plaisir ludique) ou l’ajout d’un peu de mise en scène comme une caméra qui se recule pour présenter certains décors, tous aussi magnifiques les uns que les autres. Graphiquement, le moteur Glacier II fait encore des merveilles et donnent de superbes ambiances autour du monde comme ces halos lumineux dans les ruelles pluvieuses de Chongqing ou le brouillard grisâtre de la campagne britannique de Dartmoor. Bref, à chaque mission, c’est du caviar vidéoludique pour tout amateur de la série.

Il est difficile d’en vouloir à Hitman 3 de n’ajouter « que » cinq grands niveaux dans lesquels s’amuser tant ils sont réussis, originaux et toujours aussi superbement écrits. IO Interactive soigne sa formule comme jamais, arrivant même à gommer les quelques défauts scénaristiques pour clore son histoire de bien belle façon. En récupérant les niveaux des deux précédents volets, Hitman 3 devient le meilleur moyen de découvrir la trilogie, avec des dizaines d’heures en perspective. Le monde de l’assassinat est une ode à la créativité, et il n’attend plus que vous

Hitman 3

Développeur: IO Interactive
Editeur: IO Interactive
Prix: 60 euros
Plate-formes: PS4 / PS5 / XBOX ONE / XBOX SERIES / PC (EPIC GAME STORE)

Partager