#HOMMAGE PRINCE, ONCE UPON A TIME A GENIUS, PART. 2

#HOMMAGE PRINCE, ONCE UPON A TIME A GENIUS, PART. 2

7 juin 1984, pour fêter son 26ème anniversaire, Prince choisit de donner un concert au First Avenue de Minneapolis, club rendu célèbre par le succès du film Purple Rain. Sur la sono, alors qu’on effectue le drum check, passe l’instrumental Strawberry Shortcake, un des six morceaux présents sur le premier album de Sheila E ayant été produits, composés et arrangés par Prince. La foule, quelques 1500 personnes venues assister au Birthday party est déjà chauffée à blanc quand retentit l’annonce  “Ladies and Gentlemen, please welcome Prince and the Revolution!”. Bobby Z, Brown Mark et le Dr Fink entament alors l’introduction de la face B 17 days, laquelle sera suivie par 85 minutes d’un concert absolument dantesque.

 

 

 

 

 

Parler de ce show en guise d’introduction n’est pas un hasard. Si l’on connaît bien Prince, ce musicien de génie, alors on sait pertinemment que sa discographie est en réalité la partie émergée de l’iceberg. Cet homme – était-il bien humain au bout du compte ? – ne s’est pas contenté de 41 albums studio. De la même façon, les tournées accompagnant la sortie de ses nombreux opus n’étaient pas de simples concerts alignés les uns derrière les autres. Comprenez bien, l’homme n’était que musique. De sa naissance à sa mort, il n’aura vécu que pour elle. Faces B géniales, aftershows fulgurants, inédits studio piratés à mort, side bands, coffre-fort renfermant des milliers de titres jamais publiés, la brutale disparition du petit homme ne sonne pas la fin d’un règne, mais la promesse de merveilles à découvrir.

De 1982 à 1987, Prince aligne sept chefs-d’œuvre, ni plus ni moins. Sept albums à posséder dans toute discothèque qui se respecte. 1999, Purple Rain, Around the world in a Day, Parade, Sign O’ the TimesThe Black Album (paru en 93) et Lovesexy. Commercialisant en moyenne un disque par an, le rythme de travail du monsieur nous permet déjà d’affirmer que l’homme est prolifique. Or, à l’époque, Prince se plie simplement aux exigences des majors, celles-ci lui imposant de refréner une boulimie créatrice qui, en vérité, lui permettait de publier un album tous les trois mois. La Warner lui mettant des bâtons dans les roues, l’égocentrique pourpre emprunte alors des chemins détournés pour inonder le monde de ses compositions, The Times, Vanity 6, Apollonia 6, Jill Jones, The family, Sheila E, Sheila Easton et bien d’autres lui servant à asseoir sa domination sur le monde de la musique pop. Ces artistes  gravitant autour de l’astre princier, ces side bands dont le son paraît si familier aux aficionados du Minneapolis sound auront été, en réalité, le support de son insatiable soif de création. Et derrière les pseudos Christopher, Alexander Nevermind, Jamie Starr, se cache, enfin c’est un secret de polichinelle, un seul et unique producteur : Prince. Qu’il s’agisse d’un album entier, celui de The Family par exemple, ou simplement de quelques morceaux, la production et la composition trahissent de toute façon leur auteur. Pour la petite histoire, en 1986 Prince occupe la première place du Billboard avec Kiss, les Bangles occupant la seconde avec leur Manic Monday, magnifique sucrerie pop écrite par sa majesté pourpre en 84 pour le groupe Apollonia 6. De même, le magnifique Nothing Compares to U superbement interprété par Sinead O’Connor, est en réalité un morceau écrit par Prince en 85 pour son side groupe The Family.

 

 

 

 

 

C’est un fait, l’œuvre du Kid de Minneapolis regorge de pépites cachées. Happy Birthday Mr Christian, sur l’album Apollonia 6, If a Girl Answers sur Vanity 6, Mia Bocca ou le sublime Baby You’re a Trip sur l’album de Jill Jones font partie des quelques magnifiques compositions princières seules connues des initiés.

Au reste, les fameux side bands du Kid de Minneapolis n’auront pas été le seul moyen d’outrepasser les interdits contractuels imposés par la Warner, les faces B, concept aujourd’hui tombé dans l’oubli, permettant à Prince d’exprimer tout son art. Là où, pour la plupart des artistes de l’époque, cet espace est occupé par des remixes foireux ou des inédits de second choix, Prince échappe encore une fois à la norme en nous gratifiant d’incroyables versions longues et de chansons dignes de figurer sur ses meilleurs albums. Comment ne pas être envoûté par l’introduction Prince_17-Dayshendrixienne – merci Wendy – du fantastique 17 Days ?  Et vos jambes, ne vous entraînent-elles pas sur la piste de danse au son du rythme martelé durant les 21 minutes de la version longue d’America ? Quant aux Rita Mitsouko, ils ne se seront jamais remis du génie de composition et de production d’un La, la, la, he, he, hee. Mais la liste n’est pas exhaustive : Erotic City, Last Night I Spend a Lonely Christmas, Girl, Love or Money, How Don’t You Call me Anymore (repris en 2009 par AlIcia Keys), She’s Always in My Hair. Bref, toutes ces B-sides pour lesquelles bien des artistes se seraient damnés ; autant de perles prouvant, si cela est encore nécessaire, le génie de leur auteur, l’homme étant par ailleurs un monstre de scène.

 

 

 

Avoir assisté à un live de Prince et mourir. Spectacle absolu. Au prix de longues répétitions journalières infligées à ses musiciens, au prix d’un effort titanesque de réinterprétation de tout son répertoire, chaque morceau étant retravaillé de façon à offrir de nouvelles versions à son public, le Kid s’est vu attribuer le titre de plus grand showman de son temps, titre conservé depuis. Citons simplement Philippe Garnier, journaliste et écrivain : “c’est comme si tu assistais à tous les concerts d’une vie d’un seul coup”. C’est bien simple, si vous demandiez en 87 qui avait fait partie des 825 personnes ayant vu Prince au Palace en 81, tout Paris s’y trouvait, par miracle. Qu’il s’agisse de la tournée Purple Rain avec un Revolution recouvert de froufrous ; qu’il s’agisse de la tournée rs-237682-Sign_o_Times_1987_1_ Parade et son fameux sol en damier noir et blanc ou encore de la majestueuse et jamais égalée tournée Sign of the Times, Prince est LA quintessence du showman. Virevoltant d’un instrument à l’autre, enchaînant comme personne des pas de danse ô combien plus naturels que les chorégraphies sans âme d’un Jackson ; chantant aussi bien avec sa voix qu’avec sa guitare lyre, et dirigeant d’un simple geste un groupe rodé à mort, ce petit bout d’homme possède littéralement son public comme personne. Parlons-nous de concerts ou de bacchanales ? Jamais épuisé, ivre de musique, prêt à mourir pour elle, la nuit lui appartient et se termine parfois par de mythiques aftershows : en 86 au Palace, en 87 au New Morning, en 88 au Paard Von Troje.

 

 

 

 

 

 

À une époque où son grand rival se blanchit la peau jusqu’à l’os, rongé par un infâme sentiment de culpabilité, à une époque où les mouvements communautaristes donnent naissance au rap et à la techno ; à une époque où les stickers “explicit lyrics” sont collés sur les vinyles, Prince est l’ultime manifestation d’un métissage salvateur. Son art abolit les frontières musicales, ethniques, sexuelles. En juin 2016,  Laurent Chalumeau écrit dans Rock and Folk : “Comme tout le monde, je m’émerveillais devant la multiplicité et l’intensité inédites du prodige. Rien que ça, c’eut été énorme. Mais, comme souvent avec la musique populaire américaine et singulièrement celle que produisent les Afro-Américains, un supplément d’âme et une autre dimension venaient conférer à ce ravissement des vertus et pouvoirs d’un registre supérieur.”

20170207_234623Alors souvenons-nous de ces moments. Fouillons son œuvre en quête de trésors perdus et devenons, en hommage à cet homme, archéologues. Piratée à mort, l’œuvre princière recèle en effet encore d’innombrables gemmes enfouies. Échangés sous le manteau dans la décennie 80, gravés sur cd et vendus dans les foires aux disques dans les années 90, et aujourd’hui téléchargés, des centaines d’albums illégaux à la qualité sonore hasardeuse, font l’absolu émerveillement de nos oreilles. Projets rejetés par la WarnerCrystal Ball, The Dream Factory, Camille – ou inédits studio ahurissants – Rebirth of the Flesh -, ces morceaux volés sont un avant-goût de ce que contient le fameux Vault dans les sous-sols de Paisley Park. Susan Rodgers, ancienne ingénieure du son de sa majesté pourpre décrivant le lieu comme une pièce géante remplie d’étagères, coffre dont seul Prince possédait la clé et qui renfermerait de quoi sortir une centaine d’albums ! Crystal Ball, Detroit 82, Bercy 87, Montreux 2013, ces enregistrements disponibles pour la plupart sous le manteau nous permettent d’oublier un instant l’idée que Prince, contrairement à sa musique, n’était pas immortel. Et si sa brutale disparition, précédant de quelques mois l’élection de Trump à la présidence des États-Unis, peut être vue comme un funeste signe des temps, souhaitons alors à chaque génération de rencontrer son Prince.

 

 

 

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