#Interview Anneke van Giersbergen (Vuur)

#Interview Anneke van Giersbergen (Vuur)

Il est des choses que même les années ne peuvent changer. Ainsi, Anneke van Giersbergen restera à jamais la chanteuse de The Gathering, un peu comme Jack Lang, qui sera pour toujours ministre de la Culture, ou Fidel Castro, président de la République cubaine. Ce n’est en aucun cas déshonorant pour elle, mais, après 10 ans à essayer de s’imposer en tant qu’artiste solo, cela peut parfois s’avérer un peu pesant. À l’occasion de la sortie du premier album de son nouveau groupe, Vuur, nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec Anneke. Bonne camarade, avec des mots gentils et enthousiastes plein ses propos, le moins qu’on puisse dire est que ce n’est ni très « métal » ni vraiment dans l’air du temps… et ça, ça change.

Daily Mars : D’où vient ce nouveau projet, Vuur ?

Anneke van Giersbergen : Ça a débuté pendant que je travaillais sur le projet Gentle Storm avec Arjen Lucassen [d’Ayeron] en 2014-2015. Jusque là, mes albums solos étaient plus doux, plus légers. À côté de ça, j’avais travaillé avec des gens ou des groupes comme Devin Townsend, Arjen ou Moonspell, dans des registres plus heavy, plus métal, mais je n’avais jamais enregistré ce genre d’album en solo. Et quand on a monté le groupe Gentle Storm pour partir en tournée, je me suis dit que j’étais vraiment à ça de pouvoir faire un album de métal progressif, avec tous ces gens autour de moi : ce groupe, mais aussi l’influence d’Arjen, Joost van den Broek, le producteur… Je leur ai demandé à tous s’ils voudraient bien m’accompagner, si je partais toute seule après The Gentle Storm, pour réaliser un album métal avec moi… et ils sont tous venus. Ils ont tous dit oui. Avant – je ne sais pas pourquoi – j’évoluais dans ce genre musical, je connaissais pas mal de monde, mais je n’avais jamais eu les bonnes personnes autour de moi, en groupe pour faire ça. Et maintenant, c’est le cas.

DM : Vous parlez de ce disque, In This Moment We Are Free – Cities, comme d’un album « solo ». Qu’en est-il de Vuur ? Est-ce un nouveau nom de scène ou un « vrai » groupe ?

AvG : C’est un peu entre les deux. D’un côté, oui, c’est moi, c’est une de mes « incarnations ». C’est mon idée. J’ai écrit toutes les chansons (avec l’aide d’autres personnes, mais ce sont quand même « mes » chansons). J’avais en tête ce à quoi ce groupe devait ressembler. Mais d’un autre côté, ce groupe qui va jouer en concert, The Gentle Storm qui est maintenant Vuur… il est tellement bien ! Ce sont de tellement bons musiciens, en plus d’être des gens supers… C’est vraiment une sorte de « supergroupe ». On a Ed Warby (de Gorefest) à la batterie, Jord Otto (ex-ReVamp, My Propane) à la guitare… que des gens comme ça, qui se tous faits un nom dans leurs groupes respectifs. Musicalement – et visuellement aussi – j’avais envie de les mettre davantage en avant que si c’était juste Anneke van Giersbergen avec son groupe à l’arrière-plan. Après, ce n’est pas une démocratie non plus. Ce sont mes chansons, mais, avec eux et avec toutes les idées qu’ils ont apportées une fois en studio, ça a pris encore plus d’allure. C’est un effort collectif, mais c’est mon bébé.

DM : Chaque chanson de l’album est associée à une ville. Aviez-vous un « plan de vol » quand vous avez commencé l’écriture ?

AvG : Les voyages m’inspirent beaucoup. Je voyage beaucoup. J’adore voyager. J’adore prendre l’avion, aller dans plein d’endroits comme Paris ou d’autres villes. À chaque fois que j’y retourne, je suis toujours en train de me dire : « ah oui, c’est vrai que telle ville me fait cet effet-là ; c’est ça l’ambiance de cette ville… » Je ressens toutes ces émotions. J’ai toutes ces idées qui me viennent, et qui changent en fonction de l’endroit où je me trouve. J’écris toujours beaucoup quand je suis dans l’avion, dans le train ou à l’aéroport, parce que ce sont des moments où je me retrouve toute seule, dans des espaces confinés et où je peux vraiment me concentrer. Et quand j’ai commencé à jeter de idées sur le papier pour cet album, je me suis dit que je pouvais simplement écrire au sujet de ces villes. Alors j’ai commencé à faire ça et quand j’ai monté ce groupe, je me suis dit que c’était un concept qui allait bien avec la musique, avec ce son métal et progressif. C’est comme ça que ces idées se sont combinées.

Interview – Anneke van Giersbergen (Vuur) – 4 septembre 2017

© Daily Mars, septembre 2017

DM : Comment s’est passé l’enregistrement de l’album ?

AvG : Bien ! On a fini l’album dans les temps ; tellement dans les temps que c’en était presque ridicule ! En tout, le travail aura pris deux ans : à composer, répéter, discuter… mais on a tout enregistré en deux mois. On voulait vraiment avoir cette période resserrée où l’on ferait tout dans une durée limitée. Joost van den Broek, qui a produit le disque, a joué avec After Forever et il a aussi produit les derniers albums d’Epica. C’était la bonne personne pour ce job, parce qu’il s’y connaît en trucs « lourds », mais il s’y connaît aussi en trucs plus « prog » »… et surtout en trucs « beaux ». Il joue vachement bien du piano il a un vrai sens de la mélodie. C’est lui qui a fait répéter le groupe, puis qui l’a enregistré. Il a pris beaucoup de temps pour régler le son des guitares et de la basse. Les guitares sont très importantes parce que je voulais qu’elles soient mixées fort sur l’album. Ce sont elles qui portent l’album. Il n’y a pas beaucoup de claviers ou d’autres instruments. C’est pour ça que trouver le bon son, c’était très important. Il fallait avoir un son équilibré, chaud, heavy, mais aussi très « net » afin qu’on puisse bien entendre les mélodies. À ce propos, l’autre guitariste qui joue sur ce disque, Ferry Duijsens, est un musicien qui m’accompagne depuis 2011. Il a joué dans Agua de Annique et dans tous mes autres projets solos depuis. Un truc génial avec Ferry c’est qu’il est super polyvalent. Il peut jouer des concerts acoustiques avec moi, d’autres fois ce sont des trucs plus folk-rock, mais c’est aussi un très bon musicien métal. On peut le faire jouer dans plein de registres. Il est tout-terrain.

DM : Vous avez récemment collaboré avec Daniel Cavanagh, d’Anathema, sur son premier album solo, Monochrome

AvG : Danny et moi, ça fait longtemps qu’on travaille ensemble. Je suis souvent monté sur scène avec Anathema. On se connaît très bien. Je savais qu’il travaillait sur un album solo. Et quand il m’a demandé si je voulais bien chanter sur trois titres avec lui, je lui ai dit : « C’est génial ! Bien sûr ! Je le fais ». Ce disque est très éclectique, je l’aime beaucoup.

DM : Vous trouvez le temps d’écouter de la musique ?

AvG : J’ai chanté avec des gens comme Devin Townsend ou Arjen Lucassen, mais, avant ça, j’écoutais leur musique et ça a constitué l’une de mes principales influences musicales. J’écoute aussi beaucoup de groupes comme Leprous, Mastodon ou Amorphis… tout ça, ça rentre dans la catégorie « métal », mais dans des sous-genres qui n’ont rien à voir les uns avec les autres.

DM : Y a-t-il des artistes avec lesquels vous souhaiteriez collaborer ?

AvG : Arjen et Devin et Sharon [den Adel] de Within Temptation… Je sais, ce sont des noms qui reviennent tout le temps, mais j’ai tellement de chance d’avoir pu collaborer avec ces gens-là que j’aurais tendance à dire que ce sont les meilleurs. Mais, quand j’ai commencé dans le rock et le métal, j’étais à fond dans Faith No More par exemple. Mike Patton est vraiment un chanteur fantastique. Il est toujours sur ma liste des « si jamais il me propose de chanter avec lui, j’y vais sans réfléchir ». Il y a aussi Mastodon… c’est mon groupe préféré alors forcément, ça me ferait plaisir de travailler avec eux.

Vuur In This Moment We Are Free – Cities (Pochette)In This Moment We Are Free –
Cities
, de Vuur
Sortie le 20 octobre 2017
sur le label Inside Out Music
et disponible ici.
En concert à Metz le 15 novembre,
Nantes le 17/11, Mérignac
le 18/11, Marseille le 25/11,
Villeurbanne le 26/11, Lille le 3/12
et Paris le 7/12. Plus d’infos ici.

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