EDITO : insignifiance vitale

EDITO : insignifiance vitale

Chères et chers tous,

Notre site repart de plus belle depuis ce matin après trois jours d’interruption suite aux attentats du 13 novembre. Pas de posture de notre part, juste le besoin instinctif de poser nos stylos. Ou plutôt faire taire nos claviers, le temps de reprendre nos esprits après toute cette innommable violence, tous ces témoignages déchirants qui nous transpercent de part en part depuis trois jours. Quelle horrible année 2015 décidément… Mais même si nous serons tous collectivement marqués à jamais par ces événements, qui hélas précéderont sans doute d’autres tragédies, la vie reprend toujours ses droits. Toujours. Je sais, j’enfonce une porte ouverte, vous le savez déjà.

Aussi futiles et insignifiants que nos sujets de prédilection puissent paraître à côté de ce drame, nous devons au plus vite nous débarrasser de toute culpabilité : écrire sur ces thèmes, sur le cinéma, les séries, les jeux vidéo, les comics, les livres, les mangas et la japanim’, bénévolement qui plus est, peut certes sembler bien dérisoire en pareilles circonstances. Ça l’est. Et c’est quand même capital. Nos vies quotidiennes de fans, même lors des pires catastrophes, reposent inextricablement sur nos passions, nos émerveillements, nos coups de gueule d’ados éternels, notre capacité à chérir et défendre les artistes engagés dans la noble cause du divertissement, notre BESOIN d’enchantement et d’évasion. Notre bonne vieille pop culture rend, elle aussi, nos vies heureuses. Elle relativise nos solitudes, nous connecte les uns aux autres, nous fait frissonner, échanger, rire, réfléchir et pleurer.

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Prendre un verre en terrasse ou aller à un concert de rock nous semblaient des actes de pur divertissement sans conséquence, jusqu’à ce funeste vendredi. Face à une armée de barbares dégénérés engagés dans une guerre d’apocalypse contre nos valeurs les plus élémentaires, nous savons, comme d’autres pays en guerre l’ont su avant nous, à quel point il peut s’agir désormais d’un acte de résistance. Même combat pour un webmag comme le nôtre, aussi confidentiel et léger soit-il. Alors, on va vite sécher nos larmes, respirer un bon coup, dire et redire à nos proches à quel point on les aime très fort. Et puis, on va aller voir des films, déambuler dans des salons de jeux vidéo ou festoyer à des festivals quels qu’ils soient. Et on va en parler. Juste pour contribuer, à notre tout petit niveau de Daily Martiens, à l’inébranlable doigt d’honneur national que nous nous devons tous d’adresser aux salopards porteurs de mort. Nous voilà donc repartis en rangs serrés, le cœur lourd mais l’envie intacte et déterminée, sur le front de l’insignifiance vitale. Écrire sur nos passions, même battus par les flots.

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