Homunculus : un squelette dans un dirigeable

Homunculus : un squelette dans un dirigeable

Note de l'auteur

Il est parmi les pères du steampunk. James P. Blaylock est son nom. Et son ouvrage de 1986, Homunculus est de retour chez les libraires dans cette nouvelle édition.

1602-homunculus_org_orgL’histoire : L’Homuncule a rendu fous des hommes et des femmes. Il est capable de rendre vie aux morts, serait capable de voyager dans le temps… Un drôle de spécimen recherché par un diabolique bossu – Narbondo, le club Trismégiste, fait d’aventuriers, de chercheurs et d’inventeurs, de personnes qui ont eu un lien dans le passé avec l’Homuncule, et le faux prophète Shiloh et sa clique. Pendant ce temps, un dirigeable piloté par un squelette tourne autour du monde, se rapprochant de la Terre à chaque passage autour de cette Londres victorienne.

Mon avis : Si ce roman a reçu en 1988 le prix Philip K. Dick, il a aussi pris un petit coup de vieux. Bon, peut-être que j’en attendais aussi trop, il faut dire que l’édition est particulièrement alléchante, avec ses tranches et sa gouttière dorée, sa couverture brillante et ses dessins en tête de chapitre. Malheureusement, l’ouvrage se révèle un véritable casse-tête avec ses personnages multiples, ses lignes de récits qui se croisent et se défont, un ton parfois absurde, et la volonté de donner des explications tardives, qui font qu’on a perdu les raisons et les imbroglios depuis un moment. Parfois austère, parfois avec un manque d’explication des enjeux, il est difficile de savoir où nous en sommes. L’histoire est aussi victime de sa période, à savoir qu’aucun personnage féminin ou presque n’est présent dans l’ouvrage. Et celles qui sont là, sont emplies de clichés – à part une, mais très peu développée.

Les personnages principaux se révèlent aussi assez inintéressants, car très très nombreux. Le roman suit en effet le point de vue de nombre d’entre eux, histoire de savoir tout de même ce qu’il se passe dans la tête des gentils, des méchants et des alcooliques. Une volonté de leur donner un petit contexte, une histoire pour comprendre comment ils en sont arrivés là. Malheureusement, ça ne sert qu’à embrouiller encore plus le lecteur.

James P. Blayloc

James P. Blayloc

Malgré tout, le récit peut sans doute plaire à ceux qui apprécient un roman avant tout d’atmosphère, celle d’une Londres pouilleuse, pauvre mais pleine de mystères, de fabricants de jouets fous et de milliardaires débauchés. Et pour la poésie d’un squelette au gouvernail d’un dirigeable, volant dans le clair de lune londonien.

Autour du livre : Selon Wikipédia : « En religion catholique, un homoncule est un petit homme ailé qui vient du ciel porteur de l’Esprit de Jésus pour aller l’implanter dans le ventre de Marie. Cette conception est hérétique depuis le concile de Trente. » Ce qui explique en partie la folie d’un des protagonistes, le prophète Shiloh, persuadé que l’Homuncule est son père.

Si vous aimez : Les plus obscurs Livres dont vous êtes le héros, où vous ne comprenez pas vraiment l’intrigue, mais essayez quand même de vous en sortir.

Extrait : « Kraken tendit la tête hors de l’arrière-boutique. Le capitaine Powers lui fit signe de venir les rejoindre et demanda de leur parler de ce qu’il avait vu à l’époque où il travaillait pour Kelso Drake. Tous oublièrent Godall et Pule pendant que Kraken narrait ce qui lui était arrivé au cours des mois passés à la solde du millionnaire ; il intercalait dans son histoire des condensés de ses lectures chaque fois que le sujet devenait un tant soit peu scientifique ou métaphysique, les eaux profondes sur lesquelles il se targuait de naviguer chaque jour. Il leur affirma que les révélations qu’il y découvrait les eussent sidérés. Mais Kelso Drake… rien de ce qui se rapportait à ce misérable n’aurait pu encore le surprendre. Il n’eût pas supporté cet individu et ses semblables un instant de plus, pas pour tout l’or du monde. Il but une rasade de Scotch. Son teint repris des couleurs. Drake l’avait renvoyé et menacé d’une bastonnade. C’était un lâche, un proxénète, un tricheur. S’il avait l’imprudence de se placer en travers de son chemin, il reculerait bien vite : Bill Kraken se faisait fort de lui donner une leçon qu’il n’oublierait pas de si tôt. »

Sortie : 17 février, éditions Bragelonne, 360 pages, 25 euros.

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