#Hommage : Malcolm Young (1953-2017) – Assez d’excès

#Hommage : Malcolm Young (1953-2017) – Assez d’excès

Certes, le titre est un peu facile, il vous faudra pardonner à l’auteur de ces lignes qui a un petit coup de calgon au moment d’écrire cet hommage… Car c’est bien d’un hommage qu’il s’agit, au diable (!) la nécrologie, doublé d’un message d’humeur à l’heure où nous pleurons la mort de Malcolm Young, guitariste fondateur et chef d’orchestre d’AC/DC.

En effet, peu importe l’odyssée de la famille Young depuis les faubourgs de Glasgow où ils virent le jour jusqu’à leur exode en Australie, les anecdotes sur l’origine du costume de scène d’Angus Young ou les circonstances sordides de la mort de Bon Scott, le premier hurleur du groupe, lorsque l’on évoque AC/DC. Ce qui compte, c’est la musique. Une musique qui doit tout, ou presque, à Malcolm Young.

Dans la fratrie Young, Malcolm se trouvait au milieu. Aîné d’Angus à qui il confiera la tâche d’être le soliste et l’emblème du groupe et cadet de George Young, producteur historique d’AC/DC décédé quelques semaines seulement avant son frère, Malcolm Young était surnommé The Brain (« Le Cerveau ») par ses acolytes.

De fait, si Angus attirait tous les regards par son jeu de scène extravaguant et ses solos abrasifs, c’est bien Malcolm qui était à la manœuvre lorsqu’il s’agissait de trouver les riffs infernaux qui firent d’AC/DC le monument du rock n’ roll que nous connaissons tous.

Depuis sa disparition, de nombreux articles fleurissent sur la toile pour rendre hommage au « métronome humain » (sic), donnant force détails sur le tirant supposément titanesque de ses cordes, nous expliquant l’importance des silences dans ses compositions (comble du ridicule lorsque l’on parle de l’un des groupes les plus bruyants de l’histoire du rock !), titrant même parfois sur ses plus grands solos !

Cette dernière manchette pourrait prêter à sourire lorsqu’il s’agit de célébrer la mémoire d’un guitariste rythmique, elle aurait cependant pu être involontairement juste puisque l’ami Malcolm était à l’origine le soliste du groupe et qu’il ne dédaignait pas, de temps à autre, signer un petit lead sur les enregistrements d’AC/DC, comme le prouve cette pépite discrète, Can’t Stand Still, cachée au cœur de l’album Stiff Upper Lip (2000).

Mais inutile d’épiloguer, revenons plutôt à notre sujet, à savoir AC/DC. Le journaliste de Rolling Stone Anthony Bozza posait une question cruciale dans son ouvrage de référence il y a quelques années de cela, Why AC/DC Matters ? (« Pourquoi AC/DC compte ? ») Plusieurs réponses sont possibles, toutes insuffisantes, mais qu’importe. La question qui obsède votre serviteur en ce moment précis serait plutôt de savoir si AC/DC existe encore…

Car en fin de compte, quelle est donc la formule magique qui donnait à la musique du groupe australien ce caractère évident, reconnaissable entre mille, ce sentiment d’avoir entre les oreilles le code ADN du rock n’ roll originel ?

La section rythmique en premier lieu, animée par Malcolm Young en grand architecte des morceaux, soutenu dans sa tâche par la batterie implacable de Phil Rudd, le tout renforcé par les lignes de basse précises et solides de Cliff Williams. Vient ensuite la voix, d’abord celle gouailleuse et un rien perverse de Bon Scott puis nerveuse et puissante de Brian Johnson. Enfin, cerise sur le gâteau, les solos incendiaires et inspirés d’un Angus Young virevoltant, chaînon manquant entre le blues et le hard rock.

Or aujourd’hui, que constatons-nous ? Malcolm nous a quittés, Cliff Williams a jeté l’éponge, Phil Rudd est empêtré dans des problèmes judiciaires fort peu glorieux et Brian Johnson a été remplacé pour raisons médicales par… Axl Rose ! Pour couronner le tout, le dernier album en date Rock or Bust sonne comme une parodie, un pastiche sans âme qui aurait pu être enregistré par un groupe de reprises peu inspiré, et ce probablement parce que Malcolm Young n’a que très peu participé à son écriture.

D’où cette prière adressée à Angus Young, en plus de mes sincères et profondes condoléances pour la double perte que le pauvre homme doit encaisser en ce triste moment : assez d’excès !

En quatorze albums (le dernier ne compte pas), AC/DC aura laissé une marque indélébile dans l’histoire de la musique, un tatouage invisible sur la peau de toute personne qui aura été en contact avec leurs chansons. Quiconque a vu AC/DC en concert sait bien qu’il a contemplé le visage du rock n’ roll en face et que celui-ci lui a souri en retour.

Mais Mr. Young, il est temps de refermer le cercueil, sur Malcolm comme sur le groupe. Par décence. Parce que chaque note jouée sans votre frère serait fausse… Poursuivez votre carrière sous votre nom propre, fondez un autre groupe, continuez à jouer ces chansons que nous aimons tant mais par pitié, refusez l’acharnement thérapeutique, débranchez AC/DC !

Sachez aussi qu’un hommage funèbre n’est pas nécessairement triste… Peut-être ne le saviez-vous pas mais il y a quelques années, en 2011 très exactement, nous étions réunis au festival Hellfest (un festival qui serait honoré de votre présence soit dit en passant) pour célébrer la mémoire de Patrick Roy, un homme politique français qui avait à cœur de défendre notre (votre) musique de prédilection.

Un petit sondage avait été fait par internet pour choisir le titre qui conviendrait le mieux à ces adieux et devinez quoi ? For Those About to Rock (We Salute You) fut choisi avec une très large majorité ! Que les vingt-et-un coups de canon résonnent donc pour la mémoire de Malcolm Young et d’AC/DC, pierre angulaire de notre église païenne, We Salute You !

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