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[Interview] Amanda Palmer et la philosophie de l’art de rue

[Interview] Amanda Palmer et la philosophie de l’art de rue

Crédit photo : Desi

Chanteuse, artiste de rue, grande prêtresse des réseaux sociaux avec plus d’1 100 000 followers sur Twitter, auteure de l’essai The Art of Asking (que nous avions critiqué ici), Amanda Palmer est une artiste d’un genre nouveau. Elle s’est débarrassée des majors en sortant son album grâce au crowdfunding, le kickstarter lancé pour l’occasion lui a permis de récolter 1 192 793 dollars pour une demande de départ de 100 000.

Amanda Palmer est désormais soutenue par ses fans par le site Patreon. Ses mécènes s’engagent à verser une certaine somme, de 1 à 1000 dollars, à chaque fois qu’Amanda décide de réaliser « une chose » (a thing) : une chanson, une vidéo…  Avec 5972 supporteurs pour le moment, chaque fois que l’artiste décide de créer et mettre en ligne une de ses performances, elle reçoit plus de 30 000 dollars. Artiste complète, mariée à l’auteur Neil Gaiman qui lui a dédicacé L’Océan au bout du chemin, enceinte de 8 mois et demi, le Daily Mars a pu contacter Amanda Palmer, avant qu’elle ne disparaisse dans les bois pour donner naissance à son enfant.

ENGLISH VERSION AVAILABLE AT THE BOTTOM OF THE PAGE

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Crédit : Kyle Cassidy

 

Il y a un an, vous avez écrit votre premier livre, un essai autobiographie, The Art of Asking. Qu’est-ce qui a changé depuis ?

Amanda Palmer : Beaucoup de choses. L’un des protagonistes du livre, mon meilleur ami, Anthony, est décédé après un très long combat contre le cancer. Tout le livre est une sorte de déclaration d’amour à son endroit, et je suis vraiment heureuse qu’il ait pu le lire avant sa mort. L’autre grand changement est le fait que je sois enceinte, ce qui est littéralement énorme. C’est une nouvelle étape intéressante de ma vie. Je ne sais pas comment cela va évoluer et je vais juste voir au fur et à mesure. Je suis très impatiente.

Pouvez-vous nous rappeler la genèse de ce livre ?

La sortie du livre d'Amanda Palmer est prévue en France, à une date encore indéterminée.

La sortie du livre d’Amanda Palmer est prévue en France, à une date encore indéterminée.

A.P. : J’ai toujours eu envie d’écrire quelque chose, un livre qui raconterait les enseignements que m’a donné l’art de rue. C’était une éducation artistique très étrange et même organique pour une artiste, une éducation que je recommande fortement. Être un saltimbanque est le meilleur enseignement que peuvent recevoir les artistes et les acteurs. Plus je réfléchis vis-à-vis de l’industrie de la musique, plus je me rends compte que ma réflexion est basée sur une philosophie de l’art de rue. Je pensais que c’était tout à fait normal, jusqu’au moment où kickstarter et le crowdfunding ont fait leur apparition. C’est alors devenu vraiment clair que je ne pensais pas comme tout le monde.

Qu’est-ce que c’est, une philosophie de l’art de rue ?

A.P. : Il s’agit d’une philosophie où le lien, la connexion, sont plus importants que le commerce. Il ne s’agit pas de l’art comme échange capitaliste, mais de l’art comme une relation. Les artistes de rue le comprennent vraiment. Même s’ils demandent de l’argent, qu’ils ont besoin d’argent et ne feraient pas ce qu’ils font sans argent, ils ne sont pas juste présents en attendant que vous veniez leur donner un dollar. Ils font cela en comptant sur l’honnêteté, la bonne volonté et la générosité des êtres humains de les récompenser de ce qu’ils offrent. C’est complètement l’inverse de ce que fait l’industrie musicale depuis la fin de Napster, où ils construisent une industrie de la rareté, où tout doit être mis sous scellés et puni. C’est un phénomène que je ne comprends pas du tout.

Internet signifiait que la musique allait être libérée, car les fichiers digitaux sont vraiment difficiles à raréfier. La meilleure solution était alors de réparer la relation entre l’artiste et son public. Cela me semblait tellement plus sensé que de le punir pour avoir récupéré ce qui était déjà accessible sur le Net. Pour moi, l’idée de donner ma musique n’est pas une pratique commerciale, c’est même plutôt malin. Si votre public vous voit être généreux, il voudra vous aider. Il voudra vous récompenser pour votre générosité et entrer dans une relation à long terme avec vous. Je pensais que tout le monde serait de mon avis et puis j’ai réalisé à quel point je m’étais trompée, à quel point ma façon de voir les choses était issue d’un point de vue minoritaire.

Tout cela est vraiment devenu clair quand j’ai utilisé Kickstarter avec succès. Ce succès a vraiment dérangé et énervé des gens, couplé au fait que j’ai continué à mener ma vie d’artiste en utilisant le crowdfunding. Cela les a vraiment mis en colère. J’ai donc fait un pas en arrière en me disant : « Pause. Cette colère n’est pas forcément dirigée contre moi. Il s’agit d’un débat de société, au sein de celle-ci ». Donc, quand j’ai été invitée à donner une conférence à Ted, je savais exactement de quoi j’avais envie de parler. Je voulais parler de ce moment, où le futur de la musique et des arts est à un tournant. Et je voulais donner aux gens la perspective d’un artiste de rue : une perspective de confiance et de générosité au lieu d’une perspective de punition et de colère. Et la conférence a si bien fonctionné que des éditeurs sont venus me demander d’en faire un livre. Vu que c’était dans mes projets depuis un moment, je me suis dit que c’était peut-être le moment de m’asseoir un temps et d’écrire ce livre.

Dans ce livre, votre mère, une scientifique, vous parle de son art. Elle dit que les sciences sont aussi un art. Comment définiriez-vous l’art alors ?

A.P. : Je pense que le mot « art » est un mot vraiment maladroit. C’est comme le mot « amour », il est très dangereux d’essayer de le définir. Dans notre société, très peu de choses sont définies comme de l’art, trop peu pour que cela soit sain. Et c’est très triste de voir tellement de personnes, qui sont si créatives et artistiques, ne pas se définir comme telles. Tout cela parce qu’à un moment dans leur vie, quand ils avaient dix ans, quelqu’un leur a dit qu’ils n’avaient aucun talent artistique mais qu’ils étaient très bons en mathématiques. Je pense que tout le monde crée son propre art. La créativité se manifeste de multiples façons, chaque travail demande de la créativité, qu’il s’agisse d’élever un enfant, laver un chien, marcher dans la rue… On pourrait très bien trouver de la créativité et des actes artistiques dans à peu près tout ce que l’homme fait. Ou on peut le définir de manière de plus en plus restreinte, et là, je pense que la définition de l’art est si restreinte que cela a fini par être une punition. Et c’est triste.

Vous avez choisi depuis longtemps d’utiliser les réseaux sociaux pour parler de votre art, de la création et de votre vie. Pourquoi avoir fait le choix d’être aussi ouverte avec votre public ?

Amanda Palmer Tumblr : Amanda Palmer et Neil Gaiman.

Amanda Palmer Tumblr : Amanda Palmer et Neil Gaiman.

A.P. : Je ne sais pas vraiment pourquoi. Je sais juste que moins je me sens seule, plus je suis heureuse et en paix. Et la façon que j’ai trouvée pour me sentir moins seule a été de partager ma vie, à travers mon blog, Twitter, mes chansons, mes performances. Je ne pense vraiment pas que c’est le cas pour tout le monde. Mais je ne connais pas d’autres façons de vivre ma vie. C’est le chemin que j’ai trouvé pour être heureuse. Et je ne me pose pas beaucoup de questions à ce sujet. Si je le faisais, je suis sûre qu’il existerait des réponses psychologiques. Mais je pense que les êtres humains sont généralement plus heureux quand ils sont liés les uns aux autres, plutôt que l’inverse. La façon de se connecter est inhérente à chacun, ce n’est pas forcément déverser ses détails personnels sur son blog ou le Net. Mais ce que j’ai remarqué, c’est que les personnes que j’ai rencontrées qui avaient l’air les plus épanouies et en paix avec elles-mêmes avaient trouvé une façon de se lier au monde, avec les autres êtres humains, l’environnement autour d’eux. Et les plus malheureuses que j’ai rencontrées sont celles qui ont l’air déconnectées, qui n’ont pas trouvé une façon de se relier à l’universel.

Plus je vieillis, plus je me rends compte qu’il existe de multiples façons de se lier les uns aux autres. Certains choisissent l’art, d’autres la cuisine, certains les relations humaines, d’autres les animaux… Il y a tellement de façons différentes de se réunir.

Gardez-vous malgré tout des choses pour vous ?

Crédit : Lauren Silberman

Crédit : Lauren Silberman

A.P. : Je garde beaucoup de choses secrètes. Il y a des événements dont je ne parle jamais : je ne parle pas des problèmes que j’ai avec mes relations en cours, de ce qui relève de ma famille, je ne parle pas des conflits avec mon mari, des problèmes familiaux…

J’ai appris très tôt sur le Net, que si les blogs et les partages allaient être des outils très puissants, je devais avoir pour règle d’art de ne jamais faire de mal. Il est si facile d’utiliser cet outil pour faire du mal, pour punir autrui, pour commencer des histoires, faire souffrir quelqu’un, chercher de la compassion… Et c’est un usage vraiment horrible du médium et de la technologie. J’ai appris cela de la manière forte. J’ai eu à partager quelques histoires vraiment personnelles pour réaliser que je mettais en avant des personnes qui n’en avaient absolument pas envie, et que ce n’était pas à moi de faire cela.

J’ai appris cela très tôt, sur mon blog, en 2002-2003 : je ne dois partager que ma vie, non celle d’autrui, je ne dois pas parler des vies d’autres personnes que moi, de leurs sentiments, de leurs problèmes. J’aurai le droit de me mettre totalement à nu, tant que cela ne concerne que moi.

Neil et moi avons appris cela par notre mariage. Notre union, nos disputes, nos conflits, nos problèmes, doivent rester hors de cette sphère. Sinon, cela ne devient qu’un jeu de pouvoir puant. Et c’est un véritable abus de la portée que nous avons. Nous avons aussi appris cela de la manière forte : un jour, Neil n’est pas venu à un rendez-vous. Nous devions nous retrouver pour déjeuner, alors que je n’avais que très peu de temps à nous accorder. Je me suis démenée comme un diable pour venir au restaurant. Et lui n’est même pas venu, parce qu’il avait pris du retard. Je râle à ce sujet sur Twitter et d’un coup, voilà toutes ces personnes qui se mettent à hurler sur Neil sur Internet. Même si c’était un peu marrant, c’était surtout une leçon très importante : ce genre de chose n’est pas pour la sphère publique, parce que c’est injuste. Nous voyons des célébrités faire ce genre de conneries tout le temps et ça me déprime de voir Nicky Minaj/Taylor Swift, ces célébrités avec une portée phénoménale, utiliser la plateforme pour mener bataille l’une contre l’autre. J’ai l’impression d’être face à un véritable abus de pouvoir.

Vous avez enregistré un nouvel album il y a peu, avec votre père. De quoi s’agit-il ?

Crédit : Wenn

Crédit : Wenn

A.P. : Mon père est un grand artiste de chœur. Il est chanteur professionnel et vit à Washington DC. Il a cette voix de basse magnifique. Et j’avais envie d’enregistrer un CD avec lui depuis sept ans et j’en parlais depuis que nous avions chanté sur scène pour la première fois ensemble. Je donnais un concert et je l’ai invité à me rejoindre pour jouer de la guitare et chanter avec moi un air de Leonard Cohen. C’était magnifique, et plus nous avons chanté ensemble alors que j’étais en tournée, plus nous étions impatients à l’idée d’enregistrer ensemble, de reprendre nos chansons favorites. Il a fallu attendre que je sois enceinte pour enfin sauter le pas. Et cela m’a rendue vraiment heureuse d’être en studio, avec ce ventre énorme, de savoir que l’enfant pouvait entendre la musique et nous entendre chanter. Cela m’a donné tellement de joie qu’il a eu le droit à huit jours d’exposition à cette musique, à des chansons aussi belles que celles que nous avons enregistrées.

Je ne sais pas encore comment cette musique sera diffusée. Je suis sur Patreon, je pourrais techniquement juste mettre la musique en ligne, faire payer les fans, puis en faire une copie physique. Mais ce projet est si étrange, il pourrait toucher une audience différente, donc je pourrais même le sortir via les grands labels. Je ne sais vraiment pas. Je vais attendre d’avoir cet enfant, et décider alors. Mais c’est une vraie photographie d’un instant, un moment très émotionnel pour moi. Jeune, je n’étais pas très proche de mon père. Mes parents étaient divorcés, et je ne me suis rapprochée de lui que dans ma vingtaine. Il s’agit donc vraiment pour moi d’un album réparateur. Le faire alors que je suis enceinte est la cerise sur le gâteau. Quoique je fasse, je veux être sûre que cet album aura toute l’attention possible. Son son est tellement différent de ce que j’ai fait auparavant, il n’y a rien d’agressif, il ne ressemble en rien aux habituels Dresden dolls/Amanda Palmer. Il s’agit plus d’un album type gueule de bois d’un dimanche matin pluvieux.

L’une de vos dernières apparitions publiques était une performance comme statue vivante devant la bibliothèque de New York, pour récolter des livres pour enfants. Pourquoi ?

Amanda Palmer. Crédit : Jade Starling

Amanda Palmer devant la bibliothèque de New York. Crédit : Jade Starling

A.P. : Si vous regardez les statistiques, tout simplement, les enfants qui lisent ont une meilleure vie. Mais mis à part cela, les livres ont été très importants pour moi. Enfant, c’était le moyen d’ouvrir mon esprit et mon imagination en dehors des limites de la toute petite banlieue dans laquelle je vivais. Ils sont comme des portes vers des réalités alternatives et il est important que les enfants aient accès à des idées et des mondes différents de leur quotidien. Les films et les jeux vidéo ne marchent pas de la même façon. Les livres donnent les outils pour leur permettre de construire des univers dans leur tête. Je suis une lectrice passionnée depuis que je suis toute petite, mariée à un lecteur passionné. Or, l’industrie des livres fait face à la même vague de terreur qui a attaqué l’industrie de la musique il y a dix ans, et  je m’inquiète que les choses comme les bibliothèques ou les livres risquent de disparaître petit à petit. J’espère que cela n’arrivera jamais.

En ce moment, Neil est en train de lire 13 clocks de James Thurber au fœtus. Il paraît que le bébé in utéro peut entendre nos voix, il reconnaît celle de sa mère. Mais si le père est dans le coin, parle beaucoup, il reconnaît aussi celui-ci quand il naît, il reconnaît cette voix qui l’a toujours accompagné. Donc Neil parle avec le fœtus tous les soirs.

Devenir mère a-t-il un impact sur votre art ?

Crédit : Neil Gaiman

Crédit : Neil Gaiman

A.P. : Non, pas encore. Cela pourrait, je suis prête à faire face à cette éventualité. Dans tous les cas, j’espère que cela ne changera pas ma manière de voir l’art. J’espère que cela développera, augmentera cette vision. J’ai l’impression que ma vie est en croissance constante et j’espère qu’avoir un enfant ne va pas arrêter cette expansion ou la diminuer. Ma peur, en tant qu’artiste, est que quelque chose m’arrive, quelque chose qui diminuerait mon art. Mais ce que m’ont dit mes autres amies, artistes et mères, c’est que ce n’est pas vrai. Au contraire, cela augmente la créativité d’un niveau et j’espère que ce sera le cas.

Mais je fais vraiment attention à me donner du temps et à ne pas me forcer à faire autre chose cette année qu’un enfant, et nouer des liens avec lui. Habituellement, je suis très dure avec moi-même quand il s’agit du travail, pour me sentir productive et être sûre que je ne gâche pas un seul moment. Mais je ne vais pas accoucher de cet enfant, l’abandonner à quelqu’un et dire : « il faut que je retourne travailler si je veux être prise au sérieux en tant qu’artiste ». Je veux apprécier ce moment. J’ai l’impression que c’est un luxe nécessaire dont je dois profiter, sinon je refuse à moi-même et à l’enfant, l’opportunité de créer un lien très profond. Autant j’aime l’art, autant j’aime aussi l’amour. J’aime les relations entre humains. J’aime l’idée de tomber passionnément amoureuse de cet enfant, et n’avoir envie de rien d’autre pendant un temps, de m’autoriser cette aventure. Et quand l’aventure se calmera, je retournerai au travail, et cela donnera un équilibre à ma vie. Si vous êtes un musicien ou un artiste mais que vous ne prenez jamais le temps d’un week-end de fête et de sexe, pourquoi être un artiste ou un musicien ? C’est un peu comme ça que je vois ma situation. Sauf qu’il ne s’agira pas d’un week-end de sexe sauvage, mais d’un équivalent, et qu’il s’agit de tomber amoureuse de mon enfant et pas d’un étranger dans un bar.

Propos recueillis par téléphone le 3 septembre. Remerciements spéciaux  à SuperKate.

ENGLISH VERSION

A year ago, you’ve published a book, an essay, called The Art of Asking. What has changed since?

A lot of things have changed. One of the protagonist of the book, my best friend Anthony, finally passed away after a very long struggle with cancer. And the whole book is kind of a love letter to him and I was really glad he was able to read it before he died. So that have been one big change. And the other big change’s that I am pregnant, which is huge, literally. I am due any day now. That’s gonna be interesting. I don’t know what going to be my life but there is no going back now, so I am just going to see what happens. I am pretty excited.

Can you remind us the genesis of The Art of Asking?

I have always wanted to write something, a book that connected my education as a street performer, which was a really organic, strange education to get as an artist, and one that I highly recommend to get. Being a street performer is the best education that you can get as an entertainer and as an artist. And the more I learned not to get my attitude toward the music business for granted, the more I realized I was coming out with a street performer philosophy. Which I considered totally normal until things like kickstarter and crowdfunding made it really obvious that I had a different approach than a lot of other people.

How would you describe this philosophy?

The philosophy is one where the connection is put above the commerce. It’s not art as capitalism, it’s more art as relationship. And street performers really understand it, and even though they ask for money, and they need money and they wouldn’t be doing the job without money, street performers generally don’t stand there and withold what they have until you come up and give them a dollar. They do what they do and they rely on the honesty and goodwill and generosity of the human race to reward them for standing up and offering what they have for free. And that’s a really backwards mirrors against the way that the music industry was trying position itself post-napster, which was they were really trying to build an industry of scarcity, where everything had to be lock downed and punished. I just didn’t understand that way of thinking.
It made much more sense to me that if the Internet was going to mean that music was fundamentally going to be unlocked and free, because digital files are really difficult to keep scarce, that the best approach would be to fix the relationship between the artist and the audience instead of separating them even further and punishing the audience for taking what is freely available. For me, the idea of giving out music wasn’t a stupid business practice, it was a smart one because if your audience sees you being generous, they will want to help you. They will want to reward your generosity and they will want to enter in a long-term relationship with you. I just sort of figure our that everyone would think like that and then I realized how wrong I was, and how my perspective and my way of looking at meant that I was pretty much in the minority.

All of that stuff really comes in the public head when I used kickstarter and was really successful. The success of the kickstarter confused people and angered people, and then the way that I continued to run my life using crowdsourcing angered people. And I took a step back and thought: wait a second. This is not necessarily about me. This is about society having an argument with itself. So when I was invited to do a Ted Talk, I knew exactly what I wanted to speak to. I wanted to speak to this moment in history where the future of music and the art seems to be hanging in the balance. And I really wanted to encourage people to look at it from a street performing perspective. From a perspective of trust and generosity, instead of a perspective of punishment and anger. And the talk did so well that a bunch of publisher came asking if I wanted to write a book. And I have already thought for years to write a book about street performing and how it informed the rest of my life. I just sort of looked around and said: this must be the moment. Let me just sit down and write this book.

In this book, your mother, a scientist, told you about her art. She says that hard sciences are also an art. What is art for you?

Well, that is such a hard question. I think the word “art” is really clumsy. It’s like the word “love”, it is really dangerous trying to define what it is. I definitively think that in our society, way less art is recognized than it is healthy. And it is very sad to see so many human beings, who are so intrinsically creative and artistic, not defining themselves as artistic and in fact, defining themselves as the opposite of whatever they believe artistic is, because at one point when they were ten years old, they were told that they didn’t have any artistic talent but that they were really good at math. I believe that every human being is constantly making his or her own kind of art. Because creativity manifests on every way, every job involves creativity, raising a child, washing a dog, taking a walk… You could really point out the creativity and the artistic act in pretty much anything the human being is doing. You could make it narrower an narrower, but I think we made it so narrow, that we punish ourselves. And that is kind of sad.

You’ve chosen before and since to use social media to talk about creation, art, and what is going on in your life. Why have you chosen to open up so much with your public?

I don’t know why actually. I just know that I am happier and more at peace the less alone I feel. And my path to feeling less alone has been to share my experiences, through my blog, through twitter, through my song, through my performances. I definitively don’t think that every human being should be tuned that way. But I don’t really know any other way to live. This is the path that I have found to happiness. And I don’t question it very much. And if I do, I am sure I could find some psychological answers, but I think human beings are generally happier when they are more connected and not less. And how you connect is up to you. It doesn’t have to be pouring your personal details out on a blog or on the Internet.

But the pattern that I’ve seen with the human beings that I have encounter, is that the ones who seemed to be fulfilled and more at peace with themselves, are the one that really had found a way to connect with the world, with their fellow human beings, with the environment around them. And the unhappiest that I have met are the ones who seemed unconnected, who had not found their way to plug-in to the universal.

The older I get, the more I realize that there is an infinite variety of way to do that. Some choose art, some choose cooking, some choose relationships, some choose animals… There are so many ways that people can connect. So much of culture right now, is pushing us to be unconnected and we are connected only in a very superficial way. It doesn’t surprise me that a lot of people are feeling lost and unhappy.

Are there things you still keep secret?

I keep a lot of things secret. There are things that I almost never talk about: I don’t discuss my problems with my on-going relationships, I don’t discuss family matters that are really personal, I don’t talk about confrontations I have with my husband, I don’t talk about problems I have with my family…

I have learned early on that if the Internet, the blogging and the sharing, was going to be a really powerful tool, I had to adopt a golden rule of doing no harm. Because it is so easy to use that power for evil, to punish others, to start up drama, to make others feeling badly, to go out looking for sympathy… And that is such a terrible use of the medium and the technology. And I had to learn it the hard way. I had to share a couple of really personal experiences to realize that I had kind of expose a bunch of other people that didn’t want to be exposed and that it wasn’t my right to expose them.

Those were the things that I have learned really early on my blog back that in 2002-2003: only my life is here to share, nobody else’s, nobody else’s experiences, nobody else’s feeling, nobody else’s problems. I could strip myself way down to the bone but I had to keep things strictly about me.

Neil (Neil Gaiman, her husband) and I learned this with our marriage. Our marriage and our arguments, our conflicts, our problem, they have to stay out of that sphere. Otherwise, it becomes just this nasty power game. And that is a real abuse of the reach that we have. And we learned that the hard way too. One day, Neil stood me up for a date. We were supposed to have lunch together and I only have a tiny little window of time and I had busted my ass to go to this restaurant. And he didn’t show up because he ran really late. And I grumble about it on Twitter and all of a sudden, all these people were just yelling at Neil on the Internet. Even if it was kind of funny, it was also a really valuable lesson. That kind of stuff is not for the public sphere, because it is unfair. You see celebrities doing that kind of shit all the time and it makes me really depress to see the Nicky Minaj/ Taylor Swift, those celebrities with gigantic reaches, using there platform to wage any kind of battle against one another. It seems like a terrible abuse of power.

You’ve recorded a new album, with your father. Can you tell us a bit about it?

My father is a great artistic choir player. He is a professional singer. He lives in Washington DC and he sings in professional choir. He’s got this beautiful bass voice. I have wanted to do this project for seven years and my dad and I have been talking about it since we first went on stage together. I was on tour and I invited him up on to stage to play his guitar and sing a song with me, by Leonard Cohen. It just sounded beautiful and the more he guested with me and the more song we played together, the more excited we got about the idea that someday we were going into a recording studio, really for the sheer enjoyment of it, to record some of our favorite song. It took me getting pregnant to say, all right, we’ve to make time for this. And also, it made me really happy to be in the studio, with this gigantic belly, knowing that the kid can hear the music and can hear us singing. It brought me so much joy that the kid got a solid eight days of non-stop music exposure, to such good music. We covered so many songs, some old, some new.

I don’t know yet how it would be available. I have patreon, and I could technically just put it out, straight to the Internet, charge the fans and then make a physical copy available. This project is so strange enough, and may find a different audience, so I may even take it to the great label. I don’t know what I am going to do, I am going to wait until I have this kid and then decide. But it is a very beautiful collection of music. It is such a snapshot of a moment, and also very emotional for me. I wasn’t really close to my dad, growing up. My parents were divorced and I didn’t really find my father until I was in my mid-twenties, emotionally, at least. So it was a really healing record and to do it while I was pregnant was just kind of the cherry on the cake. So whatever I do, I just want to make sure that it gets some special attention. The sound of it is also not like anything I have ever done. It is really quiet, there is nothing aggressive about it, it is not like the average Dresden dolls/Amanda Palmer’s records at all. It is more like a rainy Sunday morning, hang-over record.

One of your last public appearance was a performance as a living statue in front of the New York public library, to collect books for children. Why?

If you just look at the statistic, kids who read just have better lives. But statistics aside, books were just so important for me growing up as a way to expand my mind and imagination outside of the teeny tiny suburban environment that I was living in. They’re like gateways to alternate realities and it is so important that kids have access to ideas and worlds outside of their own. Movies and video games, they don’t really do it in the same way. They don’t give you the tools to built your own world in your head. I have been a passionate reader since I was a teeny little kid, I am married to a passionate reader. The publishing industry is starting to face the same sort of terror that the music industry faced ten years ago. And it makes me worried about the things like library and whether books would gradually started to be thinned away and I really hope it doesn’t happen.

Actually, Neil has been reading the 13 Clocks by James Thurber to the fetus. They say the baby in utero can definitively hear your voice or sounds, and recognizes the mother’s voice. But if the baby’s daddy is around, talking a lot, they recognize the second they pop out of the womb that familiar voice that has been around all the time. So Neil chats with the fetus every night.

Has being a mother-to-be changed your way to do art?

No, not yet. It may, I am ready for that. If anything, I hope it doesn’t change the way I look at art. I hope it expands it. I feel my life has been one constant expansion and I hope having a kid won’t change that, won’t shrink it. My fear, as an artist, is always that something is going to happen to me that is somehow going to make things smaller. What I have been told by my other mothers artists friends : that is not the case. They say that it dials up your creativity and I hope that that’s true.

But I am being really careful to give myself time this year to not push myself to do anything other that a baby, and to bond with that child. I am traditionally really hard on myself when it comes to working, feeling productive and making sure that I am not wasting a single moment. I don’t want to just bust this kid out and then hand this baby off to someone and say: I have to go back to work if I am going to be taken seriously as an artist. I really want to enjoy this. It feels like a necessarily luxury that I have to allow myself, otherwise I am somehow denying myself and denying the kid the opportunity to bond very, very deeply and profoundly. As much as I love art, I also really love love. I love relationships. I love the idea of just falling passionately in love with this child and not wanting to do anything else for a while, and allowing myself that affair. And then, after the affair dies out a little bit, getting back to my work. In that way, it sorts of balancing out everything else in life. If you are a crazy wild musician or artist but you never take the time to go off and have a weekend of junk and sex, what is the point in being a musician or artist in the first place? I am sort of looking at it like that. This gets to be some other equivalent to the weekend of wild sex, and it involved falling in love with the child, and not some stranger in a bar.

Phone interview conducted the 3rd of Septembre. Thanks again to SuperKate for organizing it. 

 

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