Holly SHIELD ! (critique d’Avengers, de Joss Whedon)

Holly SHIELD ! (critique d’Avengers, de Joss Whedon)

Ben mon colon, celui-là, on l’attendait autant qu’on le craignait… Quatre ans après la sortie d’Iron Man, le premier film entièrement conçu et développé au sein même de son propre studio, Marvel livre donc enfin aux fans et au monde son incroyable pari. Verdict partagé mais le pur plaisir décomplexé l’emporte très largement au final.

SYNOPSIS DOSSIER DE PRESSE

Lorsque Nick Fury, le directeur du S.H.I.E.L.D., l’organisation qui préserve la paix au plan mondial, cherche à former une équipe de choc pour empêcher la destruction du monde, Iron Man, Hulk, Thor, Captain America, Hawkeye et Black Widow répondent présents.
Les Avengers ont beau constituer la plus fantastique des équipes, il leur reste encore à apprendre à travailler ensemble, et non les uns contre les autres, d’autant que le redoutable Loki a réussi à accéder au Cube Cosmique et à son pouvoir illimité…

On en rêvait, Marvel l’a fait. Et dans l’histoire d’Hollywood, c’est du jamais vu. Un blockbuster réunissant une équipe de six super héros dont quatre (Iron Man, Hulk, Thor et Captain America) auront eu droit au préalable à leur propre long-métrage. Et Marvel d’avoir réussi à matérialiser au cinéma le fameux « univers crossoverisé» qui a toujours fait le charme de ses BD depuis les années 60. Un exploit à l’audace démesurée, visiblement récompensée en salles : à l’heure où votre serviteur tape frénétiquement ces lignes, Avengers a déjà raflé prés de 180 millions de dollars en cinq jours sur 39 territoires et il n’est même pas encore sorti aux Etats-Unis ! Marvel Studios va s’élever vers un nouveau pallier de puissance avec ce colossal succès aux multiples conséquences. En face, nul doute que DC Entertainment doit grincer des dents, trépignant d’impatience de concrétiser, un jour, son arlésienne Justice League

Mais revenons au film : il débourre grave. Marvel s’est à l’évidence surpassée, interdisant d’accès à The Avengers la connerie crasse d’Iron Man 2, le kitsch poussif de Thor ou la manque de charisme du sympathique Incroyable Hulk de Leterrier. Visuellement souvent ahurissant, épousant l’iconographie et la chorégraphie super héroïque comme aucun film ne l’a fait avant lui (à part peut-être Spider-Man 2), le film déjoue les pronostics négatifs et tient miraculeusement la note. Une partition sur le fil entre candeur juvénile et second degré désamorçeur de sérieux pompant. De défauts, pourtant, Avengers n’est pas exempt. Ses détracteurs pointent justement du doigt une soi-disant désinvolture démagogique du film par rapport à son matériau, sa tendance à pousser trop loin la dérision jusqu’à l’irrespect des personnages, afin de toucher le plus grand nombre. Hormis les punchlines incessantes de Tony Stark (Downey Jr, au top), les symptômes les plus flagrants de ce traitement « tongue in cheek » concernent le sort effectivement déplorable réservé à Loki et un gag cartoonesque totalement gratuit impliquant Hulk et Thor.

 

Pas faux : demi-dieu malfaisant et inquiétant sur le papier, Loki est ici réduit à un dandy dépressif au regard de cocker battu, proprement humilié par Hulk lors d’un face à face éclair et très « Looney Tunes » lors du final. Eclats de rire garantis dans les salles mais, effectivement, la noblesse du personnage et son potentiel menaçant en font salement les frais. Gênant. On pourra aussi reprocher au scénario, supervisé par Joss Whedon à partir d’une première copie de Zak Penn, d’avoir les inconvénients de ses avantages. Une succession de scènes de dialogues, en milieu de métrage, permettent de creuser autant que possible (dans les limites de l’exercice), la psychologie des super-ego en présence et leurs diverses interactions. C’est heureux, mais il en résulte un rythme pas toujours digeste au fil des 2h qui précèdent le déluge d’action final. La mise en scène de Whedon, sans être anodine (moult plongées/contre-plongées iconiques et autres cadrages obliques bien comic book), semble curieusement manquer d’ampleur. On sent bien, vu la profusion de plans serrés, champs/contrechamps et le surdécoupage de certaines scènes, l’expérience essentiellement télévisuelle du créateur de Buffy, Angel et autre Firefly. Tourné en 1.85 (pourquoi avoir renoncé au 2.35 avec un film réclamant autant d’espace pour ses personnages ?), Avengers manque parfois cruellement d’un cinéaste rompu aux affrontements hors norme, comme Cameron ou Raimi. Sur certains corps à corps, dont surtout celui de Thor avec Loki sur la Stark Tower, l’échange de coups est même quasiment illisible durant quelques secondes, pour cause de caméra sans recul et montage étonnamment peu clair.

 

Et pourtant… la raison a beau me crier tous ces défauts de cuirasse, ses arguments ne peuvent absolument rien contre l’implacable frisson qui me terrasse lorsque, sur les cuivres bouleversants d’Alan Silvestri, un magnifique travelling circulaire englobe en contre plongée les Vengeurs prêts à défendre New York d’une invasion de Chitauri (à vos souhaits). Elle a beau me seriner, cette foutue raison, qu’Avengers sacrifie trop d’aspérités sur l’autel de l’ultimate popcorn movie, je jubile comme une pucelle devant l’homérique baston forestière entre Iron Man et Thor. Une castagne monumentale à laquelle finit par s’inviter in extremis Captain America au gré de plans totalement, irrémédiablement, viscéralement imbibés d’iconographie Marvel. Une autre rixe intra-Vengeurs, entre Thor et Hulk celle-là, sur l’héliporteur du SHIELD, remue forcément les tripes de quiconque s’est shooté aux cases des éditions Lug à l’âge tendre. De ces bisbilles entre héros avant l’union sacrée, à une myriade d’autres petits détails (la première apparition sous-marine d’Iron Man, les lancers de bouclier de Cap, la tenue de marteau de Thor…), Whedon prouve à chaque bobine d’Avengers sa connaissance à la lettre et son amour de l’univers qu’il embrasse. A son crédit également, son impeccable direction d’acteurs et sur ce point, le meilleur élève de la classe se nomme incontestablement Mark Ruffalo. Son Bruce Banner, à la fois gauche et décontracté, vulnérable et brillant, réservé mais déterminé, est certainement le personnage le plus élégant et le plus attachant du film. Quant à Hulk… Incarné pour la première fois en motion capture par son alter ego, il enterre sans peine les deux précédents au cinéma et s’offre un beau quart d’heure de célébrité dans l’homérique confrontation finale mettant à sac Manhattan.

Certes, Transformers 3 et son champ de bataille à Chicago sont déjà passé par là mais la cascade de bonnes idées à l’écran, comme ce stupéfiant plan séquence virevoltant d’un héros à un autre entre les gratte-ciel, désintègre toute résistance critique. On pourra certes regretter qu’une fois encore, Hollywood rase une métropole sans montrer un seul cadavre et que dans le monde merveilleux d’Avengers, les civils ne font clairement que de la figuration. Et en même temps, ce sont bien eux qui nous touchent lors d’un épilogue à l’émotion inattendue, renouant avec une certaine solennité et jetant les pistes d’un vrai regard de Whedon sur la centralité du super héros dans la culture populaire. Au générique de fin, Joss Whedon a vaincu et convaincu : il a non seulement ravi son coeur de cible, les geeks purs et durs, mais aussi touché le coeur du très grand public séduit par cette gigantesque récréation décomplexée. Alors que Silvestri nous colle une dernière fois au garde à vous avec son thème éblouissant, le fan exulte et s’est attaché sans réserve à une équipe a priori pourtant plus désincarnée que les X-Men. Hulk, Captain America, Iron Man, Thor, Œil de Faucon, la Veuve Noire et Nick Fury, leur allié du SHIELD, officient dans un registre certainement moins torturé, mais durant 142 minutes, ils ont assuré un spectacle d’une sidérante générosité. Avengers, le meilleur film de super héros ? Sans doute pas, mais assurément l’un des plus excitants et le début d’une nouvelle ère pour une Marvel triomphante. Excelsior !

Avengers, de Joss Whedon (2h22). En salles.

 

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