Real Humans : la vie est un virus mortel (en direct de Séries Mania) par Alix Kerrest

Real Humans : la vie est un virus mortel (en direct de Séries Mania) par Alix Kerrest

Note de l'auteur

Par Alix Kerrest

Real Humans - Saison 2 Episode 4La suédoise Real Humans : 100% humain (Äkta människor, pour les intimes… et pour les suédois) revient sur Arte à partir du 15 mai et elle nous ramène immédiatement dans le vif du sujet : C’est quoi être humain ?

Dans un monde proche du nôtre, les humains possèdent de plus en plus de hubots. Ces robots humanoïdes assurent une main d’œuvre exemplaire. Ils facilitent la vie, réduisent les coûts et bouleversent, sans en être responsables, autant les dynamiques sociales que le quotidien des hommes. Sur cette toile de fond, la saison 1 de Real Humans nous invite à observer les difficultés d’intégration d’une minorité, les hubots, et à évaluer les limites de la capacité de tolérance et d’adaptabilité de la majorité, en l’occurrence nous, les  humains.

Au centre de l’intrigue, nous suivons une autre minorité dans la minorité : des hubots dotés de leur propre libre arbitre. Ils ont été crées par David Eischer, un informaticien cherchant à transcender la vieillesse et la mort par le biais du transhumanisme.  Incapables de trouver leur place et portés par un besoin de reconnaissance, le destin de ces hubots libres nous amène à questionner les frontières de la notion d’humanité et donc la définition même de celle-ci.

La saison 2 est l’occasion de plonger toujours plus loin dans ces questionnements existentiels.

real_humans2Dès la première scène, les humains cherchent à circonscrire les êtres dans des cases pré-établies. Pour expliquer la possibilité de hubots différents, sortant de leur définition initiale par leur indépendance, une femme, personnification anonyme de l’administration, explique que la séquence informatique responsable est sûrement un virus, rien de plus. Et là, mon cerveau de biologiste ne fait qu’un tour. Un virus : L’origine (potentielle) de la vie, rien de moins ! L’un des virus qui vient d’ailleurs sous-tendre cette hypothèse s’appelle le Mimivirus, comme Mimi, une hubot libre, truc de dingue non ?

Mais ce cadeau est quasi immédiatement accompagné de son poison. Un autre virus informatique touche les hubots et entraine lui aussi des manifestations de la vie : la perte de contrôle, la violence, la maladie et la mort.

Les frontières de l’humanité continuent donc à se dissoudre.

Lars Lundström, créateur de Real Humans, pousse plus avant le propos. Entre le « nous », humains (je suis personnellement humaine, si des hubots me lisent, il leur faut évidemment d’inverser le propos, j’espère qu’ils ne m’en tiendront pas rigueur) et le « eux », hubots, la limite est explosée par une nouvelle catégorie. Mais pourquoi s’arrêter à si peu ? La vie est-elle si simple ? En pleine analogie avec les difficultés contemporaines d’intégration des minorités (et la tragique montée de xénophobie, homophobie et autres intolérances de tous poils, en Suède comme en France), Lars Lundström rappelle que la différence est une richesse et que la nature a horreur du vide. Là où en regardant de loin on voyait une troisième catégorie d’individus apparaitre, il positionne la loupe pour mieux nous faire comprendre. Quand on accepte enfin de voir que la limite entre nous et eux n’est pas si claire, ce n’est pas une nouvelle catégorie qui apparait mais des dizaines. Ces individus divers et variés rassemblent les extrêmes en formant de proche en proche un large spectre (qui peut être vu comme une analogie de l’échelle de Kinsey dans le cas de l’orientation sexuelle).

Real_Humans

Les hubots tendent à devenir des humains comme les autres, mais la série en profite aussi pour analyser notre comportement à nous. Nous nous révélons, pour le meilleur ou pour le pire, dans le comportement de certains personnages. Nous sommes une petite fille qui n’arrive pas à accepter que le changement ne dépend pas d’elle. Nous sommes un groupe d’hommes qui profitent du statut des hubots pour les faire souffrir sans avoir de crise de conscience (rééditant ainsi l’expérience de Stanford). Nous sommes un homme désemparé devant la gestion informatique et robotique de son statut de ressource humaine. Les humains, tâtonnent pour s’adapter, réagissent au changement. Certains s’opposent, d’autres cherchent et parviennent (ou non) à connaitre, à comprendre, à s’identifier, à aimer les hubots.

Et avec tout ça, il ne faut pas oublier une chose importante. Real Humans est aussi tout simplement une série divertissante mêlant agréablement les destins particuliers de chacun de ces personnages et un fil rouge, ténu dans ce début de saison 2. Ses personnages nombreux et attachants continuent à se croiser et créer des liens, parfois surprenants.
Cette saison 2  de Real Humans réussit donc bien le job de continuer à porter l’ADN de la série : elle reste elle-même et pourtant évolue.

REAL HUMANS, Saison 2 (Äkta människor en VO) (SVT1)
créée par Lars Lundström
réalisée par Harald Hamrell et Levan Akin
Avec :  Lisette Pagler  (Mimi/Anita), Pia Halvorsen  (Inger), Johan Paulsen (Hans), Natalie Minnevik  (Matilda), Kåre Hedebrant (Tobias), Leif Andree (Roger), Marie Robertson (Bea), Josephine Alhanko  (Flash.Florentine)

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