Horror Flashback : Evil Dead (1981)

Horror Flashback : Evil Dead (1981)

« Le Martien ne connaît pas la peur », c’est vrai, mais « le Martien aime la contradiction », c’est vrai aussi. Alors pour cette semaine dédiée à Halloween, une partie de la rédaction du Daily Mars va vous faire partager ses plus grands frissons cinématographiques. Cinq trouilles sur cinq jours (nous eûmes pu faire six, pour le jeu de mots de circonstance, mais nous aimons la contradiction, je vous l’ai dit. Faut suivre, hein. C’est InTheBlix (Blix pour les intimes), notre Fil Info Man, qui s’y colle aujourd’hui avec un souvenir d’enfance. En Joie.

Eure et Loir, 1986 (à peu près) : à l’époque où je fantasmais uniquement sur les bandes dessinées Lug et les revues de cinéma, particulièrement sur la mythique Starfix et pas encore sur les super reportages de New Look (on a tous sorti cette excuse un jour, non ?), je passais mes vacances scolaires chez ma seconde famille dans un petit bourg isolé entre champs et forêt. Point de famille recomposée, ni même de triste histoire à la Hector Malot, je n’ai jamais eu de singe s’appelant Joli-Coeur.  Mes trois « presque frères » et moi passions nos journées sans les parents, en balade dans la forêt, à jouer sur l’Amstrad CPC 6128, faire « des bases » pour nos bonhommes Starwars, lire, relire et re-relire nos Strange et livres dont vous êtes le héros, et à mater Vitamine, l’émission qui donne bonne mine. Nous profitions aussi de ces journées pour visionner toutes les VHS disponibles entassées autour du magnétoscope : Kagemusha, Blade Runner, l’Empire Contre-attaque, Le Choc des Titans, les films de Bruce Lee et bien d’autres… Le bonheur, en somme.

Après une expédition interdite sur le sol sacré de la chambre parentale, Fred, l’aîné de la fratrie, revînt avec le Saint Graal des cinéphiles de film d’horreur : Evil Dead de Sam Raimi. Une copie, sortie d’on ne sait où, l’Opéra de la Terreur que le grand Starfix avait encensé dans son numéro un, sur une Maxell M120. Il était évidemment hors de question de faire participer à la projection les deux plus jeunes frères… Le risque de se faire dénoncer était trop important. Nous leur fîmes je ne sais quelle promesse de jeu pour les éloigner 1h30.

Bien installés dans le canapé, notre projection démarra. Tout se passa plutôt bien, la tension montait de manière « supportable »  jusqu’à ce que la nuit tombe sur la cabane. Lorsqu’Ellen Sandweiss commence à deviner les cartes de ses colocataires et se retourne en Deadite flottant dans les airs, je me rappelle avoir été pétrifié devant l’écran. Mon corps semblait peser une tonne et je m’enfonçais dans le canapé. Mes yeux ne pouvaient cependant quitter l’écran. Je me demande même si j’aurais pu tendre un doigt vers la touche « Stop » de la télécommande. Aucun mot ne sortit de nos bouches pendant près d’une heure.

Seul le bruit d’une cuillère en inox tombant sur le sol carrelé de la maison nous fît sortir de notre torpeur. Nous avions calé une cuillère contre la porte d’entrée afin de détecter la venue indésirable des jeunes frangins dans le salon. Fausse alerte mais vraie pause dans notre transe horrifique. Pendant ce court instant, je réalisais que nous aussi, nous étions dans une maison isolée, près des bois. Allions-nous continuer à regarder le film ? Evidemment. À 13 ans, on a sa fierté. Notre tension nerveuse, elle aussi sur « Pause », reprit à la lecture de la cassette. Nous ne pouvions nous détacher du film et j’aurais été bien incapable de regarder ailleurs, comme un enfant figé sur son lit, persuadé que le croquemitaine est tapi dessous en attente d’attraper une main qui, involontairement, dépasserait.

Notre dialogue faussement détendu, qui brisa le silence à la fin de la projection, masqua très  maladroitement notre état. Nous avions eu une putain de sacrée trouille. Nous ne nous sommes pas baladés dans la forêt ce jour-là. Allez savoir pourquoi…


Evil Dead (1981) – Official Trailer [VO-HQ] par Eklecty-City

Evil Dead de Sam Raimi, avec Bruce Campbell, Ellen Sandweiss, Richard DeManincor, Betsy Baker

Partager