Improbable enlèvement, critique de False Flag saison 1

Improbable enlèvement, critique de False Flag saison 1

Note de l'auteur

Canal+ débute l’année avec deux séries d’horizons moins courants (ni anglophones, ni francophones) qui ont en commun d’avoir, toutes deux, été distinguées lors de la dernière édition du Festival Séries Mania. Avant l’Allemande Deutschland 83 (11 janvier), les abonnés pourront ainsi découvrir False Flag (7 janvier), un thriller israélien efficace même si non exempt de quelques raccourcis.

Kidnapping. Tout commence par le ballet des chaînes d’information. Le ministre iranien de la Défense est enlevé dans une chambre d’hôtel alors qu’il séjournait à Moscou. Les autorités russes publient les images des caméras de surveillance montrant un commando bien organisé, réalisant le kidnapping après avoir pulvérisé du gaz dans la chambre.
Mais plus étonnant encore, les russes n’hésitent pas à rendre public les identités des cinq ressortissants israéliens impliqués. Le Mossad, le service de renseignement israélien, est pointé du doigt mais False Flag nous propulse au plus près de ces cinq fameux suspects. Un père de famille inoffensif, une jeune femme obnubilée par son imminent mariage, une enseignante d’anglais plutôt réservée, une employée de crèche pour le moins nonchalante et un globe-trotter hippie de retour d’Inde formeraient cette équipe de choc ?! Peu probable, et pourtant, le comportement de chacun soulève des questions…

Le spectre Hatufim. Un thriller paranoïaque en provenance d’Israël, avec Ishai Golan dans l’un des rôles principaux de surcroît ?! Oui, il est difficile de ne pas penser à Hatufim (Prisonniers de Guerre, 2 saisons déjà diffusées sur Arte), autre production de Keshet International. False Flag reprend également la structure d’ensemble de son aînée en partant d’un fait de récit extraterritorial pour bouleverser le quotidien de citoyens “ordinaires”.
Les deux séries se séparent toutefois aux niveaux de leurs enjeux secondaires. Là ou Hatufim s’intéresse à l’antagonisme avec les pays voisins (Liban, Syrie) et le retour à la vie après une captivité éprouvante, False Flag se contente essentiellement de déployer un complot.

Fait d’actualité. Alors qu’il était journaliste (pour Maariv), Amit Cohen avait été frappé par l’assassinat d’un leader du Hamas à Dubaï (survenu en janvier 2010). Si ce type d’opérations est habituellement très discret, celle-ci avait mis au grand jour les “doublons” de passeports utilisés par l’équipe d’espions. Depuis, Cohen s’est toujours demandé comment les véritables personnes dont les identités avaient été usurpées, avant d’être rendues publiques, avaient bien pu réagir en apprenant la nouvelle.
Avouons le, c’est là tout le sel de False Flag. Ces Madame et Monsieur tout-le-monde se trouvent projetées au milieu d’un tourbillon et, ce faisant, le processus d’identification fonctionne à plein régime pour le téléspectateur.

Magi Azarzar (Natalie Elfassia) © Keshet International, All Rights Reserved

Magi Azarzar (Natalie Elfassia) © Keshet International, All Rights Reserved

Minimalisme. Les productions israéliennes fonctionnant avec des budgets restreints et, par voie de conséquence, avec des délais très courts, la mise en scène est réduite à sa plus simple expression. Cette simplicité n’empêche pas une certaine ambiance pesante, de rigueur, et un dynamisme intéressant.
On regrettera néanmoins que l’effort formel soit si maigre. L’autre série dramatique israélienne présente au dernier Festival Séries Mania (Sirens) montrait de belles choses dans ce domaine, notamment en dehors des environnements citadins.
La distribution s’avère, par contre, tout à fait convaincante. Ishai Golan (Ben Raphael) est parfait dans le rôle du père de famille dépassé. Magi Azarzar (Natalie Elfassia) est à nouveau remarquable avec un personnage très différent de celui qu’elle interprète dans Sirens. Même Mickey Leon (Eitan Kopel) se distingue dans un rôle d’ours pourtant peu amène.

Science du suspens. Malgré un récit inspiré de faits réels (seul le point de départ est repris ici), False Flag ne s’embarrasse pas vraiment d’une trop grande authenticité. Les réseaux informatiques des forces de l’ordre locales semblent apparemment très faciles d’accès et tout ce beau monde semble très naturellement versé aux rudiments du hacking.
Il n’en reste pas moins que False Flag conserve cette virtuosité à projeter de simples individus dans un maelström savamment orchestré. Au fond, c’est exactement ce qui distingue aujourd’hui ce pan décomplexé de la fiction israélienne (que l’on peut, à bien des égards, rapprocher du polar scandinave). Cette faculté à construire intelligemment après et autour d’une situation de départ relativement classique.
Du reste, False Flag a non seulement été acquise dans l’optique d’un remake (Fox), mais son acheteur s’est aussi offert ses droits de diffusion. Cette science du suspens ne laisse visiblement personne indifférent.

A lire aussi, notre entretien avec Maria Feldman, productrice de la série !

FALSE FLAG (KFULIM) SAISON 1 (Aroutz 2/Israël)
8 épisodes à partir du jeudi 7 janvier sur Canal+ à 20h55 (2 ép. / soirée).
Créée par : Maria Feldman et Amit Cohen.
Réalisée par : Oded Ruskin.
Produite par : Maria Feldman and Liat Benasuly.
Avec : Ishai Golan, Magi Azarzar, Angel Bonanni, Ania Bukstein, Orna Salinger, Mickey Leon, Moris Cohen et Roy Assaf.
Musique originale par : Gilad Benamram.
False Flag a obtenu le Prix du Public à la dernière édition du Festival Séries Mania exæquo avec Olive Kitteridge (HBO/OCS)

Crédits photo : © Keshet International, All Rights Reserved

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