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#Humeur : Quatre albums que vous ne pourrez (peut être) plus écouter Dimanche soir

#Humeur : Quatre albums que vous ne pourrez (peut être) plus écouter Dimanche soir

Au Daily Mars, on ne fait pas de politique. Pas le temps, trop de trucs plus marrants à faire… Avec nos petites chroniques hebdomadaires, on essaie de vous faire partager nos passions, du grand au petit écran, des pages qu’on tourne avec gourmandise comme tourne le vinyle d’un album génial sur une platine. On voyage avec vous, du manga japonais aux séries américaines, du death metal suédois au cinéma italien, sans parler des excentricités britanniques dans tous les domaines artistiques. Bref, on est ouvert sur le monde.

C’est obligé ! Cette petite chose qui s’appelle Internet grâce à laquelle vous lisez ces lignes a banni le concept même de frontières. La culture universelle, quel que soit votre pays, votre langue, votre couleur de peau, ce rêve fou des encyclopédistes du XVIIIème siècle est devenu réalité ! Enfin, presque pour tout le monde…

Il reste encore quelques endroits où s’érigent des murs virtuels, où des gouvernements estimant savoir ce qui est bon pour leur peuple censurent la toile, décident de quelle genre de culture les masses auront le droit d’avoir accès et généralement, les premières victimes de la purge sont des expressions culturelles en désaccord avec le pouvoir en place.

En Corée du Nord, en Russie, en Arabie saoudite, le point commun de ces régimes dictatoriaux est toujours le même, le pouvoir par la force. En latin fascio. Vous pourrez lui donner tous les noms que vous voudrez, l’habiller de parures religieuses ou d’idéologies politiques, la bestiole est bien celle que Bertolt Brecht qualifiait d’immonde, le fascisme.

Or, il ne vous aura pas échappé que dimanche prochain, là, dans deux jours, cette bébête pourrait bien se retrouver aux manettes de notre beau pays où juifs, musulmans, homosexuels et communistes courent toujours oserait-on dire en parodiant malicieusement Pierre Desproges.

Du coup, comme c’est systématiquement le cas lorsqu’un parti de ce type accède aux responsabilités, il faudra s’attendre à voir disparaître des rayons (et peut-être même du réseau) certains artistes, tout comme certains livres et journaux ont déjà subitement disparu des bibliothèques municipales des villes (avec deux L) tenues par les sécrétions dudit parti.

Voici donc un petit florilège des artistes en voie de disparition en mode playlist de la fin d’un monde, afin de rappeler à nos chers lecteurs, aux miens en tous les cas, que le droit de vote ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Ou mal.

Bérurier Noir – Viva Bertaga (1990)

La carrière de Bérurier Noir est indissociable du climat un peu délétère qui régnait à Paris au début des années 80. Peu s’en souviennent mais c’est à ce moment-là que le mouvement skinhead était le plus virulent et surtout visible. Et face aux crânes rasés, les punks faisaient figure de ligne de front, dans tous les sens du terme. Ce témoignage live de Béru enregistré à l’Olympia en 1990 contient en son sein les pires cauchemars de l’extrême droite, ouverture aux immigrés (Ibrahim), rejet de la peine de mort (La Mort au choix), de la colonisation (Vietnam Laos Cambodge), internationalisme (Manifeste) et bien sûr une charge de mule contre le Front National (Porcherie) qui fera les beaux jours des manifestations jusqu’à aujourd’hui.

Suprême NTM – Authentik (1991)

Autre épouvantail à fachos, le hip-hop français au premier rang duquel Suprême NTM tient une place de choix. Dès 1991 et leur premier album Authentik, le groupe de Joey Starr et Kool Shen choisit ses cibles et vise juste. Blanc et Noir nous l’explique sans prendre de gants, « Farrakhan ou Le Pen même combat pour la haine », mettant en parallèle les idées de ce proche de Malcolm X avec le discours du cyclope de Saint Cloud, histoire de démontrer que si l’ordure peut avoir plusieurs couleurs, son odeur reste la même. Ils seront encore plus diserts sur le sujet quelques années plus tard avec le titre évocateur, Plus jamais ça. S’ils avaient su…

Raggasonic (1995)

Avec Raggasonic, on atteint le stade suprême du repoussoir. Pensez-donc, issus de l’immigration, Noirs donc, repris de justice, drogués et fiers de l’être, Big Red et Daddy Mory dissimulent derrière une musique ragga dancehall souvent joyeuse et festive une virulence extrême. Si la plume est plus fort que l’épée, Raggasonic préconise d’utiliser les deux pour faire passer leur message, illustré parfaitement par le titre Bleu, blanc, rouge qui ne s’embarrasse pas de métaphores.

Les Frères Misère (1996)

Emmené par le regretté Mano Solo accompagné de ses anciens compères des Chihuahuas, Les Frères Misère n’ont sorti qu’un album mais quel album ! Délaissant ses sujets de prédilection romantico-mélancoliques, le fils prodige du dessinateur Cabu embrasse l’esprit de Charlie Hebdo qui coule dans ses veines pour nous offrir un brûlot punk aux textes sans équivoques. « Dans un pays d’extrême droite, on se torche avec les doigts, y’a plus de journaux pour ça » (On vous aura prévenus), c’est assez clair comme message ? Et de conclure « Il ne suffit pas de gueuler plus jamais ça et tranquillement rentrer chez soi alors que lui, il va voter », comme un avertissement qui résonne terriblement fort aujourd’hui…

Et après ?

On pourrait continuer cette liste à l’infini, tant le nombre d’artistes qui ont porté le combat contre la flamme tricolore sont nombreux… Terminons donc par le pote Renaud qui n’a jamais caché son hostilité envers toutes les idéologies fascisantes au travers de nombreux textes mais qui a résumé le problème dans une chanson (La Médaille) traitant d’autre chose ou presque. Méditons un instant sur ce petit couplet avant de regretter d’avoir été à la pêche dimanche prochain.

Un couple d’amoureux
S’embrasse sous les yeux
Du Maréchal de France
Muet comme un vieux bonze
Il restera de bronze
Raide comme une lance
Maréchaux assassins
L’amour ne vous dit rien
À part bien sûr celui
De la Patrie hélas
Cette idée dégueulasse
Qu’à mon tour je conchie

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