How to Get Away with Murder, Le Temps Replié

How to Get Away with Murder, Le Temps Replié

Jeudi dernier, ABC a diffusé le dernier épisode de How to Get Away with Murder avant sa longue trêve hivernale (retour prévu le 11 février). Au programme, une quarantaine de minutes de folie qui fait de la dernière production de Shonda Rhimes l’une des expériences télévisuelles les plus démentes du moment.

© ABC/Mitch Haaseth

© ABC/Mitch Haaseth

What Did We Do ?, titre du neuvième épisode, pourrait être un aveu des auteurs devant le monstre qu’ils ont créé. Nous nous étions préparés à assister à une débauche d’énergie brute comme le récit devait recoller au flash-forward mais étions-nous prêts ? Prêts à voir une narration aussi vicieuse dans ses enchaînements ? Prêts à voir les fils se démêler pour former un nouveau sac de nœuds ? Prêts à voir le temps se replier ? Peter Nowalk aime jouer avec ce temps. On jugeait ce penchant inoffensif en première saison, où le motif finissait par s’annuler à force de répétition, puis le procédé, répété en seconde, devenait plus ambitieux, plus clairvoyant sur ses intentions. D’efficace teasing, il s’est transformé en jeu de piste qui trouve sa résolution dans un neuvième épisode dingue, dément où l’on assiste à une sorte de jeu de massacre à coup d’effet domino. Vertigineux et abyssal.

La première partie de cette saison vient de révéler la narration palindrome. Voire la narration Möbius. Un récit qui ne possède ni début, ni fin, que l’on suit à rebours ou de façon plus ou moins linéaire. Sorte de spirale infinie où le spectateur, comme en hypnose, assimile des informations quasi subliminales. Au flash-forward ludique et aguicheur (qui a tiré sur Annalise ? Pourquoi ?), les auteurs ont dressé des miroirs afin d’exploser les points de vue et afficher un haut degré de perversion avec une fluidité insolente.

© ABC/John Fleenor

© ABC/John Fleenor

Les neufs premiers épisodes représentent les pièces d’un puzzle, avec, comme image finale, un cercle. Alors que nous pensions comprendre la signification de chaque élément distinct, la révélation bouleverse nos attentes. Et c’est fébrile, que nous nous prenons, violemment, une charge dramatique digne du passage d’un panzer. Le compte à rebours de 24 pourrait apparaître, nous ne serions pas surpris. Mais à la simultanéité du split-screen, Peter Nowalk préfère rembobiner l’action et la rejouer sous un nouvel angle. Le motif de la répétition ne ralentit jamais le rythme. Au contraire, elle l’accroît. Aucun répit n’est accordé aux spectateurs, englouti par ce récit qui rebondit de personnages en personnages, dans un climat électrique et hyper dramatique.

Enfin, comme si l’épisode ne pouvait se conclure sur la révélation du tireur, Nowalk balance un dernier coup qui redistribue tout le jeu. Un flash-back, simple et innocent mais qui impose une révolution au sens lunaire du terme. Encore ce motif du cercle, de l’infini qui parcourt toute cette seconde saison. Shonda Rhimes et Peter Nowalk ont créé un monstre à la narration folle et au temps flou. Un monstre où la fiction se célèbre, se réécrit, se consume, où l’histoire n’a, pour l’instant, ni début, ni fin. La seconde saison s’est élancée à un rythme infernal sur une route accidentée. Dans son mouvement paradoxal, chaque pas qu’elle effectue vers l’avant est un pas découvert en arrière. Le point initial recule comme la trajectoire s’allonge. Narration élastique…

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