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Edito : l’INA, la SVOD et la Préservation de notre Patrimoine Télévisuel

Edito : l’INA, la SVOD et la Préservation de notre Patrimoine Télévisuel

Quand certains tentent encore de mesurer les retombées de Netflix en France, un nouvel acteur vient faire son apparition sur le marché de la SVOD (vidéo à la demande par abonnement) : l’Institut National de l’Audiovisuel (INA). Le site proposait, jusqu’à présent, d’acquérir ses archives de façon unique (ou par pack). Il est désormais possible d’avoir accès au catalogue moyennant la somme de 2.99€ par mois. Ainsi, plus de vingt mille programmes sont disponibles et il faut s’attendre à une centaine supplémentaire chaque mois, nous promet l’INA. La mission de ce service public est importante et avec cette évolution, elle donne un accès privilégié à l’histoire de notre télévision. Parce qu’il ne répond pas à des soucis de rentabilité, l’INA peut se concentrer sur notre patrimoine sans craindre une désaffection générale du service. Trente mille personnes achètent des programmes chaque mois et le site compte près de trois millions de visiteurs uniques. Preuve, malgré tout, que l’histoire intéresse un public en demande.

Outre la possibilité de revoir de vieilles émissions comme Cinq colonnes à la une, de replonger dans notre enfance avec L’Île aux enfants, voire de revivre quelques événements sportifs (notamment des matchs de Roland Garros), le spectateur peut choisir de (re)découvrir notre patrimoine télévisuel et remarquer combien notre culture série est ancienne et fournie. Et c’est ainsi que l’on mesure le privilège qu’apporte un tel service : aborder la sériephilie par le prisme de l’Histoire et comprendre les évolutions d’un art qui a plongé dans une sorte d’anonymat amnésique au fil des ans avant de se découvrir une nouvelle jeunesse.

l-abonne-de-la-ligne-uINA Premium donne accès aux classiques que sont Thierry la Fronde, Arsène Lupin, Les Rois maudits, Belphégor, Vidocq, Les Cinq Dernières Minutes, Belle & Sébastien (et ses suites plus ou moins heureuses), mais également des curiosités plus confidentielles comme L’Abonné de la ligne U (série policière qui tentait de concurrencer le commissaire Bourrel, sur la seconde chaîne de l’ORTF), Les Aventures de Michel Vaillant (adaptation de la célèbre bande dessinée) ou La Princesse du rail (mélo historique pendant l’épopée du chemin de fer français au 19ème siècle). Et montrer à quel point la fiction française pouvait être riche dans les genres et les formats (des épisodes de 15 minutes pour L’Abonné de la ligne U ; 26 minutes pour Les Aventures de Michel Vaillant,…).

Cette possibilité de regarder dans le rétroviseur, de voyager dans le temps est indispensable à plusieurs niveaux, notamment pour la critique. Il ne s’agit pas de (re)valoriser un patrimoine national en manque de reconnaissance mais de s’appuyer sur celui-ci pour comprendre les formes d’aujourd’hui et mesurer l’évolution d’une fiction française qui a manqué quelques étapes dans son développement. Et l’on ne peut que regretter qu’un tel service n’existe pas (encore) aux Etats-Unis ou en Angleterre tant il est de plus en plus important, aujourd’hui, de révéler le patrimoine mondial. La série n’a jamais atteint un tel engouement médiatique comme public. L’occasion de rappeler qu’elle n’a pas débuté à l’aube des années 2000, n’a jamais été aussi belle. Célébrons un art bien plus antérieur que certains voudraient le croire ou le vendre. Et faisons en sorte que la vague de remakes (ou reboots) ne viendra pas enterrer ou remplacer un héritage qu’il faut absolument préserver.

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