Homefront : La révolution attendra…

Homefront : La révolution attendra…

Note de l'auteur

 

Homefront: The Revolution est sorti le 20 mai 2016. Et nous l’attendions avec impatience tant son éditeur avait su faire monter la sauce en proposant un background riche et superbement illustré par une timeline uchronique complète, ou encore un documentaire vidéo de 10 minutes dédié à la société APEX (j’en parlais ici). Hélas, l’enthousiasme est très vite retombé en raison d’énormes problèmes techniques qui n’ont fait qu’empirer avec les premiers patchs qui ont rendu le jeu simplement injouable. Aujourd’hui, 5 patchs et un peu plus d’un mois plus tard, il n’est que temps de dresser un premier bilan !

 

Un jeu qui donne envie !

Je ne m’appesantirai pas ici sur Homefront premier du nom dont ce jeu est le reboot, ou sur la genèse compliquée du jeu. Le fait est que des personnes ont pensé que le premier Homefront avait des qualités scénaristiques qui méritaient qu’on lui offre une seconde jeunesse. Et 5 ans plus tard sort donc Homefront: The Revolution qui nous replonge dans une Amérique à genoux sous le joug de l’envahisseur coréen.

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Welcome to the Revolution!

Les premières minutes du jeu nous plongent in media res dans la ville de Philadelphie ravagée par les conflits et dont les citoyens tentent de survivre à une occupation brutale et omniprésente. La sensation d’oppression et de noirceur est superbement restituée. Toute l’introduction du jeu est une vraie réussite, même si certains personnages sont à la limite de la caricature. On sent déjà que la vie de notre avatar – Ethan Brady, nouvellement incorporé à la dure dans la résistance locale – ne va pas être de tout repos. Déjà, il n’a pas eu beaucoup de chance à la naissance, puisque comme Gordon Freeman, le pauvre est muet et peut difficilement échanger avec ses interlocuteurs (ce qui est d’autant plus agaçant que tout le monde lui pose toujours des questions).

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Embuscade nocturne !

Bon, trêve de « bavardage », c’est l’heure de partir se battre, et là encore, le jeu donne très vite le ton. C’est de nuit, au cœur des ruines de la zone rouge de Philadelphie, que vous allez participer à l’embuscade d’un convoi coréen avec quelques autres résistants. Et la première des leçons s’impose de suite : votre adversaire a pour lui le nombre, un équipement bien supérieur, le contrôle du territoire, des moyens de surveillances omniprésents, des renforts en veux-tu en voilà, et en plus il sait tirer ! Il va donc falloir appliquer la règle de base de toute guérilla : Hit, et surtout, Run you fool!

Le ton est donné : reprendre Philadelphie à l’envahisseur coréen se fera dans le sang et la sueur, étape par étape, bâtiment par bâtiment, zone par zone. Et surtout, il vous faudra également reconquérir le cœur des habitants de Philadelphie, leur redonner l’espoir et les faire se lever contre l’oppresseur pour espérer reprendre le contrôle de votre ville et de votre destin !

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La révolution est en route !

Le jeu en impose avec un level design magnifique dans lequel chaque zone possède une identité bien particulière (allant de la dévastation quasi totale de la zone rouge à des quartiers plutôt épargnés au cœur desquels se sont dressés les horribles préfabriqués fortifiés d’APEX). De plus, l’ambiance de ces quartiers évolue au fur et à mesure que vous redonnez espoir à la population puis la poussez au soulèvement, passant de la soumission absolue avec des passages à tabac et exécutions sommaires par les forces de sécurité coréennes, aux rumeurs, puis à la colère et enfin à la révolte et à la violence populaire.

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La juste vindicte populaire en action

Les bruits de la rue enflent, les couleurs changent alors que le rouge coréen cède peu à peu la place aux tags et fumées bleues de la révolution. Et les places fortes d’APEX, qui symbolisent à votre arrivée dans une nouvelle zone l’absolue puissance de l’envahisseur, deviennent des refuges assiégés de toute part.

 

Homefront: The Revolution offre une ambiance vraiment particulière, donne vie à une Philadelphie envahie et donne vraiment envie de se battre pour la libérer ! Vraiment, ce jeu a du cœur ! Hélas, ça ne va pas être simple car c’est maintenant que les choses se gâtent…

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Une expérience qui déçoit (avec des vrais moments vécus dedans)

« Bon les petits gars, désolé pour ces quelques semaines d’absence, mais grâce au patch 1.5, les icônes de la carte sont revenues et je peux enfin de nouveau vous recruter (non parce que mener une guérilla en solo et en plus sans savoir où on va, c’était compliqué quand même !). C’est pas tout ça, il y a un centre névralgique coréen à quelques pas d’ici qui n’attend que nous, alors on y va ! Toi, toi et toi, suivez-moi ! Non par là, mais arrêtez de me coller, je suis bloqué bande d’abrutis ! Reculez ! Argggg, bon toi, toi et toi vous êtes virés, dégagez ! Mais non, pas dans ma direction imbéciles… Aaaahhh, bon je vois ce que c’est ! » Sort son arme, abat ses alliés dans un soupir, et part à la recherche de nouvelles recrues…

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Vos alliés, toujours devant…

« Ok, alors les gars, guerilla style, on attaque le convoi, à mon top ! Raaahh mais il fait quoi cet imbécile à charger un blindé !!! Et l’autre là qui zizague comme un lapin devant moi alors que j’essaye de cibler un adversaire, ce qui relève un peu de l’exploit à 12 FPS… À couvert bande d’analphabètes ! Oui, voilà ! Mais non, me pousse pas crétin, c’est mon couvert ça !!! Nooonnn !!! » Mort criblé de 77 balles de mitrailleuse.

« Bon, en sautant de bâtiment en bâtiment, je dois pouvoir les prendre à revers ! Je saute, hop, j’attrape l’échafaudage. Ah non, raté. Je recommence. Non toujours pas, je… Raaahh, bon je saute voilà et là je, comment ça j’ai glissé, tiens, bloqué, eh eh, non c’est pas possible… Je, non, pas bon, recule, non, saute, non, avance, rien, double saute, non bloqué… Arggg, Bon, zeeeennn…. » Reload « Tu veux un thé chérie ? » « Ben tu joues pas ? » « Si mais je dois recharger le jeu, donc j’ai un peu de temps ! »

« Bon alors, je ne comprends pas, hier j’ai bien roulé en moto sur le tapis roulant qui aurait du rétablir le courant mais la porte reste baissée et j’ai beau chercher, rien… Vérification Youtube, oui j’ai tout fait pareil… Consulte le forum : ah oui, ça arrive, allez dans Histoire, et rechargez une de vos 4 sauvegardes automatiques (ah quand même, ils sont prévoyants). Plusieurs heures de jeu perdues donc ! Je vais aller me faire un thé moi… avec 2 Valium »

« Eh eh, voilà, hop j’appuie sur le bouton, et le bâtiment est à moi ! Ah, impossible tant qu’il y a des ennemis présents ! Certes mais le temps que je monte tuer ceux sur les chemins de ronde, ceux au sol ont déjà été remplacés par des renforts miraculeusement téléportés sur place ! On marche sur les cadavres ici et pourtant il en arrive sans cesse d’autres, sans compter ceux qui assiègent maintenant le bâtiment avec un blindé pour venir porter secours à leurs camarades… Je fais comment moi pour prendre le bâtiment, je détourne un missile balistique ? »

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Pour les civils récalcitrants…

« Bon, la place forte (une autre hein…) est à moi, je monte sur les remparts et je file plein nord. Tiens, mais c’est quoi ces 20 personnes qui descendent en même temps vers moi… Elles sortent d’où ? Et mais me pousse pas toi ! Et il m’insulte en plus… « Excuse-toi ! » « Fais attention où tu vas ! » « Pousse-toi de là toi ! » Raahh, mais ils me poussent en arrière, c’est n’importe quoi !!! » Lance un cocktail molotov dans la foule ! « Allo chef, oui, c’est horrible, ces sales coréens ont massacré tout un tas de civils, c’est atroce ! Un vrai charnier ! »

Progressant à couvert sous un feu ennemi nourri pour prendre à revers un soldat isolé « Ouille ouille ouille ! Ça va passer ! Ça passe ! Ah ah surprise ! Prends ça #censuré# de #censuré#. Ah mais pourquoi ça freeze comme ça !!! » Objectif accompli : 50 soldats tués, sauvegarde en cours… Arrêt complet du jeu pendant 6 secondes… Reprise… 5 balles dans le corps, mort…

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Fabriquer et lancer avec le même bouton… Génial !

« Bon alors, je me fabrique une petite bombe et adieu le blindé et je, quoi, et m… » Déflagration, mort… « Ah oui, si je garde le doigt sur L1 et que j’appuie sur R2, je fabrique une bombe, mais si je lâche L1 et que j’appuie sur R2, je la lance… à mes pieds… En même temps, utiliser le même bouton pour fabriquer et amorcer une bombe, en ergonomie ça porte un nom : c’est de la malfaisance ! »

« Génial le bruit de rue avec la colère populaire, ça fait juste bizarre de l’entendre aussi bien depuis le balcon et plus du tout quand je rentre dans la pièce ! » Distance parcourue : 45 centimètres.

« Ah hier, on jouait sans les mains, aujourd’hui il manque les têtes, bon… Rechargeons le jeu… Chérie, un autre thé ? »

Voilà, vous l’aurez compris, ces quelques amusantes péripéties (enfin à coucher sur le papier, parce qu’à vivre c’est un peu plus compliqué !) n’ont que pour objectif d’illustrer la difficile expérience que peut être pour les nerfs une séance de jeu sur Homefront: The Revolution !

 

Une réalisation défaillante
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Un petit souci ?

Car techniquement, le constat fait mal ! L’animation est aux fraises avec ses 30 FPS par beau temps (et 10-15 quand il y a des nuages). Le jeu ne gère pas les collisions (non mais les gars, vous plaisantez ou quoi ? Sortir un FPS en Open World en 2016 sans programmer le comportement des PNJ pour éviter qu’ils vous rentrent dedans en permanence !).

L’IA des ennemis est médiocre mais brille au firmament comparée à celle de vos coéquipiers ! C’est pas dur, on a presque envie de pleurer en les recrutant puisque qu’on sait pertinemment qu’aucun de reviendra vivant de mission ! La maniabilité fait parfois rire (surtout quand vous devez vous y reprendre à 6 fois pour réussir à agripper une surface, moins quand vous mourrez 6 fois en échouant).

Salut beauté, euh...

Salut beauté, euh…

Les bugs sont également omniprésents, allant du civil qui se fait arrêter par un soldat invisible à la moto qui s’accouple avec un mur dans un bruit de mitrailleuse lourde. Le jeu frise quand il sauvegarde, même en pleine action. Et si vous devez recharger votre partie, on frôle le sublime avec presque une minute de chargement, un temps qui ne fait que s’accroître avec les patchs successifs (j’ai des réminiscences de chargement de jeu sur mon CPC464, ce qui n’est pas franchement bon signe…).

Je pourrai hélas poursuivre longuement, mais je vais résumer la chose bien simplement : la réalisation du jeu est une plaie. Et le manque de finition, omniprésent, n’arrange rien, qu’il s’agisse du nombre minimalisme de modèles pour vos alliés (on se croirait dans la Guerre des Clones) ou des ambiances sonores qui changent d’un coup sans aucune raison.

 

Une première conclusion (en espérant qu’elle soit temporaire !)

Homefront9Homefront: The Revolution avait pour ambition de nous faire vivre une véritable révolution ! Et honnêtement le jeu réussit à nous offrir une ambiance unique et de vrais beaux moments de grâce ! Hélas, la réalisation du jeu n’est pas (mais alors pas du tout) à la hauteur de ces ambitions. L’ergonomie, l’animation, l’IA, les bugs et le manque absolu de finition du jeu transforment vite votre partie en calvaire et gâchent totalement le plaisir anticipé que vous aviez à vous plonger dans le jeu. L’expérience n’en ai que plus frustrante car Homefront donne envie, fait envie !

J’aurai sincèrement voulu finir le scénario solo du jeu avant d’écrire cet article. Mais dans un souci de préserver mon écran, mes manettes de jeu et ce qu’il me reste de santé mentale, j’ai dû mettre celui-ci de côté pour le moment ! Ce n’est pas définitif ! Je sais déjà que je retenterai de jouer après le prochain patch (et les suivants…) parce que malgré tout, j’accroche et j’ai envie d’y croire ! Mais, au vu de la quantité de problèmes à régler, du travail colossal que cela représente (à croire que le jeu est sorti en plein milieu de son développement), et surtout au vu de la qualité des précédents patchs (pour l’instant, ils commencent juste à arrêter d’empirer la situation), je modère mon optimisme… Et je suis obligé d’en conclure qu’en l’état, c’est quand même un putain de gâchis monumental (Copyright Dr No) !

 

Homefront: The Revolution

Développé par Dambuster Studios, édité par Deep Silver

 

 

 

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