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Houba (ou pas)   (Critique de Sur la piste du Marsupilami, d’Alain Chabat)

Houba (ou pas) (Critique de Sur la piste du Marsupilami, d’Alain Chabat)

Le reporter télé Dan Geraldo (Alain Chabat) sur les traces du Marsupilami en pleine jungle de Palombie, escorté par le guide escroc Pablito (Jamel Debbouze), tandis qu’un vieux botaniste obsédé de jeunesse éternelle (Fred Testot) menace le légendaire animal. Comédie poussive et survendue. Un grand saut dans le vide pour le marsupial déglingo de Franquin.

Allons droit au but : j’ai trouvé ça nul. Nul ! Non, non, point de clin d’œil pourri de ma part à l’ex-bande de Chabat, époque bénie où l’ami Alain, flanqué de ses acolytes frénétiques, se montrait autrement plus brillant et inventif avec le dixième du budget tacos de ce …Marsupilami. Nul donc, je ne vois juste pas d’autre qualificatif pour le « Marsu ». Savoir que cette purge tutoyant l’Olympe de la feignasserie la plus crasse a coûté 40 patates me sidère et pire encore lorsque je relis, éberlué, les extraits critiques sur Allo Ciné qui m’avaient convaincu de lâcher 10,70€ dans cet étron de luxe. Florilège : « On en ressort hilare (…) Vivement la suite ! » (Excessif) ; « L’Humour décalé des Nuls imprègne le film de bout en bout (Le Parisien) ; « … bourré de trouvailles délirantes » (Le Figaro) ; « …imaginatif, drôle, bon enfant » ( !!!!! Les Inrockuptibles). Les critiques plus nuancées, de Libé à Télérama en passant par Le Monde (Le Monde !!!) ou Mad Movies, n’en recommandent pas moins d’aller se risquer à bondir en salles pour se manger du « Houba houba » sur 1h45. Hallucinant. Ces gens se sont trop gavés du peyotl vraisemblablement distribué dans les dossiers de presse à l’entrée des projos. Ou alors le capital sympathie d’Alain Chabat ratatine toute résistance.

Comment expliquer tant d’indulgence devant la paresse irritante de dialogues se reposant sur les pires jeux de mots dont même l’Almanach Vermot n’aurait pas voulu pour son édition 1972 ? Qui a bien pu se bidonner, au CNC ou ailleurs, devant des vannes aussi foireuses que « Qui ne saute pas n’est pas Paya », « Donne moi les clé-tos « (du niveau d’un Cuitas les bananas de Risoli, celui là), « Moustache gracias amigo », « Palompeu, Palombien » ou tant d’autres flatulences verbales que ma mémoire suppliciée préfère oblitérer ? Comment fermer les yeux sur la paresse, encore elle, d’un scénario étirant poussivement sur presque deux heures une intrigue même pas digne d’un téléfilm du lundi soir sur TF1 ? La colère suinte de ces lignes, mais parce que rien ne m’exaspère plus que la négligence arrogante des riches. Celle d’un réalisateur/producteur/scénariste/acteur, Alain Chabat, qui sait qu’avec son enveloppe confortable, la bienveillance naturelle du public pour le Marsu, la caution posthume de Franquin et les pitreries de Jamel Debbouze dans sa poche, il peut se contenter d’aligner une suite de gags faméliques enrobés de quelques beaux plans de jungle et les bonds de sa star en CGI pour créer l’événement. On sent bien que c’est mauvais mais, pas grave coco, c’est le Marsu, le cochon de payant viendra pointer son groin ! C’est bien simple, Chabat et son co-scénariste Jeremy Doner donnent l’impression d’avoir écrit ce film sur leur Ipad 3 entre deux parties d’Angry Birds Rio. Passe encore l’incohérence totale de l’évolution psychologique du vieillard incarné par Fred Testot, le statut de muchacha potichita de Géraldine Nakache, perdue en cours de route, ou le plaquage d’enjeux affectifs cache misère pour les personnages de Dan Geraldo ou Pablito. Mais une absence aussi éhontée du moindre effort dans les gags, tous basés sur la grimace, l’absurde gratuit, les rajouts de répliques en post-prod’ et des bouts de dialogues façon vannes entre potes de soirée, c’est simplement intolérable au vu des brouzoufs engagés.

Rutilant et bruyant mais sans rythme, sans âme ni grâce, survendu par son implacable plan promo et la tête de gondole de sa bestiole tâchetée, Sur la piste du Marsupilami présente les mêmes défauts qu’Astérix et Obélix Mission Cléopatre en pire ou de RRRrrr !!!, en à peine mieux. De l’esbroufe et des auteurs qui confondent comédie populaire et sketches bâclés pour tranche en clair sur Canal +, non-sens à la ZAZ et n’importe quoi de comptoir, burlesque et balourdise. Les enfants dans la salle ont certes ri, parfois, même pendant la consternante séquence où Jamel, enterré jusqu’au cou, se fait violer l’oreille droite par un chihuahua en rut. Oui, à lire comme ça, on rigole mais à l’écran c’est juste un peu gênant et tellement cloné sur les Farelly. Les gamins sont la cible de ce ratage bouffi me répondra-t-on. D’accord mais ils sont bien la seule, donc pourquoi m’a-t-on clamé un film pouvant aussi séduire les adultes ? Seul, in extremis, un ultime gag franchement drôle et furtif (ne le ratez pas !) parvient à clore cette sinistre farce juste avant le générique de fin. Trop tard. Le Marsu, par ailleurs visuellement bien laid dans son rendu final et montré plein pot trop vite, sans la queue d’un mystère, m’a déjà convaincu : je viens de voir la pire escroquerie montée en neige par les as du marketing depuis Des Serpents dans l’avion. Une exploitation de franchise aussi fade et laborieuse qu’un blockbuster hollywoodien sans inspiration. C’est Franquin qui doit sautiller de rage dans sa tombe, tiens…

End of transmission…

 

Sur la piste du Marsupilami, d’Alain Chabat (1h45). En salles. 

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