#Interview Amanda Palmer et Edward Ka-Spel : rencontre entre gothique et psychédélique

English version below

Nous vous en avions parlé il y a quelques semaines. Amanda Palmer est de retour dans les bacs, et en concert, accompagnée par Edward Ka-Spel, des Legendary Pink Dots.

Amanda Palmer, vous vous en souvenez ? Nous vous en avions parlé. Déjà à l’occasion de la sortie de son livre, puis dans une première interview en solo. Là voilà de retour sur scène, accompagnée d’un des héros de son adolescence, Edward Ka-Spel. Ensemble, ils ont non seulement créer un album complètement hors norme, mais sont aussi en tournée, et arriveront à Paris ce dimanche 11 juin pour un concert à La Cigale. L’occasion pour le Daily Mars d’une petite interview avec les deux musiciens.

(Attention, chaque interview a été réalisée séparément, mais les questions posées ayant été les mêmes, nous avons préféré publier les réponses dans un seul et unique papier).

Daily Mars : Avant toute chose, que pouvez-vous nous dire sur la genèse de cet album ?

Edward Ka-Spel : Je connais Amanda et sa musique depuis qu’elle a commencé à jouer, dans les années 90’s. Je l’ai toujours soutenue, parce qu’elle est très douée. En 2003, je faisais une tournée en solo, aux États-Unis. C’est d’ailleurs la seule tournée solo que j’y ai jamais faite. Amanda m’a proposé de faire la première partie de mon spectacle, avec les Dresden Dolls. Je lui ai répondu : »bien sûr, pourquoi pas ». Et je l’ai vu jouer avec Brian. C’était incroyable, un groupe si enthousiasmant et différent. On s’est dit qu’on devrait peut-être faire quelque chose un de ces quatre. Cette idée n’a cessé de revenir de temps à autres, à chaque fois que l’on se rencontrait. Et puis les Dresden Dolls sont devenus très connus et Amanda a alors demandé aux Dots de faire la première partie des Dresden Dolls (rires).

Amanda Palmer : Edward Ka-Spel est mon héros de l’écriture de chansons. Son groupe était mon favori quand j’étais adolescente et qui ne voudrait pas faire un album avec son héros ? Donc je n’ai jamais réfléchi à pourquoi jouer avec lui, j’avais juste envie de le faire. Je sais aussi qu’Edward est une personne magnifique et plus je vieillis, plus je fais des collaborations et plus je me rends compte de ce dont j’ai vraiment envie de faire : réaliser de la musique avec des personnes que j’apprécie et avec qui j’aime passer du temps, des personnes que j’ai envie de connaître mieux, avec qui je pourrai devenir amie. Je ne travaillerai plus avec des gens que je n’apprécie pas. Cela n’a pas toujours été le cas, j’ai aussi pensé stratégie et créativité, travaillé avec les gens dont j’avais envie ou pas… Et puis, je suis arrivée, quelque part dans mes trente ans, au point où je me suis dit : « la vie est trop courte pour travailler avec des gens que je n’ai pas envie de connaître mieux. »

Crédit : Patric Carver

E. K. : Il y avait une véritable volonté de faire un album ensemble de part et d’autre. Nous avons d’abord essayé en 2015 et Amanda est venue chez moi pour trois heures à peu près. Nous avons enregistré The Jack of Hands. Nous avions prévu encore un mois d’enregistrement, mais le lendemain, Amanda a appris que son meilleur ami était en train de mourir à Boston. Elle est arrivée à la station, en larmes, elle était enceinte de sept mois, bouleversée. Elle m’a dit qu’elle devait retourner à Boston, maintenant, dans le prochain avion. Je lui ai répondu qu’elle devait bien entendu faire ce qu’elle avait à faire. Un an est passé. Elle m’avait bien dit qu’elle serait de retour, que nous ferions cet album. Elle a tenu parole.
Je pense que cet album est encore meilleur à cause de cette année entre deux, parce qu’à partir du moment où nous avons commencé à enregistrer cet album chez Imogen Heap, nous étions tellement prêts. Il y avait des papiers avec des paroles gribouillées sur la table, on s’envoyait des mails avec des idées de paroles, des choses comme ça. C’était incroyable parce que ça a vraiment bien fonctionné.

A. P. : Je pense que nous avons dû passer dix ans à parler de faire cet album. Nous avions prévu de l’enregistrer une première fois, et annuler le tout, puis une seconde fois et encore dû l’annuler à cause de la mort de mon ami… Quand finalement nous nous sommes retrouvés dans une pièce ensemble, après tous ces drames, je pense que nous voulions tous les deux de manière très intense enfin créer quelque chose d’important et fort en émotions. Il était inconcevable de réaliser quelque chose de moins que ça. Nous avions essayé tellement de fois de faire cet album, et le projet nous semblait presque maudit. Alors quand nous nous sommes enfin assis l’un en face de l’autre et que nous nous sommes regardés, nous nous sommes dit : « Mon dieu, cela va faire dix ans, et enfin, nous sommes en train de le faire. »

 

Comment se passait une journée d’enregistrement entre vous deux ?

Neil Gaiman, Amanda Palmer and Edward Ka-Spel. Crédit : Greg Cristma

E. K. : C’était très nouveau pour moi, parce que je n’ai jamais partagé l’écriture de paroles, par exemple. Les paroles d’une chanson, c’est très personnel. Et c’était aussi le cas pour Amanda. Donc je crois que ça a marché grâce à un fort respect mutuel. Vous savez, nous avons tellement joint nos forces pour cet album, qu’à la fin, il est plus que nous. Il est plus que la somme de ses parties. Personnellement, j’ai trouvé tout le procédé très naturel, j’ai adoré travailler avec quelqu’un d’aussi proche, quelqu’un que je respecte et apprécie tellement. Habituellement, j’aime tout contrôler, même la moindre note, et je sais que c’est la même chose pour Amanda. Mais quand on me demande quels compromis j’ai dû faire, je réponds aucun. Il n’y a eu aucun compromis ni de ma part, ni de la sienne pour créer cet album. C’est peut-être ce qui en fait un album si particulier, et dans un sens, c’est un album très extrême. Tout en restant magnifique.

A. P. : Le processus était très facile. Mais l’ingrédient magique de cet album est vraiment quelque chose dont nous n’avons pas assez parlé : c’est Imogen Heap. Parce que si elle n’avait pas proposé de louer son studio d’enregistrement, vous seriez en train d’écouter un album très différent. Son studio était juste à 20 minutes de la maison d’Edward, et tous les deux étaient au milieu de nulle part, à proximité d’aucun studio d’enregistrement. Cela signifie que je pouvais rester chez Imogen ou chez Edward, sans qu’il n’y ait beaucoup de route à faire. Nous nous sommes cachés dans cet étrange petit endroit de la campagne anglaise. Et nous nous sommes immergés dans cet album, au lieu de l’enregistrer dans le centre de Londres, où il aurait alors obtenu une énergie totalement différente. Nous aurions été entourés de bruit, de gens, au lieu d’être au milieu d’un champ, dans la maison d’Imogen, avec seulement l’un ou l’autre pour compagnie, et parfois mon bébé.
Je pense qu’on ne doit jamais sous-estimer l’effet qu’a l’environnement sur ce que l’on écrit et comment on l’enregistre. Chez Imogen, nous faisions les deux, nous enregistrions et nous écrivions, parfois aussi chez Edward. Je ne sais pas vraiment ce qui se serait passé si nous avions enregistré cet album à Londres, comme il était convenu au départ.
De plus, il s’agit d’un album beaucoup plus politique que ne le pensent les gens. The Jack of Hands est à propos de quelque chose d’atroce qui s’est produit dans les médias britanniques et Shahla’s Missing Page est à propos d’une histoire entendue aux informations : celle d’une fille élevée dans la peur des Talibans, et à qui le père offre une fiole de poison alors qu’elle a neuf ans. Ainsi, si les Talibans la capturent vivante, elle pourra se donner la mort. Il y a eu beaucoup d’ingrédients qui ont parsemé notre conscience pendant l’écriture de l’album, et pendant que nous prenions le taxi entre la maison d’Imogen et celle d’Edward, nous avions toujours des idées qui venaient pour de nouvelles chansons.

 

Amanda Palmer a déjà décrit cet album comme un album gothique. Est-ce quelque chose que vous défendez aussi Edward Ka-Spel ?

E. K. : Je ne suis pas vraiment d’accord avec elle. Pour moi, il s’agit avant tout d’un album très psychédélique. Parce qu’il a beaucoup de couches différentes. Il possède vraiment son propre univers, un peu hors du nôtre, juste à la périphérie de notre regard. Il est juste au coin de l’œil, et reste ici. Mais si on arrive à pénétrer cet univers, c’est un monde tellement différent qui vous attend que vous n’êtes pas sûr d’y être bien ou pas.

A. P. : J’ai toujours l’impression qu’il s’agit d’un album gothique parce que les choses qui me font le ressentir ainsi sont l’instrumentalisation et l’atmosphère de l’enregistrement. C’est sombre, troublant, effrayant et tout ce que j’associe au gothique. Je l’assume totalement, je suis un peu une gothique à l’intérieure. Je sais que l’Amanda de 16 ans aurait absolument adoré cet album. Et dans un sens, c’est pour elle que je l’écris.

 

Quelle a été la chanson la plus difficile à réaliser ?

E. K. : Pour moi, il s’agit avant tout de la première, Pulp Fiction. Parce que j’ai fait le mixage de l’album, et ça a été très difficile de trouver le bon ton pour celle-ci. J’ai dû faire au moins 30 mix différents de la chanson avant d’être satisfait. Cela m’a pris quelques mois.

A. P. : Aucune n’a été vraiment difficile pour moi. The Clock at the Back of the Cage était la plus personnelle et la plus délicate à réaliser, et elle me tient particulièrement à cœur. C’est celle sur laquelle je me suis le plus concentrée alors que je travaillais avec Edward, parce que je voulais qu’elle soit absolument parfaite. Et je pense qu’elle l’est. Je tenais beaucoup à cette chanson, The Clock at the Back of the Cage, et il ne fallait pas une seule fausse note. Il existe quelque chose appelé le syndrome de l’éléphanteau. C’est quelque chose que les ravisseurs d’éléphants ont découvert : si vous mettez une chaîne ou une corde autour de la jambe d’un bébé éléphant, il va se battre et se battre pour essayer de s’échapper, jusqu’au moment où il aura intériorisé le fait qu’il est prisonnier. Et quand il devient adulte, les ravisseurs n’ont plus besoin de lui mettre une chaîne ou une corde autour de la jambe. L’éléphant pense qu’il est encore prisonnier, qu’il est attaché et ne peut pas s’échapper. Je trouve que c’est une métaphore déchirante pour tant de situations dans lesquelles se trouvent les êtres humains, et notamment des gens proches de moi, et j’avais envie d’en parler dans cette chanson.

 

Amanda Palmer, votre album précédent, Theatre Is Evil a été réalisé par crowdfunding, via Kickstarter, alors que I Can Spin a Rainbow a été fait via votre Patreon. Avez-vous senti une différence entre les deux ?

A. P. : Avec l’album financé par Kickstarter, j’ai dû dépenser beaucoup de temps et d’énergie pour convaincre des gens de pré-acheter l’album. Un seul album. Et j’ai passé des mois de ma vie à rassembler assez d’énergie pour convaincre 25 000 personnes de donner de l’argent pour que je puisse rembourser mes frais d’enregistrements, payer les musiciens, la tournée, bref, tout. Alors qu’avec Patreon, j’ai déjà convaincu les gens. J’ai déjà plus de 11 000 souscripteurs qui attendent de voir ce que je vais faire. Tout est déjà prépayé. Et c’est comme avoir une baguette magique qui m’autorise à faire ce que j’ai envie sans jamais avoir à convaincre que je suis digne de faire de la musique. Dans ce sens, c’est une véritable bénédiction de ne plus avoir à m’inquiéter. Jamais plus me demander si les gens vont acheter mon album, s’il est commercialisable, si je vais récupérer l’argent de sa production. Je sais avant même d’entrer en studio, avant de créer cet album, que c’est déjà le cas. C’est un vrai cadeau. Cela signifie que je peux mettre toute mon énergie à faire de l’art au lieu de réfléchir à comment je vais le vendre. Et je pense que c’est le rêve érotique de tous les musiciens.

 

Avez-vous des surprises qui attendent vos fans à Paris ?

E. K. : Je ne sais pas encore. Paris a toujours fait partie des endroits où je préfère jouer. Avec les Pink Dots, nous avions réalisé deux ou trois albums live de nos concerts à Paris. Dans les 90’s, nous sommes aussi restés en résidence pendant trois jours à un endroit appelé Passage du Nord-Ouest, avec des sets différents tous les soirs. C’est très important comme ville, Paris, pour nous, à cause du public. Il n’est pas énorme, mais ça reste décent, et surtout, à Paris, il nous écoute. Et quand il nous écoute, vraiment, il montre qu’il apprécie notre musique et ça nous donne un véritable coup de fouet. J’attends vraiment de passer un bon moment à La Cigale.

Amanda Palmer et Edward Ka-Spel seront le dimanche 11 juin en concert à La Cigale.
Remerciements à Laura et l’agence Ephélides pour l’organisation de cette interview, réalisée par Skype le mercredi 7 juin 2017.

Crédit : Viki Beshparova

English version

First off all, could you tell us a bit about the story of this album?

Edward Ka-Spel: I’ve known Amanda and her music since she started making music. Since the 90’s. And I have always encouraged her because she was actually really good. In 2003, I did a solo tour, in America. And it was the only solo tour I ever did there. And Amanda was just like, do you mind if the Dresden Dolls were like, opened, for me? And I was, yeah, sure, why not. And I saw here play with Brian and it was incredible, extremely exciting different sort of band. We said that we should really do something, together, one of these days. The idea kept coming back everytime we met each other. And the Dresden Dolls became actually quite huge and Amanda got the Dots to open for the Dresden Dolls (laughs).

Amanda Palmer: Edward Ka-Spel is my songwriting hero. His band was my favorite band as a teenager, and who would not want to make an album with their hero? So I never thought about why, I just thought that I really want to do it. I also know Edward to be a really beautiful person and the older I get, and the more collaboration I do, the more I realize is that what I really want to do is spend my time, making music with people I enjoy hanging out with, people who compagny I enjoy, and who I want to know better, and who I want actually become friends with. I won’t work with anyone I don’t begin to like. That didn’t use to be the case, I used to just think, strategically and creativelly and sometimes you would work with people you want to and sometimes you wouldn’t. And then I got to this point in my 30’s where I thought « life is too short to work with anyone that I don’t want to build a longer deeper relationship with. »

E. K.: It was a real wish from both sides to make a record together… we tried in 2015 and Amanda came here for three hours, basically, and in these three hours we managed to record The jack of hands basically. And we intended to go for another month but the next day, Amanda had this really terrible news that her best friend was dying, in Boston, and she arrived at the station, she was in tears, and she was seven months pregnant… Totally distraught. And she told me, I have to go back to Boston, right now, next plane. And I told her : « You have to do what you have to do. » And that was it for basically another year.
And she told me, I will be back, we will make this record. And she kept her words, basically. She came back a year later, And I think we made a better record because of that year in between. Because when we actually began and we were recording at Imogen Heap’s, both of us were litteraly so ready for it. Paper with scribbled lyrics accross the table, we emailed each other like lyrical ideas across the room, and things like that. It was just amazing because it just worked so well.

A. P.: I think, by the time, we have spend 10 years talking about doing it. And then scheduled it once, and cancelled the whole thing, and scheduled it twice, and started and then cancelled because my friend died… When you are finally in a room together after all of that drama, I think the two of us both felt very intensely that we wanted to create something emotional and important, to both of us. Because to do anything else was, at that point, inconceivable. Because we’ve tried so hard and the project just kept feeling cursed, that it felt monumental when we actually sat down and look to each other and said « Oh my god it took ten years and we are finally here working ».

How was a typical day of recording go, between you two? How did it work, having two artists, working together?

E. K.: It was new for me, because I had never shared lyrics, for instance. Lyrics are very personal things. And Amanda was the same. So I guess… I don’t know, I guess it was just such a mutual respect. You know, both of us, we became quite a bit united to do this record, that in the end, was beyond both of us. It’s like, it exceeded the some of its parts. For me, I found it very natural, I loved the whole process, working together, with someone that closely, who you respect so much, that you like so much. Usually for me, I relinquinsh control, usually I really want to control every note, every… And Amanda is very much the same. But when someone asks if we compromised a bit, or what so ever, but we didn’t. I think there was no compromising from either of us. It just somehow got there with a lack of compromise. It’s a very interesting process… And I think it’s what makes it a very unusual record. It doesn’t sound like a compromised record, in some ways, it’s quite an extreme record. Even if it is very beautiful.

A. P.: It was really easy. The magical ingredient of this record is something we haven’t really talked about very much which was Imogen Heap. Because, if she hadn’t volunteered to loan us her recording studio, you would be hearing an entirely different record. The fact that her studio was just 20 minutes from Edward’s house, both of which places were out in the middle of nowhere, not near any recording studios, meant that I could stay at Imogen’s house, I could stay at Edward’s house, there wasn’t a long commute from either of us. And we sort of cornered ourself of in this little weird section of english countryside. And we immersed ourselves in this record, instead of making it in central london, which would have been a very different energy. We would have been surrounded by noise, and people and instead, we were off pretty much in the middle of a field, in Imogen’s house, with only each of is for compagny. And occasionaly the baby.
And I think that you can never underestimate the affect that the environment has on what you write and how you record it, and in the case of being in Imogen’s house, we were doing both. We were writing and recording, at Imogen’s house and sometimes at Edward’s house. I don’t know exactly what would have happened if we would have done it in London , as it was originally planed.
Moreover, the album is actually a lot more political that a lot of people might think. The Jack of Hands is specifically about something very atrocious that happened in the british news media and Shahla’s missing page is about a story I have heard on the news about a girl being raised in fear of the Taliban and being given a vial of poison by her father when she was nine years old just in case the Taliban ever capture her alive, that she need to kill herself. So there were just a lot of ingredient that just sprinkled themselves into our consciousness and they were those cab rides between Imogen’s house and Edward’s house, and between those cab rides we would have a new idea for a song…

Amanda Palmer described this album as a goth album. Edward, how would you described it?

E. K.: I don’t agree with her there. It’s a very psychedelic record for myself. Because it has lots of layers. It’s very much in its own realm, it’s like a little bit outside, just beyond the very periphery of your eye. And it’s just beyond the corner of your eye and it just lies there. Out of reach, slightly. But when you do find a way in, it’s a world that is so exotic, it’s like you are not sure if you are conformtable there or not.

A. P.: I still consider it a goth album, because the things that made me feel it’s a goth album is the instrumentation and the vibe of the record. It’s incredibly dark and spooky and creepy, and everything that I associate with goth. But I embrace that. I am kind of a goth, inside. I know that 16 years old Amanda would have absolutly loved that album. And that is kind of who, in a way, who I was writing the record for.

Which songs was the hardest to work on?

E. K.: The hardest one, for me, was the first one, Pulp Fiction. Because I have mixed the album, and it was really hard to have this one exactly right. I think I have made at least 30 different mixes of that song, before I was satisfied. It took actually a couple of months. And I could never quite figure out what is it that … you know. And just one day, I was walking in my house thinking what is the art, what is the key to get this track correct and… it was just waiting for this moment.

A. P.: Nothing was really difficult. The Clock at the Back of the Cage was the most personnal and the most sensitive, and so I cared about that one the most. And I was the most focused on it, working with Edward, because I really wanted it to be absolutely perfect. And I think it is. The Clock at the Back of the Cage was so close to my heart, it was about something that was so important to me that I did not want it to get even one note out of place. There is this thing called « Baby elephant syndrom ». Which is something that captors of elephant discovers, which is if you place a chain or a rope around a baby elephant’s leg, it would fight and fight and fight to escape, until it completly internalised the idea of being captive. And by the time the elephant is grown, the captor does not need to put a rope or a chain around an elephant’s leg. It would just assume that it’s bound and just unescapable. I thought it was just such an heartbreaking metaphor for so many humans’ situation and especially some people very close to me that I wanted to put that idea to music.

Amanda Palmer, Theatre is Evil is an album you have produced thanks to kickstarter, whereas I can spin a rainbow was produced thanks to patreon. Was it a big difference?

A. P.: With the kickstarter album, I needed to spend a lot of time and energy convincing people to pre-purchased the record. One single record. And I spent months of my life drumming up energy on the kickstarter to convince those 25 000 people to give me money to pay back my recording studio cost, and to pay the musicians and to pay to get the album on tour and to pay for stage sets, and to pay for everything. And with Patreon, I have done all my convincing. I already have these 11 000s subscribers and they are just there, waiting to see what I am gonna make. Everything is pre-paid. And it’s really like having this magic wand of permission to do whatever I want and not having to constantly convince everyone that I am worthy of making music. And in that sense, it’s just very a blessing, to not have to worry anymore. Ever. About whether or not people will buy this album, whether or not this album will be marketable, whether or not this album will make its money back. I know before going to the studio that this album already made its money back. Which is really a gift. Because it means that I can spend my energy making the art instead of thinking about how I am going to sell the art. And I think that that is every musicians wet dreams.

Do you have some surprises for your concert in Paris?

E. K.: I don’t really know. Paris is always one of my favorite city to play. I don’t know if you know the Pink Dots’ history, but we have realeased at least two or three live album in Paris. In the 90’s, we made once a three night residency in a place called Passage du Nord-Ouest, with different sets each night. It’s a massive city Paris, for us. It’s because of the audience. It’s not huge, but it’s decent what we tend to have in Paris, and they listen. And when they listen, they just give this deep appreciation, which just lift you up very, very high. And I expect good things, to be honest, at La Cigale.