I Origins : l’interview d’Astrid Bergès-Frisbey !

I Origins : l’interview d’Astrid Bergès-Frisbey !

Note de l'auteur
Astrid Bergès-Frisbey : du blockbuster Pirates des Caraïbes - La Fontaine de Jouvence au film indé I Origins, elle est la nouvelle frenchie sur laquelle ont fondu les Américains.

Astrid Bergès-Frisbey : du blockbuster Pirates des Caraïbes – La Fontaine de Jouvence au film indé I Origins, elle est la nouvelle frenchie sur laquelle ont fondu les Américains.

Nous l’avons rencontrée lors du dernier festival du cinéma américain de Deauville, où l’actrice venait faire la promotion du film I Origins, de Mike Cahill (en salles depuis le 24 septembre). Future grande en herbe, l’actrice de 28 ans aux yeux revolver (qui ont terrassé le mogul Brian Grazer le jour même de notre interview) se construit pour l’instant une carrière essentiellement étrangère, en attendant plus de rôles en France… Voici notre interview d’une comédienne qui ne manque pas de caractère. Lisez par vous même !

Rappel synopsis de I Origins :

Sur le point de faire une découverte scientifique, un médecin part en Inde à la recherche d’une jeune fille qui pourrait confirmer ou infirmer sa théorie. Le film retrace le voyage incroyable qui va relier des individus totalement différents, et prouver que la science et les sentiments ne sont pas deux univers séparés…

I-origins-film-1Née à Barcelone, la comédienne franco-espagnole Astrid Bergès-Frisbey promène son beau visage sur les écrans depuis 2007. On l’a découverte dans Un barrage contre le pacifique du cinéaste cambodgien Rithy Panh (d’après le roman de Marguerite Duras) où, pour son premier rôle au cinéma, elle jouait la fille d’Isabelle Huppert et la sœur de Gaspard Ulliel. On la retrouve en 2009 dans une comédie à succès, La première étoile (Grand Prix du jury et Prix du public au Festival de l’Alpe d’Huez). Puis en 2011 dans La fille du puisatier, le premier long métrage réalisé par Daniel Auteuil, où elle tient le rôle-titre de cette adaptation de Pagnol.

Hollywood fait ensuite les yeux doux à la frenchy : son joli minois retient l’attention de Rob Marshall qui, en promo à Paris pour la sortie de sa comédie musicale Nine, tombe sur une photo d’elle dans Studio Ciné Live (en février 2010, le magazine avait réalisé, en partenariat avec l’Académie des César, un portfolio avec seize jeunes espoirs du cinéma français). Alors qu’elle ne parle pas anglais, Astrid passe des essais à Los Angeles et décroche le rôle de la sirène en chef du quatrième volet de Pirates des Caraïbes : la fontaine de jouvence, où elle partage l’affiche avec Johnny Depp et Penélope Cruz !

ioriginscoupleDe passage au Festival du Film Américain de Deauville avec son réalisateur, Mike Cahill, pour défendre en compétition son dernier film I Origins (sorti en salles depuis mercredi), l’actrice qui monte a accordé vingt minutes au Daily Mars pour parler avec passion de ce thriller romantique et métaphysique. Elle incarne en effet dans I Origins (lire “eyeˮ) une mystérieuse femme enfant, Sofi, qui croit en la réincarnation et aux vies passées, et dont un scientifique (Michael Pitt) tombe éperdument amoureux.

Pour les besoins du film, son personnage devait avoir des yeux incroyables, reconnaissables entre mille. Ça tombe bien, Astrid Bergès-Frisbey possède une particularité génétique rare – l’hétérochromie – qui lui confère des iris de plusieurs couleurs. Ses yeux dans le film n’ont subi aucun trucage d’aucune sorte. Ils associent naturellement ces teintes de gris et de bleu tirant sur le vert.

Face à ces troublantes mirettes qui ont fait fondre le producteur Brian Grazer passant à proximité (invité du Festival dans le cadre d’un hommage à sa carrière et aussi pour la promo de Get on up), votre serviteur lui-même hypnotisé a pensé in extremis à presser la touche « record » de son enregistreur, pour recueillir les propos d’une actrice au caractère bien trempé. Action !

DAILY MARS : Après Pirates des Caraïbes : La Fontaine de jouvence, où vous incarnez une petite sirène, comment avez-vous été amenée à travailler sur une autre production américaine, I Origins de Mike Cahill ?

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ASTRID BERGES-FRISBEY : Mike m’a envoyé le scénario par le biais de mon agent, en me disant qu’il voulait me rencontrer. L’acteur Michael Pitt lui avait parlé de moi. J’ai lu le script et ça m’a complètement scotchée ! Je souhaitais absolument le rencontrer, mais malheureusement je devais partir deux jours plus tard en vacances en Argentine. On s’est donc parlé le lendemain par Skype. On a discuté pendant trois heures du film et de mon personnage, de la façon dont nous aimions travailler… On a ensuite dérivé sur les thèmes du film – la vie, la mort –, bref, on a refait le monde sur Skype ! C’était un peu avant Noël et le tournage débutait mi-janvier. Mike m’a demandé de faire des essais sur Skype, mais je n’avais pas assez de Wi-Fi pour ça : j’étais en Argentine, au beau milieu du désert, totalement désespérée de ne pouvoir répondre à sa demande ! Mais il m’a fait confiance et j’ai finalement atterri sur I Origins.

Aviez-vous vu Another Earth, son premier long métrage, qui était déjà une fable métaphysique ?

A B-F : Je l’ai visionné juste après lui avoir parlé. Je l’avais raté au moment de sa sortie en 2011. J’aime les réalisateurs qui ont une vraie patte. Et Mike possède un style qui n’appartient qu’à lui. Another Earth m’a permis aussi de découvrir le travail de Brit Marling, qui tient le premier rôle féminin dans ce film, mais l’a également écrit et produit. On la retrouve d’ailleurs dans I Origins. Sa complicité avec Mike date de plus de dix ans, car ils se sont rencontrés à l’Université de Georgetown.

I-Origins (1)Il y a un certain mysticisme dans le cinéma de Mike Cahill. On parle beaucoup de mort et de spiritualité dans I Origins, qui aborde le thème de la réincarnation. Vous avez perdu votre père alors que vous étiez adolescente. Et dans Juliette, sorti l’an passé, vous interprétez aussi une jeune femme dont le père (Féodor Atkine) est gravement malade. Êtes-vous traversée parfois par un sentiment religieux ?

A B-F : Moi… heu… en fait, ça me fait toujours bizarre de répondre à ce genre de questions en interview (un peu troublée – ndlr). Lorsqu’on a vécu la mort de quelqu’un de très proche, il est vrai que l’on se pose forcément davantage de questions existentielles. Je ne suis pratiquante d’aucune religion, mais j’ai beaucoup de respect pour toutes les croyances. Cette notion de respect est, à mes yeux, fondamentale. Je suis d’ailleurs quelqu’un qui aime la nature et les animaux. Ma spiritualité se situe à ce niveau-là.

Et Mike Cahill ?

A B-F : Mike est autant fasciné par la science que par la spiritualité. Il est tout sauf manichéen et moralisateur. I Origins est une œuvre qui invite à la réflexion et pose des questions universelles. Chacun est libre d’interpréter les événements du film comme il l’entend. Il a d’ailleurs le mérite de provoquer des débats au sein du public. J’ai même vu des gens qui ne se connaissaient pas en parler entre eux dans un restaurant.

I-originsQue vous inspire le proverbe “Les yeux sont le miroir de l’âme” ? Je vous demande ça parce que le film prend pour thème principal le regard, justement.

A B-F : Je suis d’accord avec ce proverbe. Les anglo-saxons disent plutôt “Les yeux sont une fenêtre sur l’âme”, mais ça signifie la même chose. On peut lire le caractère et les sentiments d’un individu dans ses yeux. Ils reflètent les émotions. Ce que Mike montre dans le film est d’ailleurs incroyable mais vrai : l’Inde est l’un des premiers pays au monde à scanner les yeux des gens.*

Il y a aussi la fameuse séquence où Michael Pitt voit, partout autour de lui, le signe du chiffre 11. Ça m’a rappelé ce thriller avec Jim Carrey, Le nombre 23.

A B-F : Ce qu’il y a de drôle avec cette histoire de chiffre 11, c’est que le film a été présenté au Festival de Deauville le 11 septembre, à 11 heures du matin. On était le 11ème film en compétition et je pense qu’on a dû débuter la projection vers 11h11. Incroyable, non ?

Carrément ésotérique. Sur I Origins, j’ai l’impression – sans trop spoiler – que Mike Cahill signe aussi une sorte de variation autour de Vertigo (Sueurs froides, 1958) d’Alfred Hitchock. Je me trompe ?

A B-F : Je crois qu’il adore Hitchcock, en effet, mais c’est une question qu’il faudra lui poser !

Astrid en sirène dans Pirates des Caraïbes - la fontaine de jouvence, de Rob Marshall

Astrid en sirène dans Pirates des Caraïbes – la fontaine de jouvence, de Rob Marshall

Comment êtes-vous perçue aujourd’hui à Hollywood ? Avez-vous reçu d’autres propositions après ce film indépendant produit par Fox Searchlight ?

A B-F : Je n’ai jamais été dans la démarche de vouloir tourner à tout prix des blockbusters aux États-Unis. Je n’ai pas envie de faire n’importe quoi, sous prétexte que ça se passe de l’autre côté de l’Atlantique. En février, j’attaquerai le tournage en Angleterre de Knights of the Roundtable : King Arthur de Guy Ritchie (Sherlock Holmes) dans lequel j’interprète Guenièvre, la femme du Roi Arthur, joué par Charlie Hunnam (Pacific Rim). Je viens aussi de faire deux films en Espagne, et un en Italie avec Elio Germano (prix d’interprétation masculine à Cannes en 2010 pour La Nostra Vita), dirigé par Claudio Cupellini.

Le producteur américain Brian Grazer a, en tout cas, totalement flashé sur vous à Deauville. Il a d’ailleurs demandé à son assistante de vous approcher. On a été témoin de cette scène insolite.

A B-F : On a juste discuté, on verra bien pour la suite. Il m’a juste dit qu’il adorait la France et qu’il avait tourné à plusieurs reprises dans notre beau pays (notamment à l’occasion du tournage de Da Vinci Code, N.D.A.). C’était une discussion assez générale, un peu étrange d’ailleurs.

Quand le magazine féminin Grazia vous met en couv’ fin août en titrant : “Astrid Bergès-Frisbey, la nouvelle Marion Cotillardˮ, vous le prenez comment ?

A B-F : Je trouve ça bizarre de nous comparer. Je ne suis pas certaine qu’elle le prenne bien ! Notre carrière n’a rien à voir. Marion a commencé à tourner beaucoup aux États-Unis après son Oscar pour La môme. Alors que moi, je n’ai jamais reçu de prix de ma vie ! Je l’ai trouvée incroyable dans The Immigrant de James Gray. Elle dégage quelque chose de très spirituel.

Propos recueillis par David Mikanowski à Deauville le 12 septembre 2014.

I Origins, de Mike Cahill (USA, 2014). 1h47. Avec Michael Pitt, Brit Marling, Astrid Bergès-Frisbey, William Mapother, Steven Yeun, Archie Panjabie. Distribution : Twentieth Century Fox. Sortie le 24 septembre.

* L’Inde a en effet engagé un vaste programme pour scanner l’iris de tous ses citoyens : Aadhaar – lancé en 2009 et connu officiellement sous le nom de Unique Identification Authority of India (UIDAI) – est probablement le plus ambitieux des projets de reconnaissance biométrique existant sur notre planète. Le gouvernement met sur pied une base de données qui concernera plus d’un milliard d’humains.

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