Homeland 301 : sexe, Saul et trahison

Homeland 301 : sexe, Saul et trahison

Note de l'auteur

La saison passée, on avait laissé Carrie et Nicholas se séparant dans la nuit à la lueur des phares d’une voiture après l’explosion d’une auto dans le siège de la CIA. Ses adieux déchirants étaient arrivés après une saison longue et compliquée à supporter pour le téléspectateur. La première partie nous avait autant tenus en haleine que la deuxième partie nous avait rendus furieux. La saison 3 a beaucoup de choses à se faire pardonner…

Le thème de la première saison était la foi, le fait de croire si fort à quelque chose qu’on perd de vue le reste. La deuxième saison avait choisi de se focaliser sur la rédemption. Est-elle possible, peut-on changer de vie ou qui on est du jour au lendemain ? Mais cet axe s’était perdu dans la relation amoureuse des deux personnages principaux et l’amour comme solution rédemptrice s’est révélé un peu indigeste pour le téléspectateur. Au vu du premier épisode de la troisième saison, le sujet principal semble être la réflexion autour de la vérité. Serait-elle ailleurs ?

On retrouve tous les personnages environ deux mois après l’explosion qui a tué plus de 100 personnes à la CIA. Saul a été nommé directeur par intérim de l’agence, Dana Brody a fait une tentative de suicide, Nicholas Brody est l’homme le plus recherché de l’univers-tout-entier-Liechtenstein-inclus, Carrie a arrêté de prendre ses médicaments et recommence ses gribouillages, Peter Quinn fait des travaux manuels à l’étranger et Jessica Brody essaye de trouver du travail. L’explosion à la CIA a changé la donne pour tout le monde et les scénaristes entendent bien nous le faire comprendre.

On oublie les intrigues rocambolesques de la saison 2 et on revient aux sources du succès d’Homeland : une série d’espionnage avec une tension et un rythme intense. Cette pression est exercée par le sénateur Andrew Lockhart, à la tête d’une commission d’enquête chargée de comprendre comment la CIA a pu être victime d’une attaque. Il est sans pitié envers les agents et recherche la vérité. Il est là pour trouver des réponses à des questions qui n’ont aucun sens. Il représente un peu le tribunal des téléspectateurs de la saison 2 : faisons le bilan et tirons les leçons nécessaires.

C’est dans ce clin d’œil aux mauvaises critiques de la saison précédente, que repose le cœur de cet épisode. Comment les personnages vont-ils se sortir de ces interrogatoires ? S’expliqueront-ils de leur comportement ou craqueront-ils sous la pression ? Les tensions se font déjà ressentir entre une Carrie qui se sent trahie par la CIA, et Saul qui plie sous le poids de ses nouvelles responsabilités. Quelqu’un doit payer pour les erreurs de l’année passée (ou d’il y a deux mois). Et si on ne peut pas faire reposer la faute sur tous, il faudra bien que quelqu’un serve de bouclier pour les autres. Mais la vérité peut cacher des zones d’ombre, si celles-ci servent un dessein plus grand.

Brody, ou plutôt son absence, fait pour le moment office de bouclier. Personne ne sait où il est, pas même Carrie, et le retrouver est au cœur de toutes les attentes pour les enquêteurs mais aussi pour sa famille. Dana semble avoir accusé le coup de la trahison de son père et a tenté de se donner la mort. On la retrouve dans une unité spécialisée pour jeunes suicidaires, juste quand elle se prépare à retourner dans le monde « réel ». Sa mère est rongée par la colère et la peur. Il n’est pas simple d’être la femme (ou les enfants) du plus grand traître de la nation, surtout quand son revenu dépend des aides de l’état. Les Brody doivent se redéfinir, savoir qui ils sont désormais : la famille d’un traître ou des patriotes d’un pays qui les hait. La vérité est sûrement entre les deux. Ils doivent renaître autour du vide. Voilà qui est plus dur à affronter qu’un décès. Car c’est une trahison dont ils doivent se remettre. Et c’est sûrement la blessure la plus difficile à soigner.

Dans cette nouvelle dynamique, la relation presque filiale qu’entretient Saul avec Carrie prend une nouvelle dimension. L’agent a sombré de nouveau dans la folie. Saul ne peut plus prendre soin d’elle. Car il a de nouvelles responsabilités. Désormais, il ne doit pas seulement protéger Carrie, mais toute la CIA. Alors que dans les saisons précédentes, il jouait souvent le rôle du parent pour elle au sein de l’institution, celui qui la soutenait, croyait en elle et l’aidait, cette fois-ci, Saul fait des choix en dépit d’elle. Trouver sa voie en tant que leader sera son chemin de croix. Dans cet épisode, on le sent qui tâtonne entre ce qui est juste et ce qu’il faut faire. Où est la limite ? Où est le bon choix ? Le personnage moral que l’on connaissait pourrait bien vivre ses dernières heures.

Carrie aussi lutte avec sa propre morale. Elle veut faire éclater la vérité sur Brody, hurler qu’il est innocent, tout en se protégeant. Mais elle n’est plus armée pour le faire. Délaissée par Saul, par sa tête, par la CIA. Baisant passionnément avec un roux rencontré dans un supermarché, comme pour chasser de son esprit l’absence de Brody. Carrie redevient celle qu’on connaît, flippée, paranoïaque, excitée, impulsive… dangereuse. On revient à la saison 1 et on se demande qui elle est vraiment : l’intuitive agent débordante de culpabilité de la saison 1 et du début de la 3 ou la femme calme et maître de ses actes de la saison 2 ? Pour l’instant, encore à la recherche de Brody et de ceux qui l’ont obligé à fuir, elle ne pourra compter que sur elle-même pour découvrir la vérité sur cette affaire, et sur sa propre personne. Un début de saison 3 haletant, dont on espère qu’il ne prendra pas le chemin de la deuxième.

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