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Intelligence artificielle (critique de Computer Chess d’Andrew Bujalski )

Intelligence artificielle (critique de Computer Chess d’Andrew Bujalski )

Note de l'auteur

Computer ChessComputer Chess est typiquement le genre de film qui attise la curiosité tant par le postulat de départ que par la forme. Avec ce genre de projet, on peut faire face soit à un petit film de SF malin (Primer), soit à une arnaque totale (Another Earth, Bellflower). Ici, Andrew Bujalski nous propose un petit voyage dans les années 80, sur fond de tournoi d’échec et d’intelligence artificielle naissante, le tout filmé en vidéo dégueulasse d’époque. Or si la forme est particulièrement réussie, le fond, lui, reste désespérément creux.

Ce qui frappe dès les premières minutes, c’est la précision avec laquelle Bujalksi orchestre sa reconstitution. En naviguant entre le mockumentary et le film amateur, le réalisateur parvient à nous plonger en plein cœur de son univers et ça marche. C’est simple, on s’y croirait. Que ce soit par l’aspect de l’image vidéo que par celui des costumes, des visages, des accessoires ou du jeu des acteurs, rarement un film avait autant réussi à gommer l’artifice au point d’en devenir particulièrement bluffant. Bujalski ne se contente pas d’une reconstitution factuelle à base de postiches et d’accessoires. Il pousse le vice jusqu’à concevoir ses plans comme un vidéaste amateur ou un étudiant en cinéma aux moyens relativement limités. Effets de transparence à gogo, cadrages incertains, montage laborieux, prise de son en direct, c’est le frisson garanti pour tous ceux qui ont connu les affres du V2000.

D’autant que dans sa première partie, Computer Chess a tout de la VHS fauchée mais éminemment sympathique. Cet univers de concurrence féroce entre super geeks de la première heure, membres du Caltech ou du MIT, rêvant tous secrètement d’être repérés par le Pentagone, est le terreau idéal pour construire un scénario aux petits oignons. Petit à petit, ce qui paraît être un mockumentary très bien fait, prends des allures de film d’anticipation et du moment où l’un des protagonistes s’aperçoit que son programme fait exprès de perdre, on se dit qu’on va droit vers le petit bijou.

Computer Chess02Manque de bol ou de courage, Andrew Bujalski fait machine arrière en seconde partie pour se retrancher dans la petite étude de mœurs complètement vaine et sans intérêt. En introduisant un groupe de thérapie sexuelle qui vient interférer avec le tournoi, Computer Chess prend la tangente facile du truc faussement loufoque et véritablement emmerdant. La forme, auparavant si sympathique, en devient pour le coup quelque peu prétentieuse. On passe du petit bijou à l’escroquerie cinématographique piloté par un gars qui se croit plus malin que les autres. Bujalski tente de brouiller les cartes en enchaînant des scènes sans réels rapports (alors que le début était limpide), mais en vérité, il a toutes les peines du monde à faire avancer son histoire de manière cohérente et surtout intéressante.

L’ennui lance son assaut final, rien ne viendra sauver Andrew Bujalski de l’abîme de vide dans lequel il s’est lui-même foutu. Pas même la fin qui se voudrait intelligente et étrange, mais qui ne fait que montrer toute l’étendue du désastre. En définitive, Computer Chess est un demi film dont la seconde moitié reste à faire. C’est le souci avec ce genre de projet, on voit souvent ce que ça aurait pu devenir si seulement le réalisateur avait fait le bon choix. Et la déception n’en est que plus amère, car même si l’on en n’attendait rien, on n’y a quand même cru.

 

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